IV. — Désarticulation du pouce
L'amputation du pouce a été généralement confondue avec celle des autres doigts; elle mérite cependant, à tous égards, une description spéciale. D'abord on ne saurait se fier ici, pour le tracé des incicions, à la rainure digito-palmaire; la peau présente, au voisinage de l'articulation métarcarpo-phalangienne, deux plis palmaires très prononcés, dont le supérieur répond à peu près à l'interligne articulaire, et l'autre qui est éloigné de 12 à 15 millimètres. L'articulation est assez serrée et ne permet qu'une flexion très légère. La tête du métacarpien n'est pas arrondie, comme aux autres doigts, mais plutôt quadrilatère, et offre surtout une saillie très forte à son angle externe et antérieur. Enfin, à sa partie antérieure sont aussi accolés deux petits os sésamoïdes, que l'on peut laisser ou emporter avec la phalange, et qui ne laissent pas de gêner la marche du bistouri.
MALGAIGNE et LE FORT. — 9^ édit. I. — 34
Aucun des procédés employés pour les autres doigts ne convient donc exactement ici. Il faut surtout se méfier du procédé à deux lambeaux latéraux, qui laisse à la face palmaire une cicatrice fort douloureuse lorsqu'elle vient à frotter contre les objets que le malade prend dans la main. Malgaigne a vu un officier, amputé par ce procédé, et qui n'avait pas assez de malédictions contre le chirurgien qui l'avait opéré. L'incision en raquette ne lui paraît même pas assez sûre; et pour reporter la cicatrice en arrière autant que possible, il n'a rien trouvé de mieux que l'incision elliptique par le procédé suivant.
Procédé de Malgaigne. — La main placée en position moyenne, on commence par une incision dorsale à convexité supérieure,
DÉSARTICULATION DU POUCE
Tracé de l'incision sur la face palmaire.
donl, la partie moyenne passe à 2 ou 3 millimètres au-dessous de l'interligne articulaire, et les extrémités aboutissent latéralement au pli palmaire inférieur, l^e pouce étant alors fortement relevé, on fait à la face palmaire une deuxième incision à convexité inférieure, qui rejoignant sur les côtés les extrémités de la première, descend par sa partie moyenne à mi-chemin du pli palmaire inférieur et de l'autre pli qui accuse l'articulation phalango- phalangienne. Le lambeau disséqué et la peau attirée en haut par un aide, on ouvre l'articulation par sa face dorsale, on divise la capsule sur les côtés; arrivé aux os sésamoïdes, pour les détacher rapidement, il faut, le pouce étant tenu horizontalement et sa face dorsale tournée en haut, porter la pointe du bistouri entre eux et la surface articulaire, en la dirigeant en bas et en avant, de manière à former avec l'os métacarpien un angle