‹ Manuel de médecine opératoireChapitre 5 sur 310 · JAMBE · texte numérisé non relu

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MORTALITE

Les résultais que j'obtins furent remarquables et ils contrastent avec ceux que donnait alors la pratique de mes collègues. .l'ai rassemblé et publié en 1885 la statistique nominative par malade et par chirurgien des amputations de cuisse et de jambe pratiquées dans nos hôpitaux pendant deux périodes de deux

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années : l'une (1868 et 1869) avant l'introduction de la méthode Listérienne; l'autre (1882 et 1883) en pleine période antiseptique. Voyons la première {Voir le tableau page précédente).

Ainsi, tandis que la mortalité moyenne fut pour mes collègues de 65,7 p. 100 et monta dans quelques services jusqu'à 70,80 et 85 p. 100, sur sept amputés, deux de la cuisse, cinq de la jambe, je n'en perdis aucun. Un amputé du bras, un amputé de l'avantbras, une résection du genou guérirent également, et je ne perdis qu'un amputé de l'épaule, opéré dès son arrivée dans ma salle, mais dont la vie était déjà plus que compromise, quand il entra dans mon service, par un épouvantable phlegmon gangreneux du bras, et par des accidents généraux graves.

J'avais pu guérir sans accidents neuf fractures compliquées de plaies : quatre de la jambe, une de la cuisse, une de la clavicule, une du péroné, deux de l'humérus. Dans mon service des hommes, service très actif, je n'avais pas un seul cas d'érysipèle ni en 1868, ni en 1869, et je n'en eus qu'un seul de janvier à mai 1870. Je fis connaître ces résultats dans un travail lu à l'Académie le 31 mai 1870. Malheureusement mes collègues restèrent sourds à mes exhortations. Le temps n'était pas venu encore. Qu'on relise la discussion de 1866 à la Société de chirurgie, sur l'hygiène des maternités, et l'on verra presque tous mes collègues croire encore à l'influence des conditions atmosphériques, au génie épidémique ! Et puis, il faut bien le dire, il y a parmi nous aussi peu de confraternité professionnelle et scientifique que possible. Bien qu'élevés dans l'intimité de l'internat, des concours de toute nature, les chirurgiens des hôpitaux de Paris ne se visitent pas du tout dans leurs services. Pour un peu, si ces visites avaient heu, on n'y verrait qu'une sorte d'espionnage. J'ai vu opérer la plupart des grands chirurgiens de l'Europe : Fergusson, Syme, Paget, Lawrence, Langenbeck, Esmarch, Billroth, etc., je n'ai jamais vu dans leurs services mes camarades d'études et de concours; ils ne m'ont jamais vu dans le mien. Reconnaître les succès d'un collègue encore jeune, à cette époque, c'était faire la critique de ses propres insuccès : de plus, mes découvertes étaient basées sur l'olDscrvation des faits cliniques et non sur des hécatombes de chiens ou de lapins; les précautions que j'employais n'avaient rien qui pût frapper l'imagination; enfin mon travail fut lu à l'Académie le 31 mai, et six semaines après commençait la funeste guerre de 1870.

Du reste, je dois le reconnaître, il restait un pas à faire, et ce pas je ne l'ai fait qu'en 1869. 11 fallait non plus seulement se mettre à l'abri de la contagion et du transport du germe contage

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par de minutieuses précautions, il fallait par une substance chimique quelconque détruire le germe delà contagion, et par conséquent augmenter encore la sécurité. Ce pas, je le répète, je ne l'ai fait qu'en 1869 et dans mon travail de 1870 je posai comme une des indications que doit remplir le pansement celle-ci : « Détruire sur la surface de la plaie les germes qui pourraient être le point de départ d'une infection. »

Or, ce que je ne fis qu'en 1869, Lemaire l'avait fait en 1863 et Lister venait de le faire en 1867, il est vrai, avec des vues toutes différentes et en employant tous deux l'acide phénique. (^-eci nous amène à la troisième période de celle de l'emploi des antiseptiques.

