‹ Manuel de pathologie et de clinique chirurgicales v.2, 1958Chapitre 11 sur 188 · PLAIE» EMPOISONNÉES · texte numérisé non relu

PLAIE» EMPOISONNÉES

suivies de phlegmons : aussi ne devra-t-on pas hésiter à pratiquer de longues incisions, afin de prévenir ces complications dangereuses.

§ 8. — Plaies empoisonnées.

Les plaies que nous venons d*étudier peuvent être compliquées de la présence de corps étrangers. Nous avons vu comment l'on en faisait l'extraction et comment Ton devait en faciliter la sortie. Mais quelquefois des virus peuvent être portés dans nos tissus et occasionner la mort par un véritable empoisonnement, ou causer par inoculation des affections formidables, et dont l'art peut très rarement se rendre maître : telles sont les plaies empoisonnées. Nous les diviserons :

1 * En plaies empoisonnées proprement dites : ce sont celles dans lesquelles un véritable poison déposé sur la surface d'un instrument tranchant et le plus souvent piquant est introduit dans nos tissus ;

2® Les plaies envenimées : celles dans lesquelles un venin, produit de sécrétion chez certains animaux, pénètre dans les chairs en môme temps que les aiguillons ou les dents de ces mêmes animaux ;

3** Enfin les plaies virulentes : celles qui introduisent dans l'écono^' mie un virus morbifique accidentel développé chez certains animaux et même chez l'homme.

A. Plaies empoisonnées proprement dites.

On n'a que bien rarement occasion maintenant d'observer des plaies empoisonnées ; ce n'est que chez les sauvages que l'on voit les armes de guerre, et surtout les flèches, couvertes d'un poison très actif, qu'ils tirent du règne végétal. Les seules plaies empoisonnées que nous rencontrons assez souvent sont celles qui sont faites par des instruments qui ont servi aux travaux anatomiques. Si, dans quelques circonstances, ces plaies guérissent comme des plaies ordinaires, il en est d'autres où elles déterminent des accidents fort graves qui se développent peut -être d'après des dispositions individuelles, mais qui paraissent surtout reconnaître pour cause l'état, nous ne dirons pas de putréfaction, mais particulier de certains cadavres, et surtout ceux des sujets qui ont succombé à des affections inflammatoires avec sécrétion de liquide dans la cavité thoracique ou abdominale. Les symptômes qui déterminent ces blessures sont de deux ordres; ce sont : 1" des accidents locaux, ceux do phlegmon, de la phlébite, de l'angiojeucite ; 2" des accidents généraux, prostration, vomissements, évacuations alvines, fétides, en un mot des symptômes qui rappellent ceux de la fièvre typhoïde et qui indiquent l'infection générale de l'économie.

Lorsque les symptômes généraux présentent quelque intensité, on doit considérer celte lésion comme des plus graves ; elle sera traitée par des toniques, des stimulants, des sudorifiques, et, à moins d'indications spéciales, on n'aura point recours aux antiphlogistiques. Quant aux accidents locaux, ils seront traités suivant leur nature (voyez Phlcln!e, PMegmon, etc.).

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B. Plaies envenimées.

Nous avons dit qu*ù celle espèce de plaies appartenaient les lésions produites par des morsures ou des piqûres d'animaux jouissant de la propriété de sécréter un liquide délétère, qui agit sur l'économie avec une rapidité plus ou moins grande. Les unes sont produites par des insectes : telles sont les piqûres de la guêpe, de l'abeille, du frelon, etc.; d'autres par des arachnides, la tarentule, les scorpions-, d'autres, enfin, par des repfiles, les vipères, les serpents à sonnettes, etc.

1" Les piqûres d'insectes, lorsqu'elles ne sont pas trop nombreuses, ne présentent pas de gravité ; mais elles peuvent, lorsqu'elles sont en nombre assez considérable, causer la mort parla douleur excessivement intense qu'elles déterminent. Une douleur très vive, accompagnée d'un peu dégonflement, est le seul symptôme qui se manifeste ; elle se dissipe au bout de très peu de temps : quelques heures suffisent pour faire disparaître tous les accidents. Si l'aiguillon était resté , il faudrait le retirer avec de grandes précautions et enlever préalablement la petite vésicule de sa base, qui contient encore du venin qui pourrait être versé dans la plaie.

Des applications réfrigérantes suffisent pour calmer les accidents; si cependant ceux-ci étaient trop intenses, des émollients et des narcotiques deviendraient nécessaires.

2° Les piqûres par les arachnides sont un peu plus graves que celles qui sont produites par les insectes.

On a rapporté à la piqûre de la tarentule des contes absurdes. Ainsi, disait-on, les individus piqués avaient une très grande propension à danser, et l'on ne pouvait calmer l'excitation du malade qu'en lui procurant les moyens de satisfaire ses désirs ; la musique était le remède qu'il fallait employer. Le charlatanisme a pu seul faire supposer l'existence de symptômes aussi bizarres ; toujours est-il que si les piqûres de tarentules peuvent causer quelques accidents inflammatoires, même avec quelques symptômes généraux, la piqûre de ces animaux n'a pas une grande gravité.

