DES PLAIES
trer le sang dans ies mailles les plus déliées de leur tissu; puis ou tend la peau , on la recouvre d’une couche de couleur analogue à celle de la peau saine, faite avec du blanc de cérusc et du vermillon, et on la pique au moyen de trois épingles que l’on a soin de t remper de temps en temps dans la couleur. Lorsque la tache est très étendue en surface, ou procède par petites parties afin d’éviter un gonflement considérable.
Le point difficile, selon M. Pauli, c’est le choix de la couleur; il faut presque pour cela l’œil exercé d’un peiulre. En général, elle doit être plus claire que la teinte que l’on veut obtenir. Lorsque la tache existe sur la joue, il est nécessaire aussi de choisir une nuance plus rosée à mesure qu’on approche des pommettes.
M. Cordier a fait depuis une étude spéciale de cette question qu’il croyait nouvelle. Il a essayé le tatouage sur les taches de vin, sans aucun succès; il n’a un peu réussi que contre les taches brunes ou fauves qui doivent leur coloration à un dépôt de pigment, et contre les taches de rousseur.
Il a essayé de les blanchir en se servant de la silice, de l’alumine, du carbonate de zinc, de la craie, etc., et il donne la préférence au blanc de plomb. Cependant le blanc de plomb même ne blanchit pas suffisamment; pour peu que la tache soit foncée, il faut y revenir deux, trois fois et plus. Il est bon d’ajouter que le blanc de plomb, ainsi incorporé aux téguments, ne noircit pas sous l’influence des bains sulfureux.
Pour les autres couleurs, M. Cordier dit que l’indigo, le carmin, la gomme-gutte, etc., ne restent pas dans les téguments, et ne sont nullement propres au tatouage. Il faut des couleurs à base minérale, le sulfure de mercure (vermillon), la poudre à canon , l’encre de la Chine, les noirs de fumée et d’ivoire, qui doivent cette ténacité au carbone qu’ils contiennent.
Â-rl. VI. — Plaies et corps étrangers.
Les plaies par simple piqûre exigent rarement l’emploi des instruments; aux plaies par instruments tranchants, on applique, les procédés de réunion déjà étudiés. Les plaies par arrachement n’exigent rieri de plus, sinon quelquefois l’excision de lambeaux déchirés qui dépasseraient la plaie, ce qu’on peut faire avec le bistouri ou les ciseaux.
I" Des plaies par morsures d'animaux enragés.
On conseille, pour empêcher l’absorption du virus, de laver la plaie , d’y appliquer des ventouses, d’établir une ligature entre le lieu blesse et le cœur, d ouvrir les veines qui ont leurs radicules près de la blessure, et enfin de cautériser la plaie. Ou applique donc le fer rouge ou les caustiques : ceux-ci sont préférés, cl parmi eux spécialement le beurre d’antimoine. Les règles de la cautérisation
l-i MÉDECINE OPÉRATOIRE.
mit été données ; ajoutons seulement qu’il importe beaucoup de ne pas laisser un seul point de la plaie sans le cautériser.
Les mêmes règles s’appliquent aux morsures d’animaux venimeux; toutefois la morsure de la vipère est rarement assez grave pour exiger la cautérisation. Quand elle parait indiquée, on peut employer l'eau de Lucc (Jussieu) , la potasse (Fontana), une boulette de coton imbibée d’alcool qu’on brûle sur la blessure, etc.
2" Des plaies par armes à feu.
Les plaies par armes à feu , à part les complications qu’elles partagent avec les autres plaies, n’exigent par elles-mêmes qu’une seule opération, le débridcmenl.
Il y a eu dissentiment sur ce point entre les chirurgiens de France et d'Angleterre. Les premiers débridaient presque dans tous les cas, dans le but de convertir la plaie contusc en plaie saignante , et de prévenir l'étranglement; on recommandait de débrider le plus tôt possible, et de faire porter les incisions sur tout le trajet de la plaie. Mais John Huntcr avait très bien remarqué que les plaies non débridées guérissent d’ordinaire plus tôt que celles qui Font été, et que les incisions tendent à accroître l’inflammation , principale cause de l’étranglement. Nous partageons complètement sur ee point la doctrine anglaise, et nous bornons le débridement aux cas suivants :
1" Quand la balle a traversé des tissus aponévrotiques, et que les premiers signes de l’étranglement se montrent;
2° Quand la plaie a besoin d’être agrandie pour l’extraction des corps étrangers, des esquilles d’os, ou la ligature des vaisseaux.
C'est dans ces derniers cas seulement qu’il faut fendre tout le trajet de la plaie, jusqu’au vaisseau à lier ou au corps étranger à extraire. S’il ne s'agit que de faire cesser l’étranglement commençant, il suffit d’inciser les tissus fibreux qui le produisent.
Voici d’ailleurs les règles générales :
I" Débrider parallèlement à l'axe du membre, en ménageant surtout les vaisseaux et les nerfs.
2” Diriger le bistouri avec le doigt ou la sonde cannelée, et le faire agir de dedans en dehors: on se sert volontiers dans ce cas du bistouri droit à lame étroite et boutonnée.
3" Agrandir la plaie autant (pie possible du côté le plus déclixe, pour favoriser l’écoulement du pus.
1° Si les chairs sont bridées par dos aponévroses, fendre celles-ci en long d’abord, puis en traxers, et même, s’il est nécessaire, en étoile.
5" Prolonger l’incision dans toute l'étendue de l’étranglement.
ti” Panser ensuite la plaie simplement , en évitant la réunion des incisions par première intention.