On pourrait faire remonter au siècle dernier la découverte de l'action des substances antiseptiques. En effet, Camper, dans un mémoire inséré en 1788 dans le tome XII (p. 249) des prix de l'Académie royale de chirurgie, écrit ceci : « J'ai répété sur l'écorce du saule les expériences de M. Pringle pour m'assurer de sa vertu antiseptique. J'ai reconnu qu'elle était grande, quoique inférieure de beaucoup à celle de l'écorce de quinquina. Cependant, j'ai préservé de corruption pendant cinq semaines dans une décoction de cette substance, un morceau de viande fraîche exposée à une chaleur de 62°, 6-4° à 68° du thermomètre de Fahrenheit (17 à 20° centigrades). »

On s'accordait à croire que l'air, par l'oxygène qu'il renferme, était l'agent de la putréfaction et de la fermentation. Schutze et Schwann avancèrent en 1842 que ces décompositions spontanées sont dues à l'action catalytiquc de germes contenus dans l'air. Ure et Helmoltz en 1843 montrèrent que la putréfaction n'a pas lieu, si l'air mis en contact avec ces substances a traversé de l'acide sulfurique concentré ou un tube chauffé au rouge. Schroder et Dusch en 1854 {Annalen der Chemie und Pharm.,t.Xlllj p. 232) montrèrent que l'air perd également ses propriétés fermentescibles et putrescibles si on l'a filtré sur de la ouate.

Dans les liquides chargés de matières organiques, la fermentation et la putréfaction font apparaître des milliers d'êtres microscopiques. En 1858 Pouchet prétendit que ces proto-organismes naissent spontanément de la combinaison des éléments contenus dans l'infusion, en un mot, que leur génération en tant qu'êtres particuliers est spontanée.

Le 6 février 1860, Pasteur entre à son tour dans le débat. Niant la génération spontanée, il soutint que l'air renferme tous les germes de tous les proto-organismes qu'on voyait se former dans les infusions. Sa doctrine est celle de la panspermie et

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plus tard, clans ses belles recherches sur la fermentation, il montra qu'on peut tuer ces germes par la chaleur et que, sans eux, il n'y a ni putréfaction, ni fermentation.

En 1863, Jules Lemaire, docteur en médecine, publiait un livre dans lequel il démontrait qu'on pouvait s'opposer à la fermentation et à la putrèlaction en détruisant les germes par l'action d'une substance qu'il qualifiait d'antiseptique. Cette substance était l'acide phénique, découvert en 1834 par Uunge, qui lui avait donné le nom d'acide carbolique et avec lequel Lemaire lit ses premières expériences en 1859.

Lemaire démontrait qu'une dose extrêmement minime d'acide phénique suffit à arrêter toute fermentation (p. 160).

(( En démontrant, dit-il dès 1860, que l'altération que l'air fait subir à tous les produits animaux liquides, morbides et physiologiques, sécrétés ou exhalés, est due à des ferments vivants, je crois avoir réalisé un grand progrès pour la thérapeutique; je montrais du même coup la cause du désordre que l'on attribuait à l'inflammation et le traitement qu'il était rationnel de substituer à ceux en usage; c'était les ferments qu'il fallait détruire (p. 398).

» Pour mettre les solutions de continuité des tissus à l'abri de la fermentation, il suffit de les couvrir dès le début avec des compresses constamment imbibées d'eau phéniquée. Deux millièmes d'acide phénique suffisent dans ce liquide pour obtenir ce résultat (p. 406).

» Comme l'acide phénique se volatilise très rapidement, il faut maintenir sur les surfaces ou sur les orifices suppurants d'épaisses compresses imbibées d'eau phéniquée. De cette manière, tous les germes que Vair y dépose sont tués et le travail naturel de réparation s'opère sans entraves (p. 406). »

Pour tuer les germes de l'atmosphère ambiante il conseille de pulvériser dans l'air et sur la plaie les solutions d'acide phénique, et pour cela « on peut, dit-il, de servir de l'ingénieux appareil de M. Sales-Giron ».

On peut donc dire que Lemaire est, bien plus que Lister, le véritable inventeur delà méthode antiseptique, et cependant son insuccès fut complet.

Un seul chirurgien de Paris, Maisonneuve, employa l'acide phénique, et il l'employa en solution au centième ; le fait est attesté parla mention qu'en fait Sampson Gangée, de Birmingham, dans un livre intitulé : The présent state of Surgery in Paris (1867). La mise en pratique de ce pansement eut pour effet de diminuer sa mortalité : car pendant qu'elle fut en 1868 et 1869 de 54 p. 100

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au moins pour tous ses collègues (en m'exceptant loutefoisj, elle ne fut pour Maisonneuve que de 33 p. 100.

