‹ Manuel de neurologie oculaire [electronic resource]Chapitre 20 sur 91 · G. ANATOMIE DE L APPAREIL MOTEUR DÈ COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

G. ANATOMIE DE L APPAREIL MOTEUR DÈ COMMANDEMENT

Les centres oculo-moteurs doivent être classés en deux catégories : les centres primaires, ou périphériques, et les centres supérieurs, ou corticaux; nous dirons seulement un mot des centimes intermédiaires, que l'anatomie connaît mal, mais dont la physiologie nous a prouvé l'existence nécessaire.

Les centres primaires, ou périphériques, sont ainsi nommés parce qu'ils contiennent le corps cellulaire du neurone périphérique, dont le cylindraxe court dans le nerf oculo-moteur, pour aller se terminer dans le muscle commandé. On les a divisés en centre», musculaires (chaque muscle oculaire a, en effet, son })etit noyau distinct) et centres radiculaires, répondant chacun à une racine ou paire crânienne; l'idée de centre radiculaire étant plus vaste que celle de centre musculaire, c'est à elle que nous nous en tiendrons; il y a donc un centre, ou noyau, pour chacun des nerfs oculo-moteurs.

Le noyau de roculo-moteur commun forme une petite masse longue d'un centimètre, située dans la substance grise formant le plancher de l'aqueduc de Sylvius, au-dessous des tubercules quadrijumeaux antérieurs; son extrémité postérieure répond à l'interstice qui sépare les tubercules quadrijumeaux antérieurs des postérieurs (fig. 6). On s'est ingénié à décrire de petits noyaux distincts pour chacun des sept muscles innervés par l'oculo-moteur commun (centres musculaires). Il est évident qu'il en est ainsi, mais l'anatomie ne nous a encore montré que les grandes lignes de ces divisions; on sait cependant que la partie antérieure et médiane de ce noyau commande à la musculature intrinsèque, que la grande majorité des fibres sont homolatérales ou directes, tandis que d'autres, une partie de celles allant probablement aux droit interne, petit oblique et droit inférieur, sont au contraire croisées (v. fig. 7).

Le fait que les noyaux des muscles intrinsèques sont groupés près

ETUDE ANATOMIQLE DE I/APPAREIL OCULAIRE MOTEUK. 17

de la li'^ne mé liane, séparés des aii'res et vascularisés de façon distincte, perme! de concevoii' une lésion vasculaire n'atteignant pas à la fois les muscu'atures extrinsè |iie et intrinsèque. Leurs i-apporls de voisinage expliquant les synergies fonctionnelles de ces deux: musculatures; leur indépendance vasculaire fait prévoir la possihi-

My. 7. — Noyaux de l'(tculo-inoLcitr coiniiuiii et du patl]t'li([ue. (D'après Beruheiinei'.)

Origines des libres, en majorité directes, eu minorité croisées, do roculo-moteuc coin mun; les lif^nes pointiilées indiquent les fibres les moins nombreuses. [Revue iwaro- U)(ji(]i(e, 1808.)

lité de lésions isolées. Ajoulons (|ue le gi'oupement, prés de la ligne médiane, des noyaux des muscles intrinsèques, fait comprendie leurs associations bilatérales (l'accommodation de même que la contraction pupillaire sont toujours bilatérales) et leurs associations entre eux ( raccommodation est toujours accompagnée de contraction pupillaire; Linverse cependant n'est pas vrai).

)>:•; i,Ai'Kiis(iNM.: i;t camo.nm:!'. 2

APPAREIL OCULAIRE MOTEUR

Le noyau du pathétique, ou noyau trochléaire, est un petit amas arrondi, presque au contact de l'extrémité postérieure de celui de la III'' paire, qu'il semble continuer en bas (fig.7) ; chez l'embryon, même, ces deux noyaux ne forment qu'une masse. Toutes les fibres du pathétique sont croisées.

Le noyau de l'oculo-moteur externe est plus bas, dans la région dorsale de la calotte protubérantielle ; il fait saillie dans le plancher du 4*^ ventricule (d'où son nom eminentia teres), directement recouvert par l'épendyme (fig. 6): il est donc presque baigné par le liquide céphalo-rachidien et nous verrons les altérations qu'il peut subir du fait de ce voisinage. Rappelons encore que ce noyau est compris dans l'anse décrite par le facial à l'intérieur de la protubérance (fig. ()) : une même lésion pourra atteindre simultanément la et la VII^ paires. Toutes les fibres de l'oculo-moteur externe sont directes.

Le noyau du facial est une petite masse ovoïde, longue de 5 millimètres, située dans la partie dorsale de la protubérance, à quelque distance du plancher du ¥ ventricule; il est plus latéral que le noyau de la VI'^ paire; son extrémité inférieure répond à la limite inférieure de la protubérance et son extrémité supérieure voisine avec le noyau du trijumeau moteur. Les fibres sont directes, en grande majorité.

