Q U I N Z I K M E E N T U ET ! E X
— Ce n’est pourtant rien encore* reprit M. Dupré. Plus nous avancerons dans ces éludes* plus vous admirerez les lois providentielles qui règlent les transactions des hommes. Mais passons au cas où la demande dépasse l’offre. De même que dans le cas contraire, ce résultat peut avoir plusieurs causes.
La production peut avoir été entravée pour une raison ou pour une autre. Dans ce cas les vendeurs sont moins nombreux, ils ont moins de marchandise, ou bien il sc présente plus d’acheteurs, leurs besoins sont plus grands* et ils veulent davantage de la marchandise en vente; elle est donc plus demandée qu’offerte. Dos lors, les vendeurs sont sur la réserve, et les acheteurs empressés; ce sont ceux-ci qui se font concurrence. Comme la marchandise est peu abondante, ils craignent tous de ne pas en avoir, et chacun est disposé à en donner un prix plus élevé; elle dépassera donc le prix habituel- On dira que les acheteurs sont abondants, que la marchandise est rare et qu’elle est en hausse.
— Cette première hausse, demanda Léonard, ne devra-t-elle pas amener une hausse plus considérable, comme nous avons vu une première baisse en amener une nouvelle?
— Exactement, Léonard. Vendeurs et acheteurs resteront sous l’influence de ce qui vient de se passer. Les vendeurs qui connaissent* comme on dit, les besoins de la place ou du pays, veulent profiter de leur position. Les acheteurs, au contraire, qui ont des besoins et qui connaissent la rareté dq la marchandise, sont disposés à faire plus de sacrifices pour s’en procurer.
— La marchandise montera de plus en plus, je le comprends, reprit Léonard ; mais je ne vois pas de raison pour qu’elle s’arrête. Car il n’en est pas de la hausse comme de la baisse, qui est limitée pas le point où le prix de vente serait inférieur aux frais de production; pour la hausse, il n’y a pas de limite.
— C’est ce qui te trompe, Léonard, il y en a une pour la hausse comme pour la baisse. Seulement, elle n’est plus dans les frais de production, elle est dans la bourse des consommateurs; elle est aussi dans la concurrence. A mesure que le prix d’une marchandise augmente, les consommateurs ont plus de peine à se la procurer; si elle continue à augmenter, elle finit par dépasser les moyens de beaucoup d’entre eux ; ils s’abstiennent d’en acheter
et ils se tournent vers une autre. Plus le prix s’élèvera, plus le nombre de ceux qui sont forcés de s’en priver devra augmenter. La demande, qui avait dépassé l’offre, se rapprochera de l’équilibre, et les choses reviendront à leur état naturel.
— Je comprends ce résultat pour les marchandises qui ne sont pas d’une nécessité absolue, dit Michel; mais le blé est une denrée qu’il faut se procurer à tout prix; la rareté doit en faire hausser le prix d’une manière indéfinie.
— C’est encore une erreur, Michel; à cet égard la limite est dans les heureux effets de la concurrence. Dans les temps ordinaires, quand le blé est à bon marché, on n’en va pas acheter à l’étranger, parce que les frais de transport ne permettraient pas de le vendre au cours du jour dans le pays. Mais, quand le prix augmente, il peut couvrir les frais de transport, même des pays les plus éloignés. L’espoir de réaliser des bénéfices détermine de plus en plus les spéculateurs à se livrer à ce genre d’opérations; le blé arrive en quantité suffisante, et sa présence fait baisser le prix. La concurrence empêche ainsi la hausse de dépasser une certaine limite; à l’avenir même, elle empêchera encore plus ces grands écarts qui affligent aujourd’hui les populations.
— C’est un résultat qui serait bien désirable, dit Léonard; s’il a jamais lieu, il me raccommodera avec la concurrence.
— La concurrence, reprit M. Dupré, a bien d’autres avantages. Elle prévient l’augmentation croissante de prix qui résulterait de l’excès de la demande sur l’offre. Aussitôt que la valeur des choses dépasse le prix naturel, les bénéfices du producteur augmentent. Cet accroissement de bénéfice tente de nouveaux individus, qui se mettent à leur tour ù produire le même article; on élève de nouvelles fabriques; l’objet est produit plus en grand, plus de bras y sont occupés, on y applique davantage le principe de la division du travail, et l’on en perfectionne les procédés de fabrication ; il est ainsi fabriqué plus économiquement et à meilleur marché. Comme il se présente plus abondamment sur le marché, l’offre dépasse la demande, le prix revient à son taux primitif et finit même par descendre au-dessous.
En effet, du moment que l’objet est fabriqué plus en grand et que les frais de production ont diminué, les producteurs, sollicités