ÉTUDE PIJYSIOLOGKJLE DE L'APPAREIL OCULAIRE SENSORIEL
D. APPAREU. DE PERCEPTION
Les centres visuels primaires n'ont pas tous des fonctions identiques.
Le corps genouillé externe n'est qu'un relai neuronal dans le trajet des fibres visuelles destinées à l'écorce.
Le tubercule (juadri jumeau antérieur est un centre réflecteur; il dirige ses neurones sur les centres de l'irido-motricité et les autres appareils, sensoriels ou moteurs, qui sont en relations avec celui de la vision.
Le pulvinar envoie peut-être quelques libres à l'écorce, mais ses fonctions principales consistent à mettre l'appareil visuel en connexion avec les appareils sensoriels ou moteurs, surtout avec celui de la mimique.
On pourrait donc schématiser ainsi : le corps genouillé est affecté à la vision corticale et consciente ; le tubercule quadrijumeau, aux mouvements réflexes d'origine visuelle; le pulvinar, aux mouvements automatiques d'origine visuelle. Ces deux derniers centres ne donnent qu'une perception inconsciente : l'animal privé de ses lobes occipitaux suit une lumière, évite un obstacle, a des réflexes pupillaires normaux, mais ne reconnaît plus rien. Chez les animaux inférieurs, ces deux centres sont développés, tandis que le corps genouillé et l'écorce le sont peu ; chez les animaux intelligents, on voit leur volume diminuer, tandis que celui de l'écorce et du corps genouillé augmente.
Le centre visuel cortical transforme l'image physique, reçue par la rétine-écran, en image psychique-, on conçoit donc qu'à côté de cécités physiques, il existe des cécités psychiques, dont nous reparlerons.
L'extériorisation de la sensation se fait par un redressement mental des images (Kepler), ou mieux par la projection mentale de la source lumineuse, dans la zone opposée au point de rétine excité ; il existe une part acquise dans cette faculté et l'éducation réciproque de nos sens la développe.
L excitabilité de récorce visuelle ne se produit qu'après un certain temps ; l'enfant n'aurait de regard volontaire qu'à partir de l'âge de cinq mois (Rœhlmann.)
Associations des centres visuels corticaux entre eux.
— Les deux centres corticaux n'ont entre eux que des relations fonctionnelles minimes chez les animaux (poissons), qui ne sont doués que de la vision panoramique (Cajal), c'est-à-dire chez lesquels les champs des deux yeux sont absolument indépendants. Aucun point de l'espace ne peut être vu simultanément par leurs deux yeux : il ne peut y avoir vision binoculaire, mais seulement vision simultanée. Le chiasma est remplacé par un entrecroisement total des nerfs optiques.
La vision de l'homme est binoculaire, pas entièrement cependant, car il existe dans le champ temporal de chaque œil une petite zone
Fig. 59. - Superposition du champ j / j répond à l'hé-
La vision binoculaire nous permet de recevoir et de fusionner deux images d'un même objet. Par suite de l'écartement (en moyenne 62 millimètres chez l'homme adulte) du centre des deux yeux, l'objet est vu sous des angles différents ; les images ne sont donc pas identiques ; il en résulte la sensation du relief, ou de la 5*» dimension, que l'homme perd lorsqu'il devient borgne, mais qu'il peut recouvrer en partie par rééducation. Cette sensation nous permet de juger de la distance ; la connaissance du degré de convergence et d'accommodation mises en jeu complète cette estimation.
qui ne peut être vue par l'œil opposé (fig. 59) ; or, le champ temporal est vu par l'hémi-rétine nasale; donc l'hémi-rétine nasale est douée du peu de vision panoramique qui nous reste et de la moitié du champ visuel binoculaire, tandis que l'hémirétine temporale ne répond qu'à l'autre moitié du champ binoculaire. Dans les cas d'hémianopsie (fig. 67), le champ tem-
Champ de la vision binoculaire (en JDlanc), champ de la vision panoramique (en hachures horizontales).
mi-rétine nasale insensible) sera donc toujours plus grand que le champ nasal perdu (hémi-rétine temporale).
ÉTUDE NIYSlOLOGinUE DE L'APRVREIL OCULAIRE SENSORIEL, ll'.l
La diplopie est le dédoublement pathologique de l'image unique, obtenue par fusionnement dans la vision binoculaire.
Connexions fonctionnelles des centres visuels corticaux. — Les centres corticaux de la vision sont en connexion avec les centres de Vidéalion et de la mémoire (mémoire visuelle des objets, mémoire visuelle des mots ou dos lettres, etc.) ; nous n'insisterons pas sur rimporfance considérable des impressions visuelles dans les élaborations psychiques de l'individu.
Les centres de la vision sont en rapport avec ceux des autres appareils sensoriels et des voies sensitives générales^ dont ils complètent les sensations, et avec les centres de la motricité générale ^ qui ordonnent des mouvements que la vision contrôle et précise.
Leur rôle dans la motricité oculaire (*st considérable; à côté du centre sensitivo-moteur, ou antérieur, placé dans la zone périrolandique, nous avons vu qu'il existe un centre postérieur, ou sensorio-moteur, dont l'étendue répond à celle du centre visuel. L'écorce visuelle est mixte, à la fois sensorielle et motrice; les expériences déjcà citées de Mott et Scliœffer nous l'ont prouvé. La sphère visuelle corticale gauche, reliée aux deux hémi-rétine< gauches, voit la moitié droite de V espace - elle commande à toculo-dextrogijrc qui dirige les deux globes à droite. On peut donc dire que (( chaque hémisphère voit et regarde du côté opposé » (Grasset). Il en résulle qu'une lésion de la S[)hère visuelle pourra produire à la fois une hémianopsie du côté opposé et une déviation conjuguée de la téte et des yeux du côté lésé (par prédominance des antagonistes).
Le centre cortical du releveur, au pli courbe, leur est aussi relié étroitement.
Les connexions avec les centres corticaux des mouvements oculaires intrinsèques sont moins connues, ces centres ayant une existence certaine, mais un siège encore ignoré.
Les centres visuels agissent aussi sur les rétines elles-mêmes, par les fibres centrifuges déjà décrites.
Quant à leurs connexions avec le cervelet, elles sont d'une importance capitale, pour la fonction sensorielle de l'orientation (dont les yeux et les canaux semi-circulaires sont les principaux organes) et pour la fonction motrice de l'équilibre, où leur rôle est moindre et n'intervient qu'à titre de contrôle.
I>E LAI'EliSONNE ET CANTON.NKT. 11
m APPAREIL OCULAIRE SENSORIEL (APPAREIL DE LA VISION).