‹ Manuel de neurologie oculaire [electronic resource]Chapitre 53 sur 91 · B. TROUBLES PARALYTIQUES · texte numérisé non relu

B. TROUBLES PARALYTIQUES

Anesthésie dans le territoire de l'ophtalmique. — L'anesthésie limitée à la paupière, atteinte en totalité ou en partie, mais sans participation du globe, se voit dans les altérations du frontal, du lacrymal ou de la partie terminale du nasal; les causes de ces altérations sont très multiples : traumatismes (corps

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étrangers, projectiles, fractures directes ou indirectes de la voùle orbitaire), tumeurs, lésions ostéo-périostées (surtout syphilis et tuberculose), lésions névritiqiies (lèpre).

L'anesthésie limitée au globe atteint une partie seulement de la cornée (ulcères cornéens, sections cornéennes), ou sa totalité; dans ce dernier cas, on peut avoir affaire, tantôt au glaucome aigu (troubles irritatifs, dureté de l'œil, vision nulle ou très basse, douleurs), tantôt à une lésion des nerfs ciliaires longs ou courts (tumeurs du nerf optique ou de l'orbite).

L'anesthésie oculo-palpébrale est plus fréquente; elle peut être due à des lésions orbilaires; il est rare qu'il s'agisse alors de lésions multiples, atteignant les nerfs dans leur partie antérieure, où ils sont déjà éloignés les uns des autres; plus souvent, la lésion est unique et siège près de la fente sphénoïdale; on constate que les nerfs moteurs sont atteints en même temps que les sensitifs (paralysie sensitivo-motrice) ; quelquefois le nerf optique participe à ces lésions (paralysie sensorio-sensitivo-motrice, p. 98).

Les lésions endocrâniennes portent sur le nerf au niveau du sinus caverneux, sur le ganglion de Gasser ou sur le tronc du trijumeau, qu'elles relèvent de névrites (lèpre, syphilis, tabès), de traumatismes, de tumeurs, d'affections vasculaires ou méningées.

Les lésions des centres provoquent aussi des anesthésies du trijumeau, que la lésion siège au niveau de la région bulbo-prolubérantielle (paralysies alternes sensitives ou mixtes) ou au niveau de la capsule interne, du centre ovale ou de l'écorce (hémi-anesthésie croisée) .

L'hystérie et d'autres névroses s'accompagnent d'anesthésies en monocle ou en binocle.

Nous laissons de côté les anesthésies cornéennes dues à la narcose et aux anesthésiqiies locaux, de même que celles qui accompagnent les états comateux, par empoisonnements ou lésions organiques.

La thermo-anesthésie (anesthésie pour la température et la douleur, avec conservation du sens musculaire et du tact) a été signalée fréquemment, au niveau de la conjonctive ou des paupières, dans la syringomyélie et la maladie de Morvan.

Kératite ou syndrome oculaire neuro-paralytique. — La kératite, ou mieux le syndrome oculaire neuro-paralytique (de

SYMPTOMES DES .LSÉIONS DE L'APPAREIL OCLLAlliE SENSmF. 247

Lapersonne), est constitué par une anesthésie cnrnéenne, ou cornéoconjonctivale, absolue, compliquée, après un temps plus ou moins long, d'une érosion arrondie, située au centre d'une cornée qui a perdu son reflet brillant. L'érosion guérit ou progresse, au contraire, vers un ulcère grave, aboutissant à la perforation de la membrane; la présence de pus dans la cbambre antérieure et d'iritis est alors la règle; un phlegmon de r(eil, ou panophtalmie, peut en être la terminaison. — Ce qui rend très particulière l'allure clinique de cette ulcération neuro-paralytique, c'est l'absence, à peu près complète, de tout phénomène réactionnel (pas de larmoiement, à peine de rougeur périkératique, absence de douleurs); sa marche est absolument torpide et, avant que les grandes complications ne se soient produites, un examen attentif est nécessaire pour la dépister. C'est là une des causes de sa gravité, qui est en effet considérable; l'œil ne peut être sauvé que par la suture permanente des paupières, ou tarsorraphie. L'étude de la sensibilité cornéenne servira de guide pour la réouverture des paupières, qui ne devra être faite qu'après la disparition de l'anesthésie.

A ces lésions cornéennes fondamentales s'ajoutent d'autres altéralions, moins constantes, qui complètent le syndrome oculaire neuroparalytique. C'est en première \\gw(iVophta}momalacie devient extrêmement mou, diminue de volume et s'enfonce dans l'orbite. Il survient quelquefois des ir/</.s' seVf //ses, ou aqiio-capsulite, de Vépisclérile et des troubles associés, produits par l'extension aux organes voisins de la lésion qui a frappé le trijumeau : céphalées paroxystiques à retour nocturne (méningite des syphilitiques), paralysies des nerfs oculo-moteurs, troubles oculo-sympathiques, troubles généraux divers.

Tandis que l'anesthésie cornéenne sinqjle est produite par des troubles fonctionnels ou par des lésions organiques du neurone sensitif central ou du neurone sensitif périphérique, le syndrome oculaire neuro-paralytique n'est jamais causé que par une lésion du neurone sensitif périphérique; cependant, toute lésion de ce neurone, bien que produisant l'anesthésie cornéenne, ne provoque pas fatalement le syndrome; après les ablations chirurgicales du ganglion de Casser, il ne se rencontre que dans la moitié des cas, à peine.

Le diagnostic différentiel avec les ulcérations cornéennes ordi-

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naires est facile; elles sont toujours accompagnées de signes réactionnels et revêtent une allure clinique différente. Le zona ophtalmique, nous l'avons vu, sera un peu plus difficile à éliminer.

Les théories pathogéniques au sujet de l'ulcération de la cornée sont nombreuses : trouble trophique, vaso-moteur, infection microbienne plus facile, traumatismes minuscules (poussières), l'anesthésie empêchant l'appel des réactions de défense; dessiccation par absence du réflexe entraînant le clignement et l'étalement ^des larmes. Aucune de ces théories ne suffit à elle seule, et c'est par l'association de plusieurs d'entre elles qu'il est possible de se rendre compte de la pathogénie de cette affection.

La kératomalacie se rapproche beaucoup de la kératite neuroparalytique, dont, pour quelques auteurs, elle ne serait qu'une variété. Elle survient chez les très jeunes enfants débiles, prématurés, athrepsiques ou hérédo-syphilitiques. Sur une cornée anesthésique, on voit apparaître une ulcération, sans caractères réactionnels-; elle aboutit à la perforation du globe, qui précède souvent de peu la mort du sujet.

On a rapporté aussi des observations de kératomalacie avec héméralopie et xérosis conjonctival, survenant chez des adultes surmenés et mal nourris.

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QUATRII^ME PAUTIt:

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