CHAPITRE XVm
Décaui^ertes des Monnaies et Médailles antiques , leur État actuel et Collections existantes.
417- Les monnaies et médailles antiques ont été enfouies aux époques où elles étaient en circulation ^ I. 20
3o6 JÈlill£N$, CHAPITRE XVin.
soit qu'çm les ait placées .da^^ :desr tonneaux, soitqu'elles aient été cachées par des pérsoimes que la mort a surprises aTaut qu'elles eussent révélé leur secret, soit enfin par suite d'aopidens, d'incendies, Qii de bouleversemens de terrains.
Xa terre qui les a cachées les a rendues et les restitue continuellement IjUas 9e qont retrouvées et se retrc^vent tous les jours, taqt par le résultat ^ divers hasards imprévus , que dans des fouilles exécutées pour des travaux de constructions , ou entreprises pour découvrir des monument antiques dans les lieux ou l'on croit qu'il en existe. On rencontre las monnaies antiques, soit isolées,, soit par quantités plus ou moins considérables, sent d'une seule époque, soit de plusieui? époques réunies , d'une seule contrée ou de pays divers et souvent éloi« gnés.
4i8. LeB monnaies antiques se trenvent en général dans les ccmtrées habitées jadis, par des petiples que nous connaissons par l'histoire. Il y a quelques exemples de pièces Grecques ou Romaines que Ton a dit avoir été découvertes dans des parties fort reculées de l'Asie. Ces faits fussent-ils exacts, il resterait de l'incertitude sur lai époques où ces pièces ont été enfouies. Il feut être en très-grande défiance sur les récits de trouvailles de monumens antiques, et ceci s'applique autant à la nécessité de l'exactitude des notions scientifiques , qu'à l'importance de l'authenticité des monumens. Ces renseignemens demandent plus de défiance et de critique encore que les monumens éux-mémes , car ceux-ci peuvent être
DECOUVERTE» J)B6 M6NNAI£§ ET-MÉDAIIXES. 5^7
examinés et jugés; tandis que les récits yenus de loin ont rarement des garantie» sufiûsantes (').
•Um
(') Je ne puis résister au désir de citer iei une anecdote qm peut faire connaHreee que sont quelquefois les découveites d^ob* jets d'antiquités > et les jugemens qui sont basés sfur ces découvertes.
J'ai connu , il j a environ vingt ans, dans une ville d'Italie , que j'habitais alors, un joaillier qui y fit quelque séjour et qui était établi 4 Tunis. H s'occupaîtr du commerce des médailles et des petits monumfns d'antiquité ; facqais de lui quelques objets» Sur la demande qu'il me'fiit de lui céder des médailles de tré»* bas prix 9 comme il en Bemp<^ait beaucoup ^'il avait déjà re^ cueillies, je le questionnai sur l'usage qu'il comptait faire de ces pièces sans int^ét et sans valeur : « Plusieurs des voya-* » geurs qui passent à Tunis , me répondit-41, cbercbent à acbe* » ter des médailles. Us n'y connaissent tien pour la plupart, et » acbètent , comme trouvé dans le pays, ce que je leur vends. » Plusieurs de ces voyageurs vant visiter les ruines de Garthage, » et je les accompagne sotivent. Lorsque ce sont des gens qui » méritent que l'on ait des égards pour eux , je vais d'avance » placer quelques médailles ou autres petits objets sous quelque » pierre, dans quelque trou; quand ils parcourent ensuite nos » mines , je leur indique les points o& l'on peut croire qu'il y a if des découvertes à feire, et ea effet... r. ils trouvent. Vous » concevet qn'ila doivent être reeonBaissans de mes soins , et ils n le sont. — Mais, lui r(pondis-je , prenez g«de. Dans., les M pièces que vous reeueillez en^Europe pour u» tel usage ^ il se o trouve dea pièces fausset moulées sur l'antique , des pièces » même dé coin moderne. B y a là trottine commerciale à-4a^ » {oÎB et scientifique. ,,.»^ Qu'est-«e que cela fait ? me répondit •> le Tunisien } il» n'y entendent pas grand'cbose^ moins encore » que moi ; ils sont eootèns, je le suis aussi, que voulez-vous
» de plus ? »
Que l'on se figure maintenant un de ces voyageurs qui ont
3o8 ÉLÊMEm, CHAPITRE XVIII.