Les centres du sympathique sont au nombre de deux : l'un bulbaire, dont l'existence est certaine, mais l'emplacement mal délimité, est placé assez haut dans le bulbe, l'autre spinal : centre cilio-spinal de Biidge, est plus important. On le localise dans la moitié inférieure de la moelle cervicale, surtout au niveau des VIIl^ paire cervicale et I"' dorsale.

Les voies efférentes de ces centres sont des fibres qui, pour le centre bulbaire, vont gagner l'œil, d'une part directement, en suivant le trijumeau, d'autre part indirectement, en descendant dans la moelle pour se mêler aux libres du centre spinal. Celles-ci sortent de la moelle par les rami communicantes des racines cervicales et par les premiers nerfs dorsaux, d'où elles gagnent le cordon sympathique cervical par l'mtermédiaire de l'anse de Vieussens (fig. 11).

Le ganglion ophtalmique est un centre, à la fois cérébro-spinal et sympathique, placé dans l'orbite ; c'est une petite masse longue

ÉTUDE ANATOMIQUE DE L'APPAREIL OCULAIRE MOTEUR. 19

de 2 millimètres et épaisse de 1 mm. , située sur le côté externe du nerf optique, à la jonction de son tiers postérieur et de ses deux tiers antérieurs. Il reçoit une racine du filet du petit oblique, une du nerf nasal, une du plexus péricarotidien sympathique; il émet des filets, nerfs ciliaires courts (fig. 52), au nombre de 12 à 15, qui pénètrent le globe par son pôle postérieur et viennent se terminer

hv. Slip. mot. oc. coin.

Fig. 8. — Ganglion ophtalmique; ses i^acines et ses branches. (D'après Cunéo.)

au niveau des muscles intrinsèques (*). Il ne joue, au point de vue moteur, aucun rôle vis-à-vis des muscles oculaires extrinsèques, pas plus que dans l'irido-dilatation ; il ne nous intéresse ici que comme centre moteur intervenant dans la contraction des muscles ciliaire et sphincter pupillaire.

Toutes les fibres qu'il reçoit, sauf les fibres sensitives qui le traversent de part en part, se terminent à son intérieur et s'articulent

(M Les nerfs intra-oculaires forment un système composé de nerfs mixtes où cheminent des ordres moteurs, vaso-moteurs, sécrétoires, ou des impressions sensitives. Ce système est constitué par les nerfs ciliaires : nerfs ciliaires longs, au nombre de deux, émanés directement du nasal, nerfs ciliaires courts, ou racines efîérentes du ganglion ophtalmique, au nombre de 12 à 15. Tous ces nerfs pénètrent l'œil par son pôle postérieur, autour du nerf optique; ils cheminent dans l'espace supra-choroïdien, entre la sclérotique et la choroïde, qu'ils innervent richement. Arrivés au niveau du muscle ciliaire, ils se divisent et forment un plexus serré (plexus ciliaire), d'où émanent des tibres pour l'iris (motrices cérébro-spinales et sympathiques, vaso-motrices, sensitives) et pour la cornée. Autour de la cornée est un plexus annulaire d'où partent 60 à 80 filets, se ramifiant à son intérieur pour y constituer le plexus fondamental, donnant naissance à des branches perforantes, qui traversent la membrane basale de Bowmann. Celles-ci forment, entre elle et l'épithélium, le plexus sous-épithélial et le plexus intra-épithélial, qui émettent des fibres terminées en bouton entre les cellules.

APPAREIL OCULAIRE MOTEUR

avec les corps cellulaires d'un autre neurone, dont les cylindraxes sont les nerfs ciliaires courts.

Les artères des centres périphériques sont constituées par des rameaux perforants qui, pour le pédoncule cérébral, viennent surtout de la cérébrale postérieure (allant ensuite irriguer l'écorce visuelle); au niveau de la protubérance, elles proviennent du tronc basilaire; au niveau du bulbe, des vertébrales et, au niveau de la moelle cervicale, des spinales.

Les veines sont plus ou moins directement tributaires des veines basilaires.

Les centres supérieurs, ou corticaux, sont doubles (J. Roux) : l'un postérieur, ou sensorio-moteur, qui correspond à l'écorce visuelle, c'est-à-dire à la face interne du lobe occipital (fig. 6), l'autre antérieur, ou sensitivo-moteur, moins bien localisé, mais répondant à la zone sensitivo-motrice de l'écorce, placé au pied de la !2'' frontale et au pli courbe (mouvements de la paupière). De ces deux centres, le premier commande aux mouvements oculaires liés à la sensation visuelle, le second aux mouvements liés à des impressions sensitives générales. Mott et Schaeffer ont montré que l'excitation du centre antérieur produit, dans sa partie moyenne, la latéralité des globes, dans sa partie supérieure, la latéralité avec abaissement et, dans sa partie inférieure, la latéralité avec élévation.

