A. ANATOMIE DE L AIM'AREIL SENSORIEL DE RÉCEPTION
(couche SENSIBLE DE LA RÉTINE, 1*^'" NEURONE VI-UEl)
La rétine est une des Irois membranes de l'œil; si la sclérotique en est le squelette, la choroïde la membrane nourricière, la rétine en est la membrane sensible. Mais ce rôle n'est pas dévolu à toutes les couches de la rétine; seule, la couche sensible, ou 1'' neurone visuel (constitué par l'ensemble des cônes et bâtonnets et de leurs corps cellulaires), reçoit la sensation. En dehors d'elle, l'épithélium pigmentaire la sépai^e de la choroïde; en dedans, sont toutes les autres couches de la rétine, qui représentent des éléments de transmission.
Nous ne pouvons décrire en détail la rétine et nous renvoyons aux livres d'anatomie ; nous ne parlerons que de la couche sensible et de l'épithélium pigmentaire, qui, bien que se développant séparément chez l'embryon, ont des liens extrêmemenl étroits, aux points de vue
aiiatomique et physiologique; répithélium a pour but de rendre plu^^ précise la perception.
Vépithélium pigmentaire forme une couche étendue entre la
choroïde et la partie sensible de la rétine; il est constitué par des cellules plates, dont les corps cellulaires juxtaposés forment comme un dallage, d'où partent de très nombreux prolongements, comparés aux poils d'une brosse ; ces prolongements, doués de propriétés rétractiles, se glissent dans les interstices des cônes et des bâtonnets qu'ils enveloppent, de sorte que ceux-ci sont presque dans la situa-, tion des doigts de la main enfoncés dans les poils de la brosse. Les cellules de l'épithélium et leurs prolongements sont très chargés de pigment. L'ensemble de l'épithélium pigmentaire forme donc un peu comme la teinture noire qui revêt l'intérieur d'un appareil photographique.
La couche sensible de la rétine, ou i ' neurone visuel, est un ensemble formé par deux rangées superposées d'éléments ; les uns, plus externes, au contact des prolongements de l'épithélium pigmentaire, sont les cônes et bâtonnets; les autres, plus internes, sont les corps cellulaires des cônes et bâtonnets. En réalité, il ne s'agit que d'un seul neurone, dont le centre cellulaire constitue la rangée la plus interne, et dont les prolongements, différenciés pour une
Fig. 49. — Coupe schématique de la rétine. (D'après Math. Duval.)
I, II, III : l», 2°, 5' neurones visuels. —
1, membrane limitante interne. —
2, couche des fibres optiques. — 3, couctie des cellules multipolaires.— 4, couche plexiforme interne. — 5, couche des grains internes ou des cellules bipolaires. — 6, couche plexiforme externe. — 7, couche des grains externes ou des corps des cônes et des bâtonnets. — 8, membrane limitante externe. — 9, cônes et bâtonnets, au contact de l'épithélium pigmentaire, non repiésenté (voy. fig. 54).
ÉTUDE ANATOMIQUE DE L'APPAREIL OCULAIRE SENSORIEL. 139
fonction sensorielle de premier ordre, sont les cônes et les bâtonnets (fig. 49).
Les cônes sont des éléments longs de 25 à la périphérie de la rétine, de 85 [j. au niveau de la fovea, ou point central de la vision (macula ou fovea). Ils sont formés d'un segment externe conique, à extrémité tournée vers l'épithélium pigmentai re, et d'un segment interne* renflé, qui serait doué de propriétés contractiles. Les corps des cônes (dits quelquefois grains de cônes) sont constitués par un amas protoplasmique, contenant le noyau du neurone, et d'où part vers la partie interne un gros prolongement (pied de cône), ramifié à sa terminaison.
Les bâtonnets, longs de 40 à 60 ij., comprennent un segment externe, cylindrique, qui contient une substance spéciale, le pourpre rétinien^ absente chez les animaux exclusivement diurnes, et un segment interne, à peu près cylindrique, mais plus gros que le segment externe. Les corps des bâtonnets (grains de bâtonnets) sont formés d'un simple filament protoplasmique, renflé en un point où se trouve le noyau du neurone.
Les cônes et les bâtonnets sont inégalement répartis dans la rétine : au niveau de la fovea, il n'y a que des cônes (fig. 56) ; sur les confins de la fovea, chaque cône est entouré d'un cercle de bâtonnets; un peu plus loin, et jusqu'à la périphérie, chaque cône est entouré de 2 à 4 cercles concentriques de bâtonnets; ceux-ci sont donc bien plus nombreux que les cônes.
