‹ Manuel de médecine opératoire (volume 5)Chapitre 15 sur 145 · DES MOYENS DE DIMINUER LA DOULEUR · texte numérisé non relu

DES MOYENS DE DIMINUER LA DOULEUR

et dans la pratique civile, tous ces moyens plus ou moins douteux ont cédé le pas à l’éthérisation.

L’éthérisation consiste à faire aspirer au malade des vapeurs d'éther ou de chloroforme en quantité suffisante pour le plonger dans un sommeil profond , durant lequel il est absolument insensible à la douleur. L’éther sulfurique, employé d’abord, échouait assez souvent, et demandait en général un temps assez long pour réussir; le chloroforme, avec une odeur plus suave, possède une action à la fois plus puissante et plus prompte : aussi est-il à peu près universellement préféré.

De nombreux appareils ont été imaginés pour favoriser l’inhalation de l’un et de l’autre agent. Le plus simple et le plus sur pour l’éther était la vessie de M. J. Roux, représentant exactement une ldague à tabac, dans laquelle on versait une ou deux cuillerées d’éther, et dont l’ouverture fermée était appliquée autour des narines et de la bouche, pour plonger ces trois ouvertures daus une atmosphère de vapeur d’éther.

Pour le chloroforme, quelques chirurgiens emploient les appareils de MM. Charrièrc et Luër ; M. Simpson se sert le plus communément d’une éponge creuse, dans laquelle il verse quelques gouttes de chloroforme, et qu’il applique sur la bouche et les narines. Pour moi, je préfère à-tout autre appareil un mouchoir ou une simple compresse un peu épaisse; après les avoir disposés en godet, je renverse sur le linge le goulot du flacon qui contient le chloroforme de manière à l’imbiber assez fortement en cet endroit, et je l’applique sur les narines et la bouche du malade, eu laissant cependant assez de jour pourquel’air atmosphérique puisse aborder librement. Rien plus, si le sujet est nerveux, irritable, et accuse un sentiment de suffocation, je laisse flotter le mouchoir ou la compresse, en les tenant même éloignés des narines, pour accoutumer peu à peu le malade à l’odeur du chloroforme; et par-dessus toutes choses, je m'assure que la respiration s’effectue librement, et au besoin je recommande impérieusement au sujet réfractaire de soulever la poitrine et de respirer a intervalles réguliers. Si la quantité de chloroforme ne suffit pas, je recommence autant de fois qu’il est nécessaire, en observant toujours les mêmes précautions. A mesure que l'influence de l agent soporifique se fait sentir, la respiration devient plus, calme et plus • profonde ; et l’anesthésie complète s’annonce nirino par un ronflement nasal assez sonore.

A I aide, de ces précautions, on perd un peu de temps, sans doute, mais je n ai trouvé aucun sujet qui résistât au chloroforme comme on en voyait résister à l’éther; et je n’ai jamais eu ces accidents reneontres par d’autres chirurgiens, le froid des' extrémités, la petitesse el la presque insensibilité du pouls, la mort apparente. On çoniple aujourd’hui un assez grand nombre de cas de mort durant i administration du chloroforme, presque toujours dus à l’emploi de

procédés ou d’instruments dangereux. Le chloroforme pourrait, sans tou e, uer pai lui môme si on le faisait respirer trop longtempsmais pusiem s de ces morts sont arrivées, à en croire les relations pu » l 'es, subitement, en quelques secondes, après un très petit nomnc c inspirations. Bien que l’explication n’en soit pas toujours facile a donner, le plus souvent toutefois, soit chez les animaux, soit chez l homme, la mort survient par le fait d’une asphyxie dont l’autopsie rexele I existence, et parce qu’on n’a pas mêlé à la vapeur du chlo- !° 01,110 1,110 suffisante quantité d’air. Dans quelques cas plus rares, le chloroforme parait axoir agi en irritant les xoies aériennes, et en déterminant des secousses de toux ou des efforts capables de produire 1 emphysème pulmonaire et môme des accidents plus graxes. -ussi faut-il etre réservé dans son emploi lorsqu’il y a quelque affection du coeur ou des poumons.

Au total, on peut pratiquer l’éthérisation sans aucun danger en observant exactement les précautions suivantes :

1 S abstenir ou s arrêter dans tous les cas de contre-indication bien avérée, et vérifier, avant tout, l’état des organes de la circulation et de la respiration.

2 N opérer, autant que possible, que quand la digestion est accomplie.

3 Prendre soin, durant l’inhalation, que l’air se môle suffisamment aux vapeurs du chloroforme, et que la respiration s’exécute avec une entière liberté.

Suspendre 1 inhalation aussitôt l’insensibilité obtenue, sauf à y revenir quand la sensibilité se réveille avant la fin de l’opération l ).

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