CHAPITRE IV
OPÉRATIONS QUI INTÉRESSENT SPÉCIALEMENT LA PEAU ET LE TIS5D CELLULAIRE.
Les opérations générales dont nous avons à traiter ici se rapportent aux sujets qui suivent : 1° les abcès; 2° les kystes à produits liquides; 3“ les tumeurs proprement dites ; 4" les tumeurs érectiles; 5" les envies ou taches de naissance; 6° les plaies et les corps étrangers; 7" la restauration des parties mutilées; 8“ les cicatrices vicieuses.
Art. I®*1. — Des abcès.
1° Ouverture des abcès en général.
Il y a quatre manières d’ouvrir les abcès : le caustique, le séton, la ponction et l’incision.
Le caustique. — Les anciens employaient le fer rouge, conservé encore par quelques praticiens pour la ponction. On préfère généralement la potasse caustique. Nous avons indiqué les règles de son emploi ; ajoutons seulement qu’il faut presque toujours donner une forme allongée à l'ouverture de l’emplâtre, et placer à côté l’un de l'autre plusieurs fragments de potasse de la grosseur d'une lentille : c’est ce qu’on nomme une traînée de potasse caustique. L’escarre produite est triple de l’ouverture de l'emplâtre. Après douze ou vingt-quatre heures, on enlève l’emplâtre; tantôt on incise l’escarre pour faire sortir promptement le pus; quand rien ne presse, on la laisse se détacher naturellement.
Le séton. — On passe la bandelette à travers deux ouvertures pratiquées à l’abcès, soit avec le bistouri, soit avec le trocart de B. Bell. Cette méthode est h peu près tombée en désuétude.
La ponction. 1“ Ponction simple. Procédé ordinaire. — T51 le se fait avec la lancette ou le bistouri, pour de très petits abcès qui n’ont besoin que d'ètrc vidés pour guérir.
Procédéde Petit (de Lyon). — Il faisait la ponction avec un instrument chauffé à blanc, et vidait complètement l’abcès à l’aide d’une ventouse. Il dit avoir retiré de grands avantages de ce procédé appliqué aux abcès phlegmoncux.
T Ponction et injection. — Conseillée contre quelques abcès froids dans le but d’établir sur leurs parois une inflammation adhésive;
on se sort alors du trocart, cl, après avoir retiré la tige, on pousse par la canule une injection irritante.
3° Pondions successives. — On ne les emploie que pour les vastes abcès, soit lymphatiques, soit par congestion, pour lesquels on redoute l’entrée de l’air.
Procédéde Boyer. — On plonge obliquement à la partie inférieure de l'abcès un bistouri à lame étroite, et l’on évacue une portion du pus, soit par la pression simple, soit à l’aide d’une ventouse. Puis ou bouche la petite plaie avec un emplâtre de diachylon; l’abcès se, remplit de nouveau; cinq ou six jours après, avant qu’il ait atteint son volume primitif, on fait une seconde ponction ; et ainsi de suite, de manière à le vider par degrés, en donnant aux parois le temps de revenir sur elles-mêmes, et en prévenant l’accès de l’air.
Si le pus provenant d'un abcès ouvert par ponction était fétide et laissait craindre une résorption fâcheuse, on pourrait appliquer à ces abcès le procédé adopté par Récamier pour les grands kystes hydatiques, c'est-à-dire vider complètement le foyer, et le remplir ensuite à moitié ou aux trois quarts avec une injection émolliente. Il faudrait alors préférer le trocart pour la ponction, et la ventouse pour l'évacuation.
L’incision. — Nous avons décrit suffisamment ailleurs les diverses espèces d’incisions; il suffira donc de poser ici quelques règles générales.
1° Autant que possible, il faut inciser l’abcès en un seul temps, pour ménager les souffrances du malade.
2" Il est bon que l’une des extrémités de l’incision réponde à la partie la plus déclive de l’abcès ; on a recommandé aussi de faire l'incision dans le sens du plus grand diamètre de l'abcès, et, s’il est possible, de la faire parallèle à l’axe du corps ou aux plis bien marqués de la peau. Ces deux règles sont sujettes à beaucoup trop d'exceptions pour être, conservées.
3° Une seule ouverture suffit le plus souvent: elle doit être suffisante pour donner au pus une libre issue, sinon il faudrait l'agrandir avec le bistouri et la sonde cannelée.
4” Quand l'abcès est très xasle, il vaut mieux faire plusieurs incisions qu’une incision trop considérable.
5" Quand une première incision ne se trouve pas à la partie la plus déclive, et que la compression ne suffit pas pour recoller les clapiers, il faut recourir à une contre -ouverture. Celle-ci se fait de deux manières : ou en soulevant la peau à l'aide d’une sonde cannelée introduite par la première ouverture, et incisant sur l’extrémité de la sonde; ou en retenant le pus dans le point qu’on veut ouvrir, p( incisant comme un abcès ordinaire.