‹ Manuel de numismatique ancienneChapitre 26 sur 98 · ÉLÉMENT, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

ÉLÉMENT, CHAPITRE IX

202. Ces trois métaux, convertis en monnaiea, né perdent point pour cela leur valeur propre, puisque ce sont au contraire cette même valeur et leurs qualités constitutives qui les ont rendus aptes à l'usage auquel ils servent Ces métaux , quoique convertis en monnaies , sont donc encore des marchandises ; marchandises privilégiées » qui tiennent de la nature les qualités qui les rendent propres à représenter toutes les autres valeurs, et qui ont reçu de l'homme des formes légales, appropriées à ce but.

ao3.* A peine, cependant, a-t-on fait le premier pas dans l'examen de cette théorie , que Ton est arrêté par une difficulté qu'il faut résoudre avant d'aller plus loin.^ Qu'une valeur, par les qualités. qu'elle a reçues de la nature et par les formes légales que les hommes lui ont données, se trouve propre à représenter toutes les autres valeurs, à être échangée, sans être examinée , contre toutes les autres marchandises, on le comprend sans peine; mais que cet avantage existe pour trois valeurs différentes simultanément, aux mêmes conditions et dans des rapports constamment les mêmes , c'est ce qui ne paraît pas possible : car il faudrait que ces trois marchandises fussent toujours dans le même rapport entre elles, condition qui ne *peut se rencontrer, mille circons* tances tendant, à chaque instant, à faire varier les rapports de toutes les valeurs les unes avec les autres.

Qa nepeutdoùcpas concevoir que les trois métaux monétaires , c'est-à^ire trois marchandises diverses , constituent la monnaie , valeur unique , échangeable

VALEUR ET POIDS^DKS M0>ÏNA.1ES ANTIQUES. I Sq

contre toutes les antres valeurs , e€ il ne doit pas être en effet possible de le concevoir; car cela n'exige pas. Les rapports établis légafeiiient entre les trois métau!& ne • peuvent être que des approximations : ce ne sont que des fictions, ii[iai3 des fictions utiles à la marche 'des transactions sociales.

ao4. Une seule marchandise peut-être moyen dechange contre toutes les autres. Si te nature des trois métaux et les avantages qu'ils offraient comme monnaie, les ont fait admettre presque généralement tous les trois dans le monnayage , cette admhsion n'a pu changer la nature des choses. On a bien pu donner aux trois métaux des enipretntes et des noms ; mais on n'a pas pu leur donner des valeurs fixes entre eux, parce qu'il est dans l'essence des choses que leurs rapports varient perpétuellement et partout : aussi un seul des trois métaux est-il réellement monnaie , et les deux autres restent marchandises. Les pièces de ces deux derniers métaux font bien le service de monnaies, mais ce n'est presque toujours qu'avec des différences de prix, comparativement à leur taux légal , ou par une condescendance pratique, amenée par le peu d'importance dans la dîfférwice de leur valeur avec celle du métal, seul monnaie réelle , ou c'est enfin à raison de leur peu de valeur intrinsèque en elle-même.

Ces vérités ont été reccmilùes et développées par les écrivains qui se sont occupés/ vers la fin du dernier siècle, de la théorie de la valeur des monnaies, en la dégageant des idées faifsses et des obscurités qui en avaient fait jusque-là une science presque.

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occulte. Depuis* lors ^ c#s ^rinôîpes évidens ont été légalement admis une «eule fois , en France, en 179 5, et, peu deteitips^ après, lorsque le. système monétaire actuel fût établi. Les monnaies d'or alors décrétées ne devaient, pprter qpe l'indication de leur poids ^ et être considérées tégalement comme marchandises., Cette disposition, conforme au vrai et en hannonie avec l'état des connaissances théoriques , ne fut cependant pas exécutée , et fut changée sous le Gopsulaf, lors de l'émission des premières monnaies défcimales d'o^ , qjui portèrent l'indication de la' valeur légs^le qu'on leur affecta.