Ce premier neurone visuel n'est pas vascularisé; il est nourri par simple diffusion des plasmas nutritifs, venus des capillaires choroïdiens formant la très riche couche chorio-capillaire. La choroïde nourrit l'épithélium pigmentaire et la partie externe de la rétine.
B. AINATOMIE DE l'aPPAREIL SENSORIEL DE TRANSMISSION
Ces neurones, étendus entre le neurone de perception et les centres, sont au nombre de deux, lorsque l'ébranlement nerveux ne doit aller que jusqu'aux ganglions de la base du cerveau (centre^
réflexes et relais ganglionnaires), au nombre de Irois, lorsque l'impression franchit ce relai pour gagner l'écorce.
Ce sont : un neurone inira-rétinien, un neurone rétino-ganglionnaire, un neurone intra-cérébral.
Le neurone de transmission intra-rétinien, ou2'' neurone visuel, est constitué par ies cellules bipolaires, dont l'ensemble forme une autre couche de la rétine [couche des grains internes, celle que forment les corps des cônes et bâtonnets étant nommée, par opposition, couche des grains externes). Ce sont des cellules constituées par un corps cellulaire, envoyant, du côté externe, des prolongements ramifiés, qui se mettent en rapport avec ceux des corps des cônes et bâtonnets, et, du côté interne, d'autres prolongements, en rapport avec ceux des cellules ganglionnaires. Sauf à la fovea, les cellules bipolaires collectent les impressions de plusieurs cônes et bâtonnets; ce sont donc des éléments de réduction et de groupement.
Le neurone de transmission rétino-ganglionnaire, ou 3^ neurone visuel, comprend un corps cellulaire : cellules multipolaires, émettant, du côté externe, des prolongements unis à ceux du neurone précédent, et, du côté interne, un cylindraxe, ou fibre optique, qui, par son groupement avec les cylindraxes des autres cellules multipolaires, forme dans la rétine la couche des fibres optiques, couche la plus interne de la rétine, au contact de la membrane limitante interne, qui la sépare du corps vitré. Ces fibres optiques convergent toutes vers un point du pôle postérieur de l'œil, où leur entassement forme une petite saillie, la papille optique; elles sortent du globe à ce niveau, par les orifices de la sclérotique (lame criblée) et constituent le 7ierf optique. Le nerf optique a une longueur d'environ 5 centimètres : 7) pour la portion intra-orbitaire, i pour la portion canaliculaire (canal optique), 1 pour la portion intra-crànienne. Il s'unit alors avec le nerf optique du côté opposé, pour former une sorte de commissure, ou chiasma, de la partie postérieure de laquelle émanent deux cordons nerveux, les bandelettes optiques, qui con luisent les fibres optiques aux ganglions de la base (couche optique, corps genouillé externe, tubercule quadrijumeau antérieur) (fig. 50).
Si l'on examine sur une coupe un point quelconque des voies
ÉTUDE ANATOMIQUE DE L'APPAREIL OCULAIRE SENSORIEL. IM
optiques extra-céréh raies (ce terme employé pour désigner l'ensemble des nerfs optiques, du chiasma et des bandelettes), on remarque deux sortes de fibres : les unes, grosses, sont les fibres pupillaires, dont nous avons déjà montré le rôle (p. 54); les autres, plus pelites et plus nombreuses, sont les fibres visuelles, adaptées à la vision proprement dite.
Les fibres pupillaires naissent de toutes les parties de la rétine; après a^'oir suivi le nerf optique, elles arrivent au chiasma, où elles se divisent en deux groupes, dont l'un s'engage dans la bandelette du même côté que l'œil considéré, et l'autre dans la bandelette opposée (fig. il). Il en résulte que chaque œil envoie des fibres pupillaires aux centres irido-moteurs droits et gauches et que chacun de ces centres est uni aux deux yeux; on comprend, d'après cela, le fonctionnement des voies centripètes de la réaction pupillaire consensuelle.
Les fibres visuelles ont un trajet un peu plus complexe, nécessité anatomique, due à la nécessité physiologique où nous sommes de voir unique un objet fixé parles deux yeux, c'est-à-dire de recevoir en un seul hémisphère les impressions fournies par chaque moitié de l'espace. La disposition anatomique est différente pour le trajet des fibres centrales, ou maculaires, et pour celui des fibres périphériques.