Le scorpion présente à l'extrémité de sa queue un aiguillon percé d'une gouttière, à la base de laquelle, dans la dernière articulation de la queue, se trouve une glande qui sécrète du venin. La piqûre da scorpion d'Europe n'est pas grave, elle détermine au plus quelques phlyctèncs, avec un peu de gonflement de la peau et quelques symptômes fébriles. Mais le scorpion d'Afrique elle scorpion roussâtre sont plus dangereux ; leur blessure peut être quelquefois suivie d'accidents. Du reste, la piqûre de ces animaux sera traitée comme les autres plaies envenimées.

3° Les piqûres des reptiles, i^ Les morsures de vipères sont à peu près les seules que l'on ait occasion d'observer chez nous. Les accidents que cause la morsure de ces animaux sont dus à un venin sécrété par une petite glande située en arrière ^e l'œil, qui communique par

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un petit canal avec une espèce de dent canaliculée, renversée habituellement en arrière, mais qui se redresse lorsque les mâchoires se rapprochent. Ces dents, désignées sous le nom de crochets à venin y pénètrent dans les tissus et y versent le liquide venimeux qui cause les accidents dont nous allons parler.

« La morsure de la vipère (I) est promptement suivie d'accidents » dont les uns sont locaux, et les autres généraux. Nais c'est toujours » par les premiers que le désordre commence : le blessé éprouve ù » l'instant même, dans l'endroit de la morsure, une douleur vive qui, » comme un trait de feu, se répand dans tout le membre et même dans 9 les organes intérieurs. Peu à peu l'endroit blessé se tuméfle, devient » rouge ; quelquefois la tuméfaction se borne aux environs de la plaie ; » mais le plus souvent elle s'étend au loin, gagne tout le membre qui » a été mordu, et môme le tronc. Souvent il découle do la plaie une » liqueur sanieuse et il s'élève dans les environs des phlyctènes ana- » logues à celles de la brûlure. Mais bientôt la douleur diminue beau- » coup, la tension inflammatoire dégénère en un empâtement mou et j» œdémateux ; la partie devient froide, et la peau se couvre de grandes » taches livides et comme gangreneuses.

a Les accidents généraux ne tardent pas non plus à se manifester : lo » malade éprouve des angoisses, des faiblesses, de la difficulté à respi- / rer, des sueurs froides et abondantes. Le pouls se concentre, devient » petit et inégal ; l'œil se trouble ; la raison s'égare ; souvent il survient

• des vomissements, quelquefois des déjections bilieuses abondantes, D des sueurs froides, presque toujours une jaunisse universelle et des « douleurs vives autour de l'ombilic.

9 Ces accidents se présentent quelquefois de la môme manière chez » tous les sujets, à quelques différences près ; ils dépendent de la sensi- » bilité et du tempérament de la personne mordue, de la température 9 plus ou moins élevée de l'atmosphère, de la plus ou moins grande force x> de la vipère, du nombre de blessures qu'elle a faites et de son vo- » lume, en raison directe desquelles se trouve ordinairement la quan- » tité de venin qu'elle communique. Le plus ou moins de profondeur de » la plaie doit encore entrer en considération, surtout si elle a son » siège dans les parties nerveuses. En général, les personnes faibles, » cacochymes, pusillanimes, qui ont l'estomac plein, éprouvent des » accidents plus prompts et plus graves que les hommes forts, vigou-

• reux et qui voient le danger sans s'effrayer. Plusieurs morsures sont ■ plus dangereuses qu'une seule. Enfin on a remarqué que le poison de > Ur vipère était plus actif en été qu'au printemps. »

A moins que les morsures de la vipère n'aient été nombreuses, que la quantité de venin inoculé ne soit considérable, ou que la plaie ■e siège dans le voisinage d'organes importants, il est rare que la mort soit la suite de cette blessure, quand bien même on n'y aurait pas porté remède. Mais comme les accidents se dissiperaient plus lenle-

(1) B4»ypr, Maladies chirurgicales, I. I, p. 338.

ment, et que le venin pourrait réagir sur la constitution du malade, il faut la combattre par un traitement actif. Outre les moyens dont nous allons parler tout à l'heure, et qui sont propres à toutes les plaies empoisonnées, l'ammoniaque a surtout été préconisée contre la morsure de la vipère. Non-seulement ce remède doit être appliqué dans la blessure, mais encore administré à l'intérieur, à la dose de quelques gouttes, de deux heures en deux heures.

2° Dans les régions équatoriales, on a souvent occasion d'observer des morsures de plusieurs espèces de serpents, dont le venin agit avec une activité telle qu'il tue presque instantanément ; tels sont les crotales ou serpents à sonnettes, les trigonocéphalesj etc. Nous ne nous arrêterons pas sur ces blessures, auxquelles, il esta peu près impossible de porter remède. Je ne parlerai que de cet industriel qui, débarquant au Havre avec trois serpents à sonnettes, a été mordu par l'un d'eux, et qui, malgré une forte ligature appliquée au-dessus de la plaie et la cautérisation pratiquée