,ioSf Comme, en toutes choses, le point également éloigné des extrêmes finit en général par être préféré, il s'est trouvé que, presque par-tout, l'argent, dont la valeur est intermédiaire entre celle de l'or et du cuivre, a seul été réellement monnaie. Les monnaies d'^ont eu une valeur variant sans cesse au-dessus ou au-dessous du prix qui leur était attribué légalement; et si celles decuivre ont été presque constamment admises pour leur taux légal , elles ne l'oijit dû qu'à lenr peu de valeur intrinsèque et au besoin qu'en avaient les petites transactions habituelles , abstraction faite de leur valeur réalle. Encore^ lorsque leur nombre s'est élevé à des quantités plus considérables que né le demandaient les besoins delà circulation, ces monnaies ont-elles valu moins que leur "prix légal.

]U n'est point question ici des monnaies de billon, qui^ont de l'argent à bas titre, et doivent être considérées comme altération de ce métal.

S106. Ilfaut donc reconnaître qu'un seul des trois

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métaux monétaires, et presque toujours largent^ constitue réellement la monnaie. Les deux autres mé* taux reçoivent des empreintes, des noms, des valeurs légales; mais ces empreintes, ces noms, ces valeurs ne servent qu'à faire connaître les rapports légaux de ces deux méta^ux avec le métal régulateur , qui est seul monnaie. Les valeurs réelles de ces deux métaux s'établissent suivant leurs rapports effec*» tifs avec l'autre métal, suivant leur abondance ou leur rareté, suivant les besoins du commerce , ou bien ces valeurs réelles restent stationnairement conformes aux valeurs légales, par le peu d'importance de la différence entre ces deux valeurs, ou pour la nécessité des petites transactions habituelles, comme nous venons de le dire.

207. Arrivés à ce point de la discussion, nous trouvons les bases de la théorie de la valeur des monnaies fort simplifiées : un seul métal, Targent, est monnaie. Les deux autres métaux, l'or et le cuivre , sont marchandises ; les valeurs légales qu'on leur attribue ne servent qu'à constater leurs poids et leurs titres. Ces pièces de métal ont des valeurs réelles, indépendantes de leurs valeurs légales, et les rapports établis par la loi entre ces deux métaux et l'argent ne sont exactement suivis que dans quelques cas : 1 o. lorsque ces rapports légaux se trouvent accidentellement être réels; 2*^. lorsque la différence entre le rapport légal et le rapport réel est trop légère pour être considérée ; 3*^. enfin , lorsqu'il y a dans les monnaies très-peu de" valeur intrinsèque , et qu'on s'en sert comme d'instrumens indispen-* 1. îi

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sables aux transactions journalières de peu d'importance, quelle que soit, du reste, leur valeur réelle.

ao8^ On peut donc considérer les rapports de For et du cuivre avec l'argent comme étrangers aux bases principales de la théorie de la valeur des monnaies. Les rapports légaux qu'on aura établis entre ces métaux et l'argent, rapports fort indifférens dans ta réalité des transactions , ne pourront embarrasser i'examen de œtte théorie en elle-même. Lesmonnaies d'or et de cuivre n'étant considérées, dans cette discussion, que conune des marchandises , leur prix en argent s'établira comme celui de toutes les autres valeurs. Les altérations , les variations des poids et des titres n'influeront en rien sur la théorie générale que nous avons à exposer, et dans cet examen nous considérerons ces deux métaux monnayés comme des denrées plus ou moins parÊiites, comme des marchandises plus ou moins avariées , dont la valeur sera fixée en argent et généralement connue. Des lois ou des fraudes cachées auront pu introduire dans ces pièces des altérations de poids ou de titres ; mais les hommes n'auront été trompés qu'un moment; ils auront fixé bientôt à ces pièces de métaux monnayés et plus ou moins altérés leurs véritables valeurs en monnaie d'argent.

Par C6ttc distinction , ]a théorie de la valeur des monnaies, qui est la base principale du monnayage lui-même, n'est plu$ à discuter qu'avec an seul métal, une seule monnaie, un seul représentstot de toutes les râleurs^ Cette discussion devient par là beaucoup plus facile , et l'on peut reconnaître que

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les observatioQS précédentes n'ont été présentées que pour arriver à ce point.

