‹ Manuel de morale et d'économie politiqueChapitre 22 sur 41 · DONNE DIRECTION DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

DONNE DIRECTION DU TRAVAIL

ia matière première pour l’imprimeur qui la convertit en toile peinte; enfin celle-ci est la matière sur laquelle s’exerce l’industrie de la couturière qui la convertit en robes.

De même les métiers ingénieux que vous employez ont été construits par un mécanicien avec du fer, de l’aeier, du cuivre, qui étaient pour lui de la matière première. Mais cette matière est le résultat d’un travail compliqué, exécuté sur du minerai dans des forges et des fonderies. Le prix du minerai lui-même représente le prix du travail nécessaire pour l’extraire du sein de la terre et le transporter au haut fourneau, à la fonderie et à la forge. De sorte qu’en dernière analyse le prix d’une chose, à un instant quelconque de la fabrication, représente le prix du travail nécessaire pour la mettre dans cet état.

Le travail étant donc la condition indispensable de la satisfaction de nos besoins, tout ce qui peut le favoriser, le rendre moins dangereux et moins pénible, tout cela est nécessairement du plus haut intérêt pour nous.

Le simplifier et le rendre plus facile, de manière, soit à arriver au même résultat avec moins de peine, soit à obtenir d’une même quantité de travail la plus grande somme possible de commodités, doit donc être le but des efforts de notre esprit. Vous admettez cela?

— Certainement, dirent tous les assistants.

— Faire avec beaucoup de peine ce qui pourrait être fait facilement, employer beaucoup de temps et de travail à une chose qui pourrait être faite plus promptement et avec peu de travail, s’obstiner, par exemple, à transporter péniblement à bras, en plusieurs voyages, ce qu’on pourrait aisément porter en un seul avec une petite* charrette, serait une folie, un gaspillage de temps et de forces. Vous admettez encore cela?

— Sans aucun doute.

— Si, au lieu d’employer une journée de dix heures de travail pour%faire une chose, vous pouviez la faire en cinq heures, il vous resterait une demi-journée pour faireaulre chose; vous pourriez ainsi vous procurer des satisfactions doubles, et si vous la faisiez en une heure, vous vous en procureriez dix fois plus.

— C’est évident.

DIX - H UITIEME ENTUET 1 ES .

— Et si quelqu’un, pouvant ainsi diminuer sa peine et augmenter son bien-être, ne le faisait pas, que serait-il?

— Ce serait un fou.

— Eh bien I ce qui est vrai d’un individu, l’est encore plus de la société tout entière. 11 y a, par exemple, des moyens d’économiser le travail ou de l’appliquer avec plus d’avantage, qu’un individu isolé n’est pas capable d’employer et qui ne peuvent l’être que par des individus travaillant ensemble. Si, par exemple, un homme devait labourer pendant la première heure, raboter du bois la deuxième, coudre des habits la troisième, construire un mur la quatrième, et faire des souliers pendant la cinquième, il y a peu de probabilités que tout cela fût bien fait. En outre, cinq hommes travaillant ainsi ne feraient pas autant d’ouvrage que cinq hommes qui seraient, l'un laboureur, le second menuisier, le troisième tailleur, le quatrième maçon et le cinquième cordonnier. C’est le principe de la division du travail.

11 nous faut toujours du temps et des préparatifs pour être bien à notre ouvrage; l’esprit doit réfléchir à ce qu’il veut faire, les muscles du corps exigent des efforts pour se plier à ce qu’on leur demande ; aussi y a-t-il toujours un peu de temps perdu quand on commence un travail, même celui qu’on sait le mieux faire.

— C’est bien vrai, dit M. Saujon; il se passe presque toujours une demi-heure avant que je sois bien en train.

— C’est ce qui arrive à tout le monde. Mais, si un homme fait plusieurs choses, la préparation est plus longue, parce qu’il faut que l’esprit et le corps secouent les habitudes et les idées qui proviennent du travail précédent. Un charpentier aurait beau être un excellent tailleur, quand il quitterait sa hache, il faudrait quelque temps à ses doigts pour s’habituer à l’aiguille. La plupart d’entre vous ont lu Kobinson Crusoé.

Eh bien, Kobinson, seul dans son île, devait tout faire. 11 faisait du mieux qu’il pouvait, mais il faisait tout mal. Si cinq hommes au lieu d’un avaient été jetés dans cette île, il y apurait eu avantage pour eux à se partager les occupations ; mais ni cinq hommes ni cent ne pourraient se diviser le travail comme nous le voyons en France. Là où la population est clair-sèmée, on ne peut arriver à une division complète; c’est dans les manufactures

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