419. Si Ton ne doit pas admettre légéi^ment les assertions relatives aux trouvailles de pièces antiques^ il y a cependant quelcpies-unes de ces découvertes qui se trouvent exactement constatées. On en coniuât plusieurs qui sont célèbres par le nombre des pièces dont elles se composaient. Fabretti (') nous apprend que l'on fit , dans un fleuve de l'ancienne Dacie , une trouvaille de plus de quarante niille monnaies d'or , la plupart de Lysimaque , roi de Thrace. On trouva près de Brest en Bretagne, vers 1760, des vases de terre cuite , contenant environ trente mille monnaies Romaines-Impériales en argent et en billon ('). La trouvaille faite au commencement de ce siècle, près dllomoy, bourg situé à sept lieues d'Amiens, est aussi très-remarquable. Elle était d'environ quatre mille monnaies Impériales - Romaines d'or, la plupart d'une belle conservation. On a découvert dans la Hongrie , la Transylvanie et la Valachie des médaillons d'or Romains du Bas-Empire , de grandes dimensions et d^une extrême rareté.
4:20. Depuis quelques années, le nombre des collecteurs de médailles s'est beaucoup augmenté , les
ainsi découvert des médailles parmi les ruines de Garthage , de retour en Europe j dans une ville où il soumet ses trouvailles à quelques véritables connaisseurs ; ceux><:i les attestent fausses , il soutient qu'il les a déterrées sous des pierres voisines sans doute de celle où Marins s'est assis ; les témoins de ces discussions n'y conçoivent rien , et en concilient que les collecteurs sont des dupes et les connaisseurs des ignorans.
(•) De Columna Trajani, 235. ^ C) Pellerin , Rec. lïl,
p. XLIX.
DECOUVERTES DBS MQNIHAIES ET M&DAIILES. SOQ
voyages dans de$ contrées peu visitées précédemment par les curieux se sont multipliés , les habitans de ces pays ont reconnu qulls pouvaient vendre avan* tageusement les monumens antiques qu'ils découvraient^ et ces monumens n'ont plus été détruits. Les monnaies antiques ont donc été découvertes et con* seryées en plus grande quantité.
Ces monnaies parviennent prpmptement dans les mains des collecteurs et vont se classer dans les cabinets y à moins que leur mauvaise conservation ne les fasse rejeter et condamner à la fonte*
La quantité des monnaies antiques découvertes jusqu'à présent est très-considéraUe , et l'on en peut juger par le nombre des collections publiques et privées qui existeAt , ainsi que par la quantité des pièces dont se composent les séries de quelques-unes de ces collections. On a vu, dans le Chapitre VI, quelle est approximativement la quantité des types' divers de pièces antiques qui nous sont connus. Cette quantité ne peut servir ici qu'à faire apprécier le nombre des répétitions de chaque pièce qui se trouve dans tous les cabinets, et celui des pièces détruites et que Ton détruit tous les jours.
421. Il est à remarquer que, depuis assez longtemps, on ne découvre que peu de nouvelles variétés dans les pièces de coin Romain , tandis que les monnaies des Peuples et Villes qui sont trouvées offrent de très-grandes quantités, de variétés nouvelles de symboles et même de types . Plusieurs motifs peuvent contribuer à cette différence. Les monnaies des Peuples
3 10 ■ ibÉMENS, CHAPITRE :iVIU.
et VUloft ont été pendant loQg^tempsmoûis étudlîées, moios reçherdUées que les Romaines; on voyage davantage mmnteQant dans les contrées plusabondantesi en pièces des Peuples et YiUes : ces pièces.éte^ent jadis plus fréquemment fondues que dans las derniers temps; enfin le nombre des types divers de mon- 'naies, comparativement au nombre des monnaies émises, était très - proba}>Iement plus considérable çhe2^ les peuples divers que chez les j^omains, ou, en d'autres tenues, chaque type était fabriqué en plus grand nombre chea;, les Romains qvie chez les autres Peuples, ^u( quelques exceptions , que Ton reconnaît encore.
U serait facile et même utile de présenter sur ce sujet des considérations plus développées» les bornes données à cet ouvrage nous arrêtent On conçoit aisénient que les indications précises de la nature et des tieu:^ dés découvertes des znonni^ies antiques se* raiwt fort utiles à la science , maiheurçusement ces notions siont rarement recueillies avec exactitude. Les résnltats des tronvaiUfis sont bientôt dispersés, et des renseignemens qni seraient d'une grande utilité ne sont pas recueillis.