Plusieurs causes peuvent expliquer l'insuccès de Lemaire. 11 n'était pas médecin d'hôpital ; s'il était docteur en médecine, il était aussi pharmacien et, il faut bien le dire, il avait voulu faire de l'acide phénique une panacée universelle. Enfin le charlatanisme de quelques médecins exploita la médication phéniquée et jeta sur cette méthode une défaveur qui s'étendit jusqu'aux idées de Lemaire.

Au commencement de 1871, Alp. Guérin, toujours sous l'influence des idées de Pasteur, voulut garantir les plaies des ferments de l'air par l'enveloppement sous une forte couche de ouate. Il eut de nombreux succès sur lesquels je m'expliquerai plus loin, et de nombreux imitateurs; mais après trois ou quatre années l'enthousiasme que suscita la méthode de Lister fit tomber celui qu'avait suscité le pansement ouaté.

Nous voici enfin arrivés aux théories, aux pansements de Lister, à la chirurgie antiseptique. La première pubhcation de Lister date du 16 et du 23 mars 1867; mais ses idées sont surtout exposées dans les articles amputation et antiseptic traitement, insérés en 1871 dans le cinquième volume du Système ofSurgery de Holmes. Je les exposerai plus loin en les discutant. Qu'il me suffise de dire, et je le prouverai, que Lister ne cherchait qu'à obtenir la réunion par première intention. Pour l'obtenir il lui fallait, suivant ses théories, détruire les germes-ferments de l'air; il chercha à les détruire par l'acide phénique. Or, en voulant détruire ces germes, dont l'action est nulle dans la propagation de l'infection purulente, il détruisit sans le vouloir, sans le savoir, sans le chercher, le germe contage de cette terrible complication des plaies.

Sans le vouloir, sans le chercher, sans le savoir il supprima les épidémies, puisqu'il supprimait la contagion ; il fit ce que je faisais de propos délibéré, en le cherchant, en Je voulant, en pleine connaissance de cause depuis 1865 et 1867. La chirurgie, les malades et aussi une théorie fausse bénéficièrent du service involontairement rendu.

Je montrerai comment les précautions employées par Lister favorisent la réunion par première intention. Les chirurgiens qui employaient sa méthode obtenaient des réunions jusque-là inespérées; bientôt ils s'aperçurent qu'ils obtenaient plus encore. Non seulement les épidémies d'infection purulente disparurent, non seulement il y eut une diminution marquée dans la mortalité hospitalière ; mais encore on put avec succès pratiquer des opéra-

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lions qui antérieurement paraissaient beaucoup plus périlleuses. Le succès de la pratique paraissait à bon droit justifier le bien fondé des théories. On prit une peur effroyable des ferments de l'air, on exigea pour certaines opérations le lavage complet des murs, on voulut des ustensiles neufs, du linge neuf, et ne pouvant dans les hôpitaux demander une salle d'opération nouvelle pour chaque malade, il fallut une salle spéciale pour certaines opérations qu'on qualifiait de grandes.

Si quelque chose est capable de montrer combien l'amour du merveilleux est dans l'essence même de la nature humaine, c'est ce spectacle étrange, auquel nous assistons depuis plusieurs années, d'hommes instruits, intelligents, portés au scepticisme par la nature même de leurs études, d'hommes qui repousseraient comme une injure le soupçon de croire aux mystères de l'homéopathie ; mais qui se font un honneur et comme un devoir d'accepter avec l'aveuglement de la foi les mystères de la théorie du germe ferment et de la pratique listérienne.

Cette pratique, qui d'abord était suivie religieusement comme un dogme, qui s'accomplissait avec la rigueur que le rituel imprime aux cérémonies du culte, dont on ne pouvait s'écarter sans hérésie, subit peu à peu quelques relâchements. Des fidèles abandonnèrent le coatgut, d'autres le spray; bientôt l'acide phénique lui-même fut abandonné pour le sublimé, pour le chloral, pour le biiodure de mercure; il trouve actuellement un rival redoutable et momentanée dans l'iodoforme que nous employâmes à Paris, pour l'abandonner bientôt, en 1866, mais qui reparut, cette fois venant de Vienne, avec l'attribution de qualités merveilleuses que l'expérience n'avait révélées à personne vingt ans auparavant.

