LISTER A FAIT FAIRE DE GRANDS PROGRÈS A LA PRATIQUE DE
LA RÉUNION IMMÉDLVTE. — H y a soixante ans que Syme insista beaucoup sur la nécessité de ne pas fermer toute la plaie par des sutures, et de laisser une libre issue à la lymphe plastique épanchée. L'usage du drain n'est pas et ne saurait être revendiqué par Lister ; mais, plus énergiquement que tout autre, Lister a insisté sur cette circonstance que la quantité de lymphe plastique sécrétée par une plaie dans les premières vingt-quatre heures est presque toujours supérieure à la quantité susceptible de s'organiser. Si on ne permet pas l'expulsion de la lymphe plastique en excès, elle joue le rôle de corps étranger, amène de l'irritation, empêche la réunion profonde, puisqu'elle
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empêche le contact des deux lèvres de la plaie, et provoque de la suppuration.
En même temps que Lister montre l'utilité du drain, il insiste sur la nécessité de la compression. De plus, le lavage avec une solution phéniquée forte excite, mieux que ne le faisait l'alcool pur, la corrugation des vaisseaux, amène l'arrêt du suintement sanguin et facilite le travail de réunion. La simple apposition d'un morceau de taffetas gommé, de protective, protège la plaie contre tout frottement; et le pansement sec est plus favorable que le pansement humide à la réunion primitive.
Que faisait-on avant Lister ? Au début de ma carrière, on fermait toute la plaie et dans un ou plusieurs points on rassemblait les fils des ligatures artérielles, ou l'on mettait une mèche de linge. Mais on ne retirait la mèche qu'après quelques jours et loin de faciliter, dans les premières vingt-quatre heures, l'issue de la lymphe plastique en excès, cette mèche faisait bouchon, la retenait dans la plaie et l'on provoquait ainsi la suppuration. Plus tard le drain se substitua à la mèche, mais toujours dans le même but : permettre au pus de trouver une issue lorsqu'il se sera formé. Lister a montré que le drain doit être employé, non pour donner, quelques jours plus tard, issue au pus, mais pour donner dans les premières vingt-quatre heures issue à l'excès de lymphe plastique. En même temps il insistait sur la compression du fond de la plaie pour éviter la stagnation de la lymphe. Voilà la vraie pratique, le progrés capital; l'action des ferments n'est que du roman, car, ainsi que je l'ai dit plus haut : qu'on lave la plaie avec la solution forte, qu'on emploie le spray, qu'on fasse le pansement antiseptique le plus rigoureux, mais qu'on ferme toute la plaie, qu'on n'y place pas de drain; bien que tous les ferments aient été détruits, si la plaie est un peu profonde, la lymphe plastique, interposée en excès, en écartera les deux lèvres et il y aura fatalement suppuration.
LES DOCTRINES DE PASTEUR SUR L'ACTION DES FERMENTS DE l'air sont APPLICABLES A LA PATHOGÉNIE DE l'iNFECTION PU- TRIDE. — Vinfection putride, que Gaspard (de Saint-Etienne) nous a fait connaître en 1825, est une sorte de septicémie chronique à marche lente, caractérisée par l'altération du pus, les accès fébriles se montrant tous les soirs, la perte rapide des forces et de l'appétit, l'amaigrissement, la diarrhée, en un mot la fièvre hectique.
Ici encore, l'observation clinique n'avait pas attendu Texpérimentation du laboratoire pour reconnaître, apprécier et éviter
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l'action nocive de l'air; pour savoir qu'il faut faciliter l'évacuation du pus par les débridements et les drainages ; pour savoir qu'il faut laver ces foyers avec des liquides désinfectants; pour savoir que le danger des abcès par congestion commence surtout avec leur ouverture. C'est pour se mettre à l'abri de l'influence nocive de l'air, que J. Guérin avait inventé en 1841 un appareil spécial destiné à permettre d'ouvrir et d'évacuer le pus de ces abcès, sans y laisser pénétrer l'air. C'est pour la même raison que Jîeybard inventa, il y a quarante ans, sa canule, à soupape de baudruche, employée dans lathoracentèse. Pasteur nous a montré à quel élément de l'air est due la putréfaction du pus; Lemaire. en 1862, a montré que par l'acide phénique on détruit ces éléments et l'on se met à l'abri des accidents. Lister a laissé de côté cette question importante. Quoi qu'il en soit, c'est sous l'influence de ses idées sur le rôle des ferments dans la production de la suppuration que l'on a appliqué la pratique de Lemaire. Cette pratique rend les plus grands services, non pas seulement dans les abcès anciens, mais même dans l'ouverlure des abcès chauds. Si on les lave et les vide avec soin; si après de soigneux lavages à l'eau alcoolisée on y fait par prudence une injection d'eau phéniquée en faible solution pour détruire les germes ferments qui pourraient altérer les liquides séjournant dans la profondeur de l'abcès; si on introduit pour A'ingt-quatre heures un drain dans l'ouverture ; si enfin on fait une compression exacte, on pourra obtenir, ce que j'obtiens souvent, la réunion en deux jours et par première intention d'abcès chauds volumineux, comme ceux qui résultent des adéno-phlegmons du cou ou de l'aisselle.