4a2. Les pièces antiques parvenues dans les m^ins des collecteurs et dans les collections, y sont aonservées et estimées en raison : i ®. de leur rareté ; a^. de leur conservation. Nous virons, dans le Cha^Htre sui vant (43 1, etc.), quelles sont les causes de la rareté des pièces antiques. Leur conservation plus ou moins belle dépend de trois canses : i^ l'état d^ns lequel
DEGOUYËHTES DE& 1101!|pAlE$ ET JHEUAILLES. 3 1 1
lelles étaient au moment de leur enfouissracient, état résultant de la cicculation et du frottement ; a^. les altérations que leur long séjour en terre a pu leur •faire subir; 3^. les altérations causées par un nettpyage souvent mal entendu.
Les pièces antiques en efiPet , lorsqu'on les découvre, sont fréquemment recouvertes, et même enveloppées de couvertes plus ou moins épaisses, plus ou moins adhérentes, plus ou moins dures. Ces couvertes tiennent à la nature des terrains dans lesquels les pièces ont séjourné si long«temps. Les monnaies doivent en être débarrassées. Mais qu^ques observations sont nécessaires sur les procédés chimiques et manuels à employer dans ce travail.
42i3. Les pièces d*or et d'argent doivent être entièrement nettoyées. Four cela, oti emploie les substances propres à attaquer les diverses natures de couvertes qui s'y sont attachées. Le citron et d'autres substances analogues suffisent pour faire disparaître les saletés et les teintes trop brunes dont on veut débairrasser ces pièces. lies couvertes épaisses demandent des moyens |4us actifs. L'eau seconde et même Teau-forte produisent les effets désirés ; mais cette dernière demande à être employée avec précaution. Souvent quelqu^a parties de ces croûtes adhérentes am( pièces d*or et d'argent doivent être attaquées au moyen de l'outil. Il faut user pour ce travail de beaucoup d^ soins „ et n'employer la pointe d'acier que pour les parties de tartre saillantes, afin de ne pas laisser sur les pièces mêmes des traces du
3 12 ÉtKHEKS, CHAPITaS XVIII.
travail de TontiL L'usage des brosses plus ou moins fortes est indispensable et très-boa.
424* Les pièces de brODze sont, sous ce rapport, dans une toute autre classe. Les ouvrages d'art de ce métal acquièrent par le temps, par l'Influence de l'air, et sur-tout par la nature des terrains dans lesquels ils sont long»temps enfouis, une couverte, ou teinte de diverses couleurs. Getti^ couverte est nommée patine (i58) ; elle est en général d'une telle finesse, qu'en recouvrant toutes les parties des monnaie, elle ne cacl^e rien des d<étails les plu^ déliés, des Unéamens les plus fins ; en même temps que cette couverte, lorsque son antiquité est certaine, est une garantie pour l'auttenticité des monumens, elle contribue à leur meilleur effet,. et ces teintés de couleurs douces , égales , et qui amortissent les rayons lumineux, donnent aux ouvrages de bronze un aspect de beaucoup préférable à celui qu'ils ont lorsque le métal est à découvert. On a déjà vu, dans leChap. VII (i58 et 160) , des détails sur les patines antiques et sur les imitations qu'on en fait pour les ouvrages d'art modernes. On a aussi vu , dans le Chapitre XV (SyS), quelques considérations sur les patines fausses que l'on place sur les pièces falsifiées dans les temps modernes , à l'imitation des pièces antiques^
425. La patine des monnaies et médailles antiques de bronze doit donc être conservée avec soin. Lorsque ces pièces sont seulement enveloppées de saletés ou de substances peu dures, peu adhérentes, il e^t facile de les en débarrasser par des moyens chi-
DBCOUTERTES DES MONNAIES ET MÉDAILLES. Si 5
miques'peu actifs, on par le frottement; mais lors* que ces enveloppes sont très^dures et adhérentes , le nettoyage est plus difficile. Les patines demandent . de gt*ands ménagemens, à cause de leur peu d'épais* seur, et quoique ces couvertes soient très-adhérentes elles-mêmes au métal et fort dures , elles sont cepen-' dant quelquefois d'une moins grande dureté que les croûtes qui les enveloppent. La pointe employée sans ménagemens les altère , et y laisse des raies et des traces qui en détruisent l'harmonie et la conservation. Lé nettoyage de ces pièces doit être fait avec les plus grandes précautions^ par l'emploi des moyens chimiques et de l'outil , en se servant le moins pos» sible de la pointe d'acier ou du burin. Des pointes de bois dur, des brosses plus ou moins fortes sont encore d'un grand secours dans ces opérations.