Les fibres maculaires sont celles qui émanent de la macula, ou fovea, point central de la vision, situé à l'extrémité postérieure de l'axe visuel. Elles forment le faisceau maculaire^ qui se place d'abord dans la partie externe du nerf optique et qui tend à gagner le centre de ce nerf, à mesure qu'il s'éloigne de l'œil. Arrivé au niveau du chiasma, il partage ses fibres en deux groupes, dont l'un, suivant la bandelette du même côté, va aux ganglions (et ultérieurement à fécorce) du même côté, et dont l'autre, suivant la bandelette opposée, va aux ganglions et à l'écorce du côté opposé (fig. 50). Cette disposition rappelle absolument celle des fibres pupillaires (avec cette différence que les fibres pupillaires ne vont pas plus loin que les ganglions de la base, tandis que toutes les fibres visuelles, maculaires et périphériques, se continuent par un autre neurone jusqu'à l'écorce).
Les fibres périphériques se divisent, pour chaque œil, en deux
faisceaux. Le faisceau externe, ou temporal, recueille les impressions reçues par la moitié temporale de la rétine et, arrivé au chiasma, s'engage dans la bandelette optique du même côté; il ne croise donc pas la ligne médiane, d'oii son nom de faisceau direct. Le faisceau interne, ou nasal, émané de la moitié nasale de la rétine, traverse en totalité le chiasma, pour gagner la bandelette et les ganglions du côté opposé : il mérite donc le nom de faisceau croisé. Disons de suite que ces faisceaux du 3*^ neurone sont prolongés dans le cerveau par un ¥ neurone, qui ne croise pas la ligne médiane, de telle sorte que la terminaison se fait pour les faisceaux temporaux dans Lécorce du même côté, pour les faisceaux nasaux dans celle du côté opposé.
De tout cela il ressort que Vécorce droite reçoit le faisceau temporal de Vœil droit, le faisceau nasal de Vœil gauche et les faisceaux maculaires des deux yeux; Vécorce gauche reçoit le temporal gauche, le nasal droit et les maculaires droit et gauche.
Les rapports topographiques des troncs nerveux formés par ce neurone (voies optiques extra -cérébrales), sont indispensables à connaître, pour tirer des déductions cliniques de ses lésions.
Le nerf optique contracte des rapports immédiats avec ses trois gaines, prolongements des méninges encéphaliques. De dedans en dehors, ce sont : la gaine piale, la gaine arachnoïdienne et la gaine durale ou dure-mérienne ; elles se terminent en avant en se fusionnant avec les membranes oculaires. Entre ces gaines sont des espaces, dont le plus important est l'espace sous-arachnoïdien, communiquant avec l'espace analogue du crâne ; les hypertensions du liquide céphalo-rachidien pourront donc comprimer le nerf optique, par l'intermédiaire de son manchon sous-arachnoïdien.
Les rapports médiats du nerf optique s'établissent dans l'orbite avec les organes contenus dans l'entonnoir musculaire; nous ne reviendrons pas sur cette description (v. page 7). Dans son trajet canaliculaire, il est en rapport avec l'artère ophtalmique qui, placée
Sylvius. — 4, tubercules quadrijumeaux antérieurs. — 5, corps genouillés externes. — 6, corne occipitale des ventricules latéraux. — 7, scissure calcaiine et écorce visuelle.— 8, fibres d'association de l'écorce visuelle aux autres centres corticaux. Les fibres commissurales unissant les deux centres corticaux de la vision passent par le corps calleux. — A, B, G, D, E, F, G, lésions diverses.
ÉTUDE ANATOMIQUK DE L'APPAREIL OCULAIRE SENSORIEL. 145
Fig. 50. — Appareil de la vision et ses connexions.
■— i Appareil de la vision à droite.
Appareil de la vision à g^auche.
Appareil de la vision centrale (faisceaux maculaîres).
1, pédoncule cérébral. — 2, noyaux de roculo-moteur commun (III). — ?, aqueduc de
sur son côté inféro-externe, traverse aussi le canal optique. Rappelons que ce canal est voisin de la fente sphénoïdale, située en dehors, et du sinus sphénoïdal, placé en dedans; une lame osseuse fort mince, quelquefois déhiscente, l'en sépare seulement.
Dans le crâne, il est placé sous le lobe frontal et la racine interne
Fig. 51. — Rapports du nerf optique avec les vaisseaux de l'orbite. (D'après Cunéo.)
Vue par en lia ut. Le droit supérieur et le releveur palpébral ont été réséqués.
du nerf olfactif, dont le sépare l'artère cérébi^ale antérieure. 11 repose sur la dure-mère, qui recouvre le sinus caverneux, et sur la convexité de la carotide, qui sort du sinus pour se porter sur le côté externe du nerf optique, au niveau duquel elle émet l'artère ophtal-
ÉTUDE ANATOMIQLE DE L'APPAREIL OCULAIRE SENSORIEL. 145
mique: il ne repose pas sur la gouttière optique (Panas, Zander).
