DES PLAIES DES VEINES
Il a été question, à l'occasion de l'Iiémostase chirurgicale, des veines coupées à la surface des plaies, et du traitement qu'elles réclament. Les veines de moyen calibre peuvent être blessées dans leur continuité, comme dans la saignée, ou même coupées en travers, comme on l'a fait pour les varices, sans que l'hémorrhagie demande autre chose qu'une compression légère; mais les plaies des gros troncs veineux méritent une attention spéciale.
La compression suffit pour les veines de moyen calibre; elle laisse moins de chances de succès quand il s'agit de veines importantes comme la jugulaire interne ou la crurale. Turner (de Londres) rapporte dans son Traité de chirurgie, publié en 1736, qu'il arrêta une hémorrhagie de la jugulaire interne sur Guillaume, prince d'Orange, par la compression digitale exercée pendant quarante-huit heures par plusieurs individus se relevant à tour de rôle. John Adams (de London Hospital), en 1862, réussit également par la compression pour une plaie du même vaisseau.
La ligature est en définitive le moyen le plus sûr; mais, dans la crainte de voir la gangrène survenir par oblitération du tronc veineux, on n'eut recours à ce moyen qu'avec une grande répugnance, une circulation collatérale ne paraissant pas devoir s'établir comme pour les artères. On a donc cherché à pratiquer une ligature partielle ne portant que sur la partie de la paroi veineuse qui était le siège de la plaie. Travers a tenté la ligature latérale de la fémorale en saisissant avec une pince ou un tenaculum les deux bords de la division et en les étreignant avec un fil étoitement serré, sans oblitérer le canal de la veine. Le malade mourut. Cependant Begin aurait eu un succès ; Blandin, Berard, Delore et Lister auraient réussi pour l'axillaire et guéri leurs malades. On a également cité un cas de succès de P. Boyerpour le fémorale.
Pour ces deux dernières veines, la ligature latérale réussit en déterminant la formation d'un caillot qui remplit entièrement le vaisseau ; pour la jugulaire interne, il est à craindre qu'il ne se forme pas un caillot suffisant, et que la chute de la ligature soit le
^240 OPÉRATIOMS GÉNÉRALES.
signal d'une hémorrhagie mortelle. Trois fois Roux y eut recours : il a perdu ses trois opérés. Le prétendu succès de Guthrie est plus qu'équivoque et la ligature latérale faite par Travers a déterminé une phlébite mortelle. D'après Fischer, sur sept ligatures latérales de la jugulaire interne dont les résultats sont donnés (le chiffre total est de seize) il y eut deux guérisons et cinq morts. La ligature latérale est une opération condamnée.
Pour les plaies étendues des troncs veineux oùla compression serait insuffisante, l'unique ressource est la ligature ordinaire appliquée au besoin sur les deux bouts du vaisseau. Cette opération n'a pas autant de gravité qu'on le croirait, quand la circulation de retour est entretenue par des veines collatérales directes, comme pour la jugulaire interne, l'axillaire, la veine crurale liée au-dessous de l'embouchure de la saphène.
Sédillot, dans deux cas d'extirpation de tumeur du cou, Gely, Stevens (de New- York), Gibson (de Philadelphie), ont lié avec succès la jugulaire interne. D'après les recherches de S. W. Gross la jugulaire interne blessée quatre-vingt-onze fois, le plus ordinairement pendant des opérations, a été liée quarante- trois fois et il n'y aurait eu que quatre morts. Fischer au contraire compte sur quarante et une ligatures neuf cas de mort.
Lorsque la crurale a été liée au-dessus de la saphène, le sang est arrêté par la ligature, de là de graves dangers. Roux a cité un cas oii le membre s'était gangrené, Malgaigne a vu, après cette ligature, la mort arriver par des hémorrhagies veineuses répétées ; Linhart rapporte un cas dans lequel la gangrène s'est montrée après douze heures. Toutefois Roux a pratiqué cette ligature avec succès, sans autre accident qu'un œdème du membre. Afin d'arrêter l'hémorrhagie en diminuant l'apport du sang dans le membre, Gensoul (1830) lia l'artère au lieu de la veine. L'hémorrhagie fut arrêtée et l'on aurait pu espérer un succès, si le sujet n'avait succombé au bout de quelques jours à d'autres accidents. B. Langenbeck (1857) répéta l'opération dans un cas de blessure de la veine pendant une opération, l'opéré guérit. Billroth et Rose ne voyant pas l'hémorrhagie s'arrêter par la ligature de la fémorale, lièrent les deux bouts de la veine. Il n'y eut pas gangrène du membre. Oettingen, ayant blessé la veine fémorale dans une opération, lia la veine. Le membre devint cyanose et l'hémorrhagie continua. Il lia l'artère, la cyanose et l'hémorrhagie disparurent. Il n'y eut pas gangrène. Cet accident survint cependant dans un cas de Heinecke.
Rabe a rassemblé neuf cas de blessure de la veine fémorale profonde. Dans six de ces cas la ligature de l'artère correspoii-