426. Le nettoyage par le moyen du feu a de grands inconvéniens. Comme les métaux contiennent toujours des parties d'alliage de métal plus tendre, ces parties s'évaporent par une chaleur vive^ ce qui produit de petites cavités qui font disparaître le poli produit par le frappement et donnent aux pièces une apparence de fausseté.
La pratique seqle peut mettre an fait des procédés à employer pour le nettoyage des diverses natures de monnaies et médailles antiques.
427. Lorsque les pièces antiques, soit qu'elles n'aient pas eu besoin de nettoyage, soit que cette opération ait été faite avec succès, se trouvent d'une belle conservation, celte considération ajoute beaucoup à leur mérite et à leur valeur. Les pièces d'une
3 1 4 éiiMBirs , GHànTRE xvrif «
conservttioa extraordioaiw , et que l'oa nomme comamnément pièces à ^ur de eoin ^ ont un prix encore plus considérable.
Il reste , pour terminer ce Chapitre y à faire con- . naître quelles ont été et quelles sont les collections numismatîques les plus remarquables.
4^S. On trouve dans lea auteurs ancien3 quelques passages qui prouvent que des quantités considérables de monnaies étrangères étaient quelquefois portées dans les triomphes, chez les Romains , non-seu* lement comme valeur métallique^ mais aussi connue trophées relatifs aux arts et à l'histoire des peuples vaincus. Quelques autres indications de la même nature doivent faire penser que, dans l'antiquité, quelques personm^es recueillaient des séries de monnaies comme objets de curiosité. Cette opinion peut encore être appuyée par im petit nombre de découvertes qui se sont trouvées composées de ptéces formant des espèces de suites ou de temps diffé^ rens en rdatipns ensemble , et de conservation assez éjfalô.
Ces notions sont fort incertaines. Passons aux t^mps modernes.
4^9- Le célèbre Pétnrque paràk être un <tes premiers qui se soient occupés des monnaies antiques \on de la renaissance des Lettres. U en forma une coU lection; les Médicis, Mathias Corvinus, T(À de Hongrie , AlphcHise , roi d'Aragon , en réunirent aussi. Ange Politien dan» ses Miscdlanea, imprimés en 1490, cite des médaffles de la collection des Médids. Quelques particuliers suivirent bientôt ces
DÉCXHJVERTBS Vfg» UP»^JS& ET MÉDAILLES. 3l 5
ei^ioplas, Grollier, trésorier de France et dltalie dans le seizième sié^e, eut de nombreuses suites de monnaies antîqnes. Cromwell rassembla aussi une belle suite de mé4aiUes.
Il serait trop long et hors des bornes de cet ouvrage d'entrer dans des détails sur les collections célèbres qui se sont formées depuis le quinzième siè^ cle. Celles des Gouvernemens ont été en général con^fYées^et jdusieurs se sont successivement enrichieSrQi^^Qt à celles des particuliers , elles ont été vendues et disséminées, souvent même peu de temps ^près leur formation , ou léguées à des établissemens publics. Les enfans ont rarement les mêmes goûts que leurs pères : de là naît la continuelle dispersion çle tant de cabinets. Les substitutions ont conservé pendant d'asse?^ longs intervalles des collections d'objets d'arts dans quelques grandes familles ; mais depuis long- temps la plupart de ces collections avaient été akérées, lorsqu'elle^ ont été presque totalement disséminées par suite de la révolution.
43o. Quant aux collections actuelles , il serait intéressant d'en présenter le tableau ; mais pour être complet, il devrait être plus étendu que ne le comporte un livre élémentaire. Il serait d'ailleurs assez difficile d'obtenir des renseignemens exacts sur tous les cabiaeCs existans. Les catalogues de ceux qui ont en ou ont encore de la célébrité ont été imprin mes , et on les trouvera cités dans le Chapitre XX,
Quelques particuliers possèdent des collections^ nombreuses et remarquables; plusieurs amateurs n'ont que des choix plus ou moins précieux; un
5l6 ÊLÉHENS, CftAPITBE XIX.
grand nombre de coUecteurs enfin réunisseQt des séries spéciales plus ou moins intéressantes. Quant BUT collections publiques , il en existe dans presque toutes les capitales de TEurope , dans d'autres villes et dans beaucoup d'étabKssem^is scientifiques ou d'instruction publique. Tous les Gouvernemens montrent une généreuse émulation pour l'augmentation de leurs collections numismatiques. Nous citerons particulièrement les cabinets de Paris, de Londres, de Vienne, de Munich, de Berlin, de Milan, de Florence et de Rome.