Le chiasma est accolé, par sa paroi postéro- supérieure, au plancher du 3^ ventricule, sur lequel il fait une saillie déterminant deux recessus, l'un supérieur, ou recessus sus-optique, l'autre inférieur, ou infundibulum de la tige pituitaire. Dans toutes ses autres parties, il est immédiatement recouvert par la pie-mère. Ses rapports médiats sont : en bas, la gouttière optique, sur laquelle il ne repose pas;
N. mot. oc com.
Anast.
IV et V
G. Casser.
N. pathét.
N. mot. oc ex t.
R.p.obliq.
G. ophtal.
Mot.oc.ex.
N. frontal.
^^^^ N.Iacry7>i,
Max. sup .
t^jT ■"/7«ç?ë^ max.siip.
Max. inf.
^>Ljftwwf^\ ^^^^^ R.méninqé
^4ii^7T
Fig. 52. — Rapports du nerf optique et du chiasma avec les nerfs de l'orbite. (D'après Hirschfeld.)
Vue par en haut. Le droit supérieur, le releveur palpébral ont été réséqués et la paroi externe du sinus caverneux disséquée.
l'hypophyse peut grossir de 5 millimètres dans le sens vertical avant d'arriver à son contact; en arrière, il forme la limite antérieure du triangle opto-pédonculaire et embrasse le tuber cinereum (fig. 5) : ses bords latéraux répondent à l'espace perforé antérieur et n'arrivent pas au contact de la crosse de la carotide qui est un peu plus
146 APPAREIL OCULAIKE SElNSORlEL (APPAREIL DE LA VISION).
en avant et en dehors. Le chiasma baigne dans le liquide céphalo-rachidien; il sépare le confluent antérieur, ou lac pré-chiasmatique, du confluent central, ou lac rétro-chiasmatique.
Les bandelettes optiques sont des rubans aplatis, qu'on ne découvre qu'en soulevant la partie antérieure du lobe temporal. Leur face externe est libre et répond, à travers la pie-mère, à la circonvolution de l'hippocampe, dont la sépare la fente de Bichat; leur face interne est adhérente sur toute son étendue et contourne la face inféroexterne du pédoncule cérébral.
Le neurone de transmission intra-cérébral, ou 4^ neizrone visuel^ est constitué par des cellules contenues dans les ganglions de la base (surtout le corps genouillé externe et un peu la couche optique). Leurs prolongements protoplasmiques s'articulent avec la terminaison des fibres visuelles dans ces ganglions et leur cylindraxe gagne l'écorce occipitale. Ces fibres cortico-ganglionnaires, groupées sous le nom de radiations optiques^ traversent la substance sagittale de Wernicke, le segment rétro-lenticulaire de la capsule interne, puis, cheminant entre le faisceau longitudinal en dehors, le tapetum en dedans, elles entrent en rapport avec les parois de la corne occipitale du ventricule latéral et se terminent dans le centre cortical de la vision (fig. 50).
La vascularisation de cet appareil de transmission est complexe. La partie du nerf optique située immédiatement derrière l'œil et toute la rétine sont nourries par l'artère centrale de la rétine, branche de l'ophtalmique; elle pénètre dans le nerf, à 12 millimètres en arrière du globe, chemine à son intérieur, traverse la lame criblée et s'épanouit au niveau de la papille, en branches qui se ramifient dans la rétine. Les artères rétiniennes sont à distribution terminale et le rétablissement, par voies anastomotiques de la circulation interrompue, est impossible. Très visibles à l'ophtalmoscope (fig. 66), car elles occupent la couche des fibres optiques, elles y forment des réseaux, d'où partent des branches s'élevant jusqu'aux cellules bipolaires; elles n'irriguent que les couches internes de la rétine, tandis que le l^'^ neurone visuel est nourri par la choroïde. Les veines vont à la veine centrale de la rétine, qui suit, dans la papille et le nerf optique, le même trajet que l'artère. La partie postérieure de la por-
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tion orbitaire et la portion canaliculaire du nerf optique sont nourries par des branches venues directement de l'ophtalmique.
Ainsi, l'artère centrale de la rétine irrigue la rétine et la portion orbitaire antérieure du nerf optique: — l'ophtalmique : la rétine, les portions orbitaire et canaliculaire du nerf optique.
Nous verrons plus loin que des branches de la carotide ou de la cérébrale antérieure nourrissent la portion crânienne du nerf et le chiasma: — la choroïdienne antérieure fournit à la bandelette.