Ce n'est pas tout encore. Les découvertes de Davaine et de Pasteur sur la bactéridie du charbon; celles de Pasteur sur les microbes du rouget du porc et du choléra des poules, de Koch sur les bacilles du choléra et de la tuberculose, firent ajouter aux germes ferments de l'air les microbes morbigènes spéciaux, véritables germes contage. Toutes les maladies sont microbiennes, ce n'est plus le froid qui cause la pneumonie franche, c'est un microbe qui tantôt vole dans l'air, tantôt prend naissance dans la gorge après une opération dans cette région, de sorte que pour Péviter on pratique la trachéotomie. Si un malade prend unérysipèle, ce n'est pas parce que la plaie a été irritée, c'est parce qu'elle a donné asile à un microbe; si le nombre des érysipèles diminue dans un quartier de Paris, c'est parce qu'on a si bien, dans l'hôpital qu'il renferme, poursuivi les microbes, qu'on en a purgé

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l'arrondissement. Partout les microbes nous menacent, ils existent dans l'air le plus pur, dans l'eau la plus limpide; si nous y échappons, c'est parce qu'heureusement il faut pour qu'ils agissent être dans un état de réceptivité morbide que personne ne définit et surtout que personne ne caractérise. Si un malade succombe à une opération redoutable, ce n'est pas parce que l'organisme a subi une lésion traumatique profonde, c'est parce que, malgré toutes les précautions, on n'a pas fait une antisepsie absolue, on n'a pas tué tous les ferments, tous les microbes.

Ferments et microbes se mêlent, se heurtent dans des théories confuses dont on ne paraît pas avoir une perception bien nette; la pratique va à l'aventure, exigeant pour la sécurité des malades et des opérés des conditions irréalisables, mais heureusement pour la plupart inutiles. C'est dans cechaosque je vais chercher à faire quelque lumière, en cherchant en même temps à faire à chacun la part légitime qui lui revient dans le progrès.

La doctrine de Lister se trouve tout entière dans ces deux passages que je traduis littéralement. « Si les lèvres de la plaie sont en juxtaposition, la lymphe les accole l'une à l'autre, et comme elles sont environnées de toutes parts de tissus sains, cette lymphe se transforme en quelques jours en un tissu vasculaire qui constitue un trait d'union permanant entre elles; mais si les lèvres de la plaie sont séparées par du sérum retenu dans sa profondeur, naturellement la réunion immédiate est empêchée; et le sérum, se putréfiant sous l'influence de l'atmosphère, irrite les tissus et donne naissance à la suppuration (p. 609). »

Quelques pages plus loin il ajoute : « Dans une plaie exposée, pansée à la manière ordinaire, c'est-à-dire par les pansements à l'eau ou les fomentations, l'expérience nousmontre quelesangse putréfie, comme s'il était exposé à l'air, à la même température, dans un vase de verre ou autre substance inerte. Ce fait explique toutes les fâcheuses conséquences qui en dérivent. Les produits de la putréfaction sont des substances irritantes et toxiques; et, quoique parfaitement inoffensifs quand ils sont appliqués sur un ulcère couvert de granulations, qui lui constituent une couche protectrice privée de sensihilité, toute disposée à suppurer et non à absorber, ils (ces produits) agissent différemment sur une plaie récente, laquelle ressent violemment le contact du poison et par imbihition le fait pénétrer dans la circulation. Le résultat inévitable est l'inflammation locale et les troubles fébriles. Pendant ce temps, les portions de tissu qui ont été tuées parla violence de la blessure, au lieu de conserver leur caractère inoffensif pri-

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mordial et de servir d'aliment aux tissus voisins vivants, deviennent de plus en plus irritants par les progrès de leur putréfaction et elles irritent non seulement les parties voisines affaiblies et retardent leur guérison, mais elles produisent sur elles un effet caustique et étendent la mortification au delà de ses limites primitives. La j^ersisiance de cette stimulation anormale donne, à la longue, naissance à la suppuration qui affaiblit le malade en proportion de sa quantité et dans quelques cas le fait mourir ^ souvent de fièvre hectique et quelquefois de pyémie (p. 617). »

Voilà la doctrine et la vraie doctrine, telle que l'a formulée Lister, et non celle espèce de légende qu'ont créée, après coup, des élèves et des chirurgiens qui ne me paraissent connaître les publications de Lister que par ouï-dire, et qui attribuent à Lister l'idée de tuer par l'acide phénique le germe de l'infection purulente voyageant dans l'air. Je mets au défi qu'on trouve dans les publications de Lister, antérieures à 1873, une phrase, une seule, qui laisse même soupçonner que Lister ait eu en vue la préservation directe del'infeclion purulente, la suppression de la mortalité excessive des hôpitaux, Il a eu en vue :