Les centres corticaux sont irrigués, le premier par la cérébrale postérieure, le second par la sylvienne.

Le centre du facial est à la partie inférieure de la zone péri-rolandique et accessoirement au pli courbe. Quelques auteurs admettent qu'à ce centre sensitivo-moteur il faudrait ajouter un centre sensorio-moteur, superposable à celui des oculo-moteurs.

Les centres intermédiaires sont multiples ; ce ne sont ni des centres trophiques vrais et indispensables à toute fonction du nerf, comme les centres périphériques, ni des centres volontaires, comme les centres corticaux; il paraît nécessaire de les classer en trois catégories : centres réflexes, centres coordinateurs et centres inhibiteurs.

Les centres réflexes sont constitués surtout par les tubercules

ÉTUDE ANATOMIQUE DE L'APPAREIL OCLLAlllE MOTEUR.

qîiadrijnmean.x antérieurs et accessoirement par la couche optique, ou thalamus (fig. C^ et 55) ; à ces centres aboutissent des fibres venues de la rétine, qui se mettent en connexion avec d'autres neurones, portant du*ectement aux centres périphériques l'ordre réflexe de diriger le regard de telle façon ; nous en parlerons plus longuement au chapitre II.

Les tubercules quadrijunieaux postérieurs sont les centres réflexes des ordres émanés de la voie acoustique.

Les centres coordinateurs répondent à deux besoins : les uns devront coordonner entre eux les mouvements simultanés des deux yeux dans le regard binoculaire, ou ceux des paupières, les autres les coordonnei'ont avec ceux de Téquilibre et de l'orientation générale.

Les centres de coordination des mourements binoculaires avec parallélisme des axes, sont au nombre de deux, droit et gauche; leur siège exact n'est pas encore établi anatomiquement, bien que leur existence soit certaine et qu'on puisse même affirmer qu'ils sont dans le mésocéphale. Quelques auteurs les placent dans les tubercules quadrijumeaux antérieurs, d'autres, plus nombreux, dans le noyau même de la VI"^ paire, ou dans son voisinage immédiat.

Le centre de coordimttion des mouvements binoculaires sans parallélisme des axes (convergence) siège aussi dans cette même région; bien que son existence ne fasse aucun doute, on n'a pu encore le localiser exactement.

Le centre de coordination des mouvements des paupières, ou centre du clignement (Nickell, Exner), a été placé au niveau du bord supérieur de la protubérance.

Les centres de coordination générale, liant les mouvements oculaires au phénomène subjectif de l'orientation et au phénomène objectif de l'équilibre, sont mal connus ; ils sont certainement en rapport étroit avec les connexions centrales de l'appareil vestibulaire et doivent siéger au niveau du noyau de Deiters.

De plus, le cervelet intervient pour une part très large dans ces fonctions de coordination. L'anatomie n'a pas, jusqu'à présent, pu préciser davantage.

Tous ces centres coordinateurs ont été aussi nommés centres supra-n ucléa ires .

APPARETL OCULAIRE MOTEUR.

Des centres inhibiteurs ont été décrits, en particulier dans la moelle el le bulbe, ])()nr les mouvements de l'iris; il n'y a peut-être pas de centre inbibileur spécial et le centre coordinateur pourrait éln^ à la fois moteur pour le muscle commandé et frénateur vis-àvis de l'antagoniste.

Les connexions et voies d'association des centres oculomoteurs entre eux sont extrêmement nombreuses ; pour plus de clarté, nous les classerons de la façon suivante :

a. Voies d'association des centres périphériques entre eux. — Elles vont, soit d'un noyau à son congénère du côté opposé, soit d'une paire nerveuse à l'autre.

Les associations d'un noyau à son congénère du côté opposé sont nombreuses pour les oculo-moteurs communs ; des prolongements dendritiques vont du noyau droit au noyau gauche ; de plus, nous savons qu'il y a des fibres radiculaires croisées (surtout pour les muscles droit interne, droit inférieur et petit oblique) qui vont grossir le nerf du côté opposé.

Les noyaux des pathétiques n'ont aucune voie d'union entre eux ; ceux des oculo-moteurs externes non plus; les IV^ et Yl^ paires n'ont en effet jamais à fonctionner simultanément avec leur congénère du côté opposé.