LES DOCTRINES DE PASTEUR SUR LES FERMENTS DE l'aIR NE SONT PAS APPLICABLES A LA PATHOGÉNIE DE l'INFECTION PURULENTE. —
Quoiqu'on attribue généralement à Lister l'application des doctrines de Pasteur à la palhogénie de l'infection purulente, Lister n'a pas commis cette faute. 11 attribue à l'action des ferments les altérations des liquides de la plaie; il attribue à l'irritation qui en résulte et à l'absorption des liquides altérés l'apparition de la fièvre traumalique et de la suppuration, mais il ne va pas au delà. Du moment où la suppuration existe, elle peut, dit-il, « affaiblir le malade et le faire mourir, souvent de fièvre hectique et quelquefois de pyémie ». Ici les germes ne sont plus directement en cause.
Si ce n'est pas à Lister, c'est à la légende listérienne qu'on peut attribuer ces doctrines, auxquelles vient se joindre aujour-
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d'hui la doctrine microbienne : celle des germes spéciaux. Dans ces théories, l'infection pnrulente est toujours d'origine extérieure. Je montrerai plus loin qu'elle peut être primitive et d'origine intérieure ; pour le moment je me borne à montrer qu'elle n'est pas d'origine extérieure, qu'elle ne résulte pas de l'action de germes contenus dans l'air.
Les germes ferments de l'air, les germes de la fermentation, de la putréfaction, dont Pasteur nous a montré l'existence dans l'air atmosphérique, existent partout : à la ville comme à la campagne, dans les grands comme dans les petits hôpitaux, à l'hôpital comme dans la demeure particulière de nos malades. Si ces germes étaient les producteurs de l'infection purulente, on aurait dû rencontrer partout, et au même degré de fréquence, cette terrible complication des plaies, à l'époque, encore peu éloignée, où la doctrine et les pansements antiseptiques n'existaient pas. Cependant, nul ne saurait nier ce fait indéniable que l'infection purulente était absolument rare dans la clientèle des médecins de campagne, rare dans la pratique civile des villes, qu'elle était moins rare lorsque cette clientèle urbaine était celle d'un chirurgien d'hôpital, un peu plus fréquente dans les petits hôpitaux des petites villes, fréquente dans les petits hôpitaux des grandes villes, qu'elle était permanente, avec des exacerbations qualifiées du nom d'épidémie, dans les grands hôpitaux des grandes villes. Il serait fort peu logique d'attribuer aux mêmes germes, tantôt une innocuité parfaite, tantôt une certaine nocuité, ailleurs une action toxique d'une épouvantable intensité.
Il est vrai que dans les théories actuelles, celles des microbes spéciaux, on peut objecter que l'air de la campagne en renferme peu, qu'il y en a très peu encore dans les villes, beaucoup dans les petits hôpitaux, qu'ils sont d'une abondance extrême et qu'ils foisonnent dans les grands hôpitaux. Or, je vais montrer que ces ferments, ces microbes, ces contages même, ne sont pas transmissibles par l'air.
LES GERMES FERMENTS DE L'AIR, LES GERMES CONTAGE, LES MI- CROBES SPECIAUX EN SUSPENSION DANS l'ATMOSPHÈRE SONT INCA- PABLES DE PRODUIRE OU DE TRANSMETTRE L'INFECTION PURULENTE.
— Puisque dans les théories actuelles, il faut pour éviter l'infection empêcher à tout prix l'arrivée sur la plaie de ces ferments, de ces microbes, il est évident que si on laisse la plaie librement exposée à l'action de ces terribles agents, l'infection purulente devra se produire. Eh bien! cette expérience, qui aurait dû avoir pour conséquence la mort de presque tous les malades, a été