1° La réunion par ptremière intention. S'il y a du sérum retenu dans la profondeur de la plaie et si ce sérum a le contact de l'air, il se putréfie, irrite les tissus et donne naissance à la suppuration ;

2° La production de la fièvre iraumatique. Dans une plaie exposée récente, les germes de l'air putréfient le sang et les produits de celte putréfaction sont des substances irritantes et toxiques. Dans une plaie récente ils pénètrent par imbibition dans la circulation et font naître les troubles fébriles;

3° Dans une plaie récente cette irritation due aux germes amène la suppuration qui affaiblit le malade et le fait mourir souvent de fièvre hectique, quelquefois de pyémie;

4° Si la plaie est ancienne, couverte de granulations, les matières putréfiées sous Vinftaence des germes sont parfaitement inoffensives (perfectly harmeless).

Pourquoi les plaies anciennes échappent-elles aux dangers qui menacent les plaies récentes? Lister ne le dit pas; mais je constate cette distinction. Je la constate, parce qu'elle prouve que dans la pensée de Lister son pansement ne s'applique qu'aux plaies récentes. Je la constate, parce qu'elle prouve que Lister n'avait pas en vue, par son pansement, de prévenir directement l'infection purulente, qui se montre d'ordinaire aprèsle huitième jour, quand la ])laie est déjà couverte de granulations.

Pourquoi, par quel mécanisme la suppuration amêne-t-elle la

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fièvre hectique et l'infection purulente? Lister ne le dit pas, car ce n'est pas le dire que de parler de ces tissus tués par la violence de la blessure, qui au lieu de conserver leur caractère primordial, de servir d'aliments aux tissus voisins vivants, ont un effet caustique, etc., etc. Ce sont des mots, des suppositions, et rien de plus. Pourquoi cette suppuration donne-t-elle tantôt la fièvre hectique, tantôt la pyémie? Il eût été bon de le dire, car la pathogénie de ces affections est aussi diff'érente que leurs symptômes. Pourquoi : l'une souvent, l'autre quelquefois? c'est ce que ne dit pas Lister et il ne pouvait pas le dire avec sa théorie de la putréfaction du sérum, terrible pour les plaies récentes, inoff'ensive pour les plaies anciennes et les ulcères. Lister n'a jamais eu en vue que de prévenir la suppuration, d'abord dans les fraclures compliquées (1867), plus tard (1871) dans les plaies récentes, et d'obtenir la réunion par première intention.

Ce qu'il cherchait, il l'a obtenu mieux que personne avant lui, mais ce n'est pas sa théorie qui explique les heureux résultats de sa pratique. Il a obtenu ce qu'il ne cherchait pas, ce que j'avais depuis longtemps cherché et aussi obtenu : la prévention de l'infection purulente, la suppression des épidémies ravageant d'une manière permanente nos services hospitaliers. C'est ce que la suite va démontrer.

J'arrive donc à l'examen des doctrines.

LA RÉUNION PRIMITIVE DES PLAIES EXPOSÉES NE DÉPEND PAS DE LA PRÉSENCE DE l'AIR OU DES FERMENTS QU'iL RENFERME. — On a

rapproché le succès du pansement de Lister de ceux de la méthode sous-cutanèe, et l'on a rapporté aux ferments seuls l'action nocive qu'on attribuait à l'air entier. Il n'y a pas plus de vérité pour l'une que pour l'autre explication. Voici ce que j'écrivais en 1866 {Gaz» hebdomadaire, p. 449), un an avant que Lister songeât à sa méthode :

« Lorsqu'un bistouri étroit, enfoncé sous la peau, divise un tendon, les deux bouts de tendon divisé se rétractent dans leur gaine, ils laissent donc entre eux un intervalle. Si la section a été faite sans les précautions usitées... au moment où les extrémités tendineuses se rétractent, l'air pénètre jusqu'au fond de la plaie, remplit l'espace laissé vide par ces extrémités et une cavité remplie d'air est interposée à ces extrémités.