209. La théorie de la valeur des monnaies , ainsi ramenée à sa plus simple expression , devient aussi claire qiie peu compliquée* Le métal, par ses avan"*" tages naturels, a été choisi pour servir d'écliange avec toutes les autnes valeurs; l'homme a contçu l'i*d^e d'en former des pièces uniformément divisées : le monniiyage a été. inventé. Que faut-il pcair que cetinstrument si utile aux transactions sociaks pr o^ duise toujours Jes avantages qui lui sont propres^ sans qu'il en naisse aucun inconvénient?. Il suffit dé rempUr exactement les conditions qui doivent cous* tituer la monnaie : ces conditions sont l'exactitude et la fidélité dans le poids et le titre. Lorsqu'il a été établi que telle monnaie doit contenir un» certaine quan** tité de métal à un o^tain titre ^ il suMt de maintenir fidèlement et constamment cette convention. Cette fidélité dans Texécution des lois monétaûres est la base indispensable de tout bon système de monnaies. Diverses dispositions de détail doivent ensuiie coopérer à la perfection de l'établissement monétiaire. Ce sont le choix le plus commode des fractions de mon^naies, le d^é convenable du ti^e^ la bonne exé» cution matérielle des pièces.

aro. Lorsque les Gouvememens^ dans des vues d'avantages pour le fisc publiquement awruées > font des changemens dans le système monétaire , en diminuant ou en augmentant la quantité réelle de mé» tal daxis les monnaies, c'est*à-dire leur poids ou leur titre » sans en changer le nom et là valear lé*

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gale, ils ne font que diminuer ou augmenter la valeur des obligations antérieurement contractées. Ces sortes d'opérations sont en substance injustes et absurdes ; car leur résultat est de prendre aux uns ce qui leur appartient, pour le donner aux autres, à qui il n'appartient pas. Les avantages momentanés que le fisc peut retirer de ces sortes d'opérations ne sont acquis qu'aux dépens du pays. Les Gouvememens qui se les permettent perdent infiniment plus en confiance et en crédit qu'ils ne gagnent en effectif ; ils faussent toutes les transactions antérieures^ troublent. les opérations courantes, et répandent de l'inquiétude sur l'avenir. Le moment du changement passé , toutes les transactions nouvelles se basent sur la valeur nouvelle et réelle de la -monnaie, sans que les prévisions légales puissent l'empêcher.

311. Mais si un Gouvernement fait secrètement deâ altérations dans le titre et le poids des monnaies, il commet une fraude dont les conséquences sont biôn plus graves encore pour le pays.

a m. L'établissement des monnaies, quant à leurs poids et titres , est donc une chose à laquelle il est à propos de ne point toucher dans un État. Le seul cas où cela puisse être utile, c'iest lorsqu'un pays a un système de monnaies vicieux quant aux titres et à la division des monnaies. Un Gouvernement, dans xitke situation pareille, peut et doit même remplacer un mauvais système par un bon , mais avec publicité, légalité, et en réglant équitablement le sort des obligations antérieurement contractées.

Dans ce peu de mots, se trouvent toutes les bases

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de la théorie de la valeur des monnaies, et consé* quemment la théorie du monnayage lui-même. Le surplus ne consiste qu'en applications générales , que nous allons indiquer, et en dispositions particulières, qui ont varié suivant les temps et les lieux.

2 1 5. On distingue, dans le système monétaire d'un pays, r Unité monétaire ^ la monnaie de Compte y les monnaies Effectives. Dans les monnaies Effectives , on distingue le Titré , le Poids , la valeur Légale ou Nominale j la valeur Métallique. Ces expressions demandent à être brièvement expliquées.

214. V Unité monétaire est la valeur première, qui sert à nombrer toutes les autres, en la multi* pliant pour les valeurs au-dessus , et en la divisant pour les valeurs au-dessous. En France, l'Unité monétaire est le franc. On dit vingt francs, cent francs, etc., quarante centimes , cinq centimes ( ou centièmes de franc), etc.

2 1 5. Za monnaie de Compte est la valeur avec laquelle on désigne les diverses quantités de valeurs dans les comptes. Cette monnaie est ordinairement la même que l'Unité monétaire. Par exemple, en France , la monnaie de Compte est le franc ; mais dans quelques pays il n'en est pas ainsi.

216. Il est à propos d'indiquer également ici la monnaie de Banque j qui a été établie dans les temps modernes. Cette monnaie est celle dans laquelle les banques' de paiement tiennent leurs comptes , et elle a été distinguée de la monnaie réelle dans quelques villes, à cause de l'altération des espèces courantes.

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