CHAPITRE m
Époques et limites chronologiques et géographiques été
la Numismatique ancienne,
37. Le but principal de la recherche et de l'étude des monnaies antiques est, sans aucun doute, l'instruction que l'on en peut tirer.. C'est sous ce poiikt de vue que les savans et les collecteurs instruits considèrent sur-tout ces restes de siècles si éloignés de nous. Un des points les plus importans de la science îqui a pour objet l'étude de ces monumens doit donc être de fixer le lieu et l'époque oxi chaque pièce a été frappée. C'est à l'aide de ces indications qu'on est parvenu à classer les monnaies et à en tirer conséquemment une plus grande masse de~ lumières sur tous les objets auxquels elles se rapportent. Un classement raisonné et méthodique, en rapprochant les monjuinens des mêmes lieux et
ÉPOQUJES NUmSMATlQlIBS. 3g
de$ roéme$ temps^ donne des notions plus justes , fait naître des idées plus exactes sur les faits que l'on veut expliquer et sur les opinions que Ton se forme.
38. La plupart des monnaies antiques poitent les indications des lieux où elles ont été frappées. L'incertitude qui règne encoure sur quelques attributions de certaines pièces à telle ou jteUe Ville , i tel ou tel Prince forme des points de discussion cujrieux et utiles; mais cette incertitude n'existe que pou^ un nombre de pièces très -peut, comparativement à la masse de celles qui sont attribuées avec certitude. Quant aux monnaies de coin Romain qui ne furent pas frappées à Rome, d*une part, eljles spot entièrement Romaines par leurs légendes et leurs typ^ , comme si elles eussent été fabriquées dans la capitale^ et d'autre part on peut déterminer, avec beaucoup de probabilité, les liçux où elles furent frappées.
39. Mais si l'on est presque toujours certain des lieux où les monnaies antiques furent frappées» elles n'offrent pas toutes des indications aussi précises relativement aux époques de leur fabrication.
/^o. Sans doute , les monnaies qui représentent les images des princes lorsqu'elles ont été frappées de leur vivant» celles qui furent faites aux époques d'événemens dont la date est connue ^ celles qui offrent l'indication d'xme ère bien fixée,, toutes ces pièces pprtent en elles-mêmes les dates plus ou moins précises de leur fabrication. La plus grande partie des monnaies antiques est dans cette catégorie, et l'on peut s'en convaincre en se rappelant
4o ÉLÉMENS, chapitre III.
que toutes les monnaies Romaines et toutes celles des Rois et Princes-Grecs sont de cette nature.
4i. Mais un grand nombre de pièces ne portent pas les mêmes indications précises de leurs dates ; la presque totalité des médailles Autonomes des Peuples et des Villes est dans ce cas. U faut donc chercher à découvrir quelles sont à-peu-près les époques de la fabrication de ces pièces, en observant et en étudiant les indications indécises qu'elles nous o£Brent. Cette recherche est d'autant plus^ difficile , que ces monnaies sont les plus anciennes et qu'elles présentent en général peu de lumières sur ce point. On trouve beaucoup d'obscurités et d'indécisions en cherchant à soulever quelques-uns des voiles qui couvrent les notions historiques de ces époques reculées.
43- Ces recherches sont peut-être la partie de la Numismatique ancienne la plus hérissée de difficultés. Elles demanderaient, pour être traitées à fond , une réunion de connaissances profondes et variées , et une suite d'études et d'observations loaigues et pénibles. Il faut ajouter même que l'idée de chercher à former un système général et complet à cet égard doit être d'autant moins accueillie par un Numismatiste , quels que soient d'ailleurs son zèle et ses lumières, qu'il ne pourrait point espérer de parvenir à son buL On éclaircira quelques points de ces difficultés ; mais on ne pourra probablement pas porter sur leur ensemble des clartés complètes. 43. Un petit nombre d'auteurs avaient hasardé quelques idées à cet égard sans même concevoir la pensée d'un système général, lorsqu'en 1750 l'abbé
ÉPOQUES NUM18HATIQUES. 4 t
Barthélémy lut à rAcadémie des inscriptions son Essai d'une Paléographie numismatique (i). Son projet , dont il ne faisait paraître qu'une ébauche , était de poser d'abord les principes d'après lesquels on peut fixer l'âge des monnaies , et de faire ensuite l'appUcation de ces règles aux pièces de dates incertaines de tous les peuples anciens. La science numis^ matique commençait alors seulement à prendre la direction raisonnée qui , depuis , lui a £iit £ûre des progrès plus grands et plus solides; la masse des cd[>servations comparées n'était pas suffisante ; les monnaies des premiers âges ne se trouvaient pas en grand nombre dans les collections.
44. Quant au plan de l'abbé Barthélémy et aux difficultés de son exécution , difficultés qu'il avait dès cette époque justement appréciées , on en peut juger par ce passage du commencement de sa dissertation.
« Dans cette vue, il £aiudrait examiner les suites » nombreuses de médailles de Villes et de Rois; les » comparer, soit entre elles, soit avec les autres mo- » numens de l'antiquité; saisir, combiner mille rap- » ports souvent l^ers et presque imperceptibles ; se » soutenir contre le dégoût de tant de détails inu- » tiles en apparence, par l'espoir d'une découverte » qu'on entrevoit de loin, et qui dans la suite de- » vient un principe ; remonter à l'origine de la gra- » vure des médailles, et, malgré le silence des his-
(i) Mémoires de rAcadémie des inscriptions et beUes-lcttres, t XXIV, p. 3o.
4^ ÉLÉMENS, GHAPITEE Ilf.
» toriens , suivre cet art daD3 ses opérations , daus » ses progrès et dans les révolutions qu'il a éprouvées » en différens pays; se faire, pour chacun de ces » pays, des systèipes particuliers qui se rapportassent » tous à un plus grand, et qui fut lui-même concilié 9 avec l'histoire des arts en général , et avec celle » du commerce , (Jui influe toujours sur le nombre , i> le poids et la valeur des espèces^ d
45. On ne pouvait indiquer d'une manière plus précise le but à atteindre et les difficultés de l'entreprise. Ces difi&cultés et le manque , à cette épo*que, de secours suffîsans, ainsi que nous venons de le dire, empêchèrent l'abbé Bardiél^ny de développer les idées qui formaient le premier aperçu du système qu'il voulait chercher à établir. Il cornfnuniqua cependant à l'Académie, en 1784 et dans les a^nées suivantes , quelques nouvelles recherches sur ce sujet, et une deuxième partie de son Essai d'une Paléographie numismatique (1). Il aanonçait dans ce mémoire avoir réuni de nouveaux docu^aens sur cette partie de la science i et parlait de son désir de terminer ce travail important. Cette no:uveUe dissertation n'ajoute pas b^ucoup de nations à celles que son auteur avait exposées près de quarante uns auparavant. Il y fait l'application des principes ^généraux de la paléographie auxpièces de diverses villes de la Grande-Grèce.
Il y a tout lieu de croire que l'abbé Barthélémy se