» Si, au contraire, on opère avec les précautions usitées en médecine opératoire, au moment où le tendon se rétracte, au moment oîi le vide se fait, comme l'accès de l'air ne peut avoir

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lieu, les parois de la gaine tendineuse, attirées par le vide qui tend à s'effectuer, pressées par le refoulement des parties qui l'environnent, comblent cet espace; aucune cavité n'existe. Partout des tissus vivants sont en contact et la plaie se trouve alors dans les conditions exigées pour l'organisation par première intention du blastême plastique sécrété par les vaisseaux des tissus intéressés par l'incision ou excités par le travail qu'elle amène autour d'elle.

» Ce n'est donc pas parce que la plaie ne renferme pas d'air, c'est parce que les tissus qui la constituent sont en rapport exact, sont accolés les uns aux autres, que la réunion sans suppuration a lieu. C'est la condition indispensable à toute réunion immédiate : que la plaie soit sous-cutanée ou à la surface du corps, cette réunion immédiate n'aura lieu que si les deux surfaces cruentées sont en rapport exact ; et il importera très peu que les bords affrontés d'une plaie baignent ou non dans l'air atmosphérique. »

Je dirai aujourd'hui : ce n'est pas parce « qu'il se putréfie sous l'influence de l'atmosphère » que le sérum en excès, emprisonné dans une plaie trop complètement suturée « irrite les tissus et donne naissance à la suppuration », c'est parce qu'il joue le rôle de corps étranger, interposé aux deux parties de la plaie qui, cessant d'être en contact, ne peuvent se réunir. Qu'on emploie le pansement listérien le plus rigoureux, mais qu'on ferme hermétiquement toute la plaie, il n'y aura pas accès des ferments et cependant, comme il y aura rétention de lymphe plastique en excès, il y aura suppuration.

Ce qui prouve d'une manière irréfutable que l'absence des ferments de l'air et l'usage des antiseptiques n'empêchent pas la suppuration, c'est que dans les amputations faites et pansées avec toutes les précautions de la méthode, si la plus grande partie de la plaie se réunit primitivement, il en est presque toujours une partie qui suppure, et qu'il est très rare d'avoir une réunion sans une seule goutte de suppuration. Si la théorie était vraie, il ne devrait pas y avoir une seule goutte de suppuration, puisqu'on a détruit tous les germes aériens de la fermentation .

Ce qui prouve d'une manière irréfutable que les ferments de l'air n'empêchent pas la réunion primitive, c'est qu'on peut l'obtenir tout en laissant la plaie absolument exposée à l'air, sans aucun pansement, sans aucun lavage antiseptique préalable, pourvu qu'on l'ait réunie avec soin et qu'on ait usé des précautions que nous allons indiquer.

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Ce qui prouve que la théorie est fausse, c'est qu'en ajoutant aux précautions dont j'usai antérieurement quelques-unes de celles enseignées par Lister, j'obtiens, sans faire usage des pansements antiseptiques, les mêmes réunions rapides que celles obtenues par mes collègues, fidèles aux pansements listériens.

Ce qui prouve d'une manière non moins irréfutable que la suppuration n'est pas due aux ferments de l'air, c'est qu'elle survient dans les phlegmons des membres ou d'autres régions où la pénétration de ces ferments est impossible. Il est vrai que les fanatiques de la théorie diront que notre organisme est imprégné de ces ferments. On peut leur répondre alors que si ces ferments imprègnent notre organisme, s'ils peuvent arriver à la plaie en traversant tous les tissus du corps, on ne voit pas trop à quoi peut être utile la barrière que le pansement leur oppose extérieurement, au niveau de la plaie.

Beaucoup de chirurgiens semblent penser que sans l'usage des antiseptiques on ne pourrait songer à abandonner dans l'abdomen le pédicule d'un kyste ovarique, que ce pédicule voué au sphacèle deviendrait corps étranger, amènerait une péritonite, etc. Je ne nie pas que le lavage avec une solution forte d'acide phénique, en rendant la substance imputrescible, n'ajoute -à la sécurité ; mais cette précaution n'est pas indispensable.

En 1868, avant la promulgation du dogme de l'antisepsie, Spiegelberg et Waldeyer dans les Archives de Virchotv avaient étudié ce que deviennent dans ces cas les fils de soie et de chanvre, ainsi que le pédicule, et ils avaient constaté que les tissus étranglés ne deviennent pas gangreneux, que la ligature peu à peu se désagrège. Ajoutons que Spencer Wells n'avait pas attendu la production de ces doctrines pour employer le traitement intra-péritonéal du pédicule ovarique.

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