Les associations d'une paire à iautre se font par des fibres unissant les III^, IV*' et paires d'un même côté (associations internucléaires homolatérales), appartenant au faisceau longitudinal postérieur, et par des fibres franchissant la ligne médiane (associations internucléaires croisées); ces dernières sont multiples. Le point intéressant est que le tronc ou le noyau de la III'' paire reçoivent des fibres du noyau de la Yl*^ du côté opposé.

b. Voies d'association des centres corticaux entre eux. — Les centres ocuio-moteurs corticaux d'un même hémisphère sont unis entre eux par des fibres d'association, appartenant aux faisceaux longitudinaux supérieur et inférieur et au faisceau occipitofrontal.

Les centres corticaux d'un hémispJière sont unis à ceux du coté opposé par des fibres coinmissurales. dont les plus importantes passent parle corps calleux,

ÉTUDE ANATOMIQUE DE L'APPAREIL OCULAIRE MOTEUR. '2ù

Les centres oculo-moieurs corticaux sont unis aux centres du langage, pour le côté gauche par des fibres liomolatérales, pour le côté droit par des fibres commissurales, appartenant aux systèmes cidessus décrits.

c. Voies d'association des centres corticaux avec les centres périphériques. — KUes se font par des fibres, dont le trajet a pu être établi par des données physiologiques et anatomo-cliniques. Elles convergent vers la capsule interne, groupées en deux faisceaux, dont l'un, antérieur, venu du centre sensitivo-moteur, voisine avec les fibres du frontal, et l'autre, postérieur, venu du centre sensorionioteur, ou sphère visuelle occipitale, est intinaerncnt mélangé aux radiations optiques. Au niveau de la capsule interne, le faisceau antérieur passe à la partie postérieure du bras antérieur de cette capsule, tandis que le faisceau postérieur occupe la partie postérieure delà région capsulo-thalamique, en contournant, avec les radiations optiques, la face postéro-inférieure de la couche optique.

De là, les fibres oculo-motrices cortico-mésocéphaliques (dont les mieux connues sont les fibres oculogijres) gagnent le centre de coordination des mouvements binoci^laires, qui est dans le voisinage ou au niveau du noyau de la VI*^ paire. Elles suivent pour cela la partie dorsale, ou calotte, du pédoncule, puis de la protubérance ; elles se déçussent et franchissent la ligne médiane au milieu de la hauteur de la protubérance; on peut considérer le croisement comme un véritable chiasma oculo-moteur (Grasset). La protubérance peut donc être divisée, au point de vue qui nous occupe, en trois étages, qui sont, en allant du pédoncule vers le bulbe :

1. Étage pédonculaire : les fibres oculogyres, céphalogyrcs, faciales et pyramidales ne sont pas encore décussées.

2. Etage protuhérantiel supérieur : les fibres oculogyres et céphalogyrcs sont décussées; les fibres faciales et pyramidales ne le sont pas encore.

5. Etage protubérantiel inférieur : les fibres oculogyres, céphalogyrcs et faciales sont décussées; les fibres pyramidales ne le sont pas encore.

La connaissance de cette systématisation permettra de résoudre bien des problèmes cliniques.

Des noyaux mésocéphaliques, les fibres oculogyres se distribuent

APPAREIL OCIILAIHE MOTEUR.

aux noyaux périphériques ; elles vont à tous ces noyaux, car elles ont à fonctionner sur les uns d'une façon inhibitrice, sur les autres d'une façon motrice. Mais la grande majorité des fibres venues du centre coordinateur droit vont au noyau de la paire droile et au noyau de la 111^ paire gauche, destiné au muscle droit interne gauche; tandis que le centre coordinateur gauche commande le droit externe gauche et le droit interne droit.

Nous avons vu que les fibres oculogyres se sont décussées; donc r hémisphère droit commande an centre coordinateur gauche, qui transmet les ordres au muscle droit externe gauche ainsi qiCan droit interne droit, — et vice versa.

d. Voies d'association des centres intermédiaires avec les centres périphérique.*. — Ces associations se font (comme les asso« iations d'une paire à l'autre) par l'important faisceau longitudinal postérieur, qui longe les noyaux oculo-moteurs et facial. C'est une grande voie réflexe, apportant à ces noyaux et au noyau coordinateur les incitations involontaires (conscientes ou inconscientes) venues des appareils visuel, auditif, vestihulaire (voy. p. 121), céréhelleux et sensitif général.

En outre, le noyau de la VI*^ paire reçoit de l'olive supérieure, ou olive protubéranlielle, un faisceau de fibres, dit pédoncule de l'olive, servant probablement à unir fonctionnellement l'appareil moteur de direction du regard aux appareils sensoriels auditif et vestihulaire.

ÉTUDE PHYSlOLOrrlnUE IlE L'Al^'AREIL OCl LAIHE >IOTEIIR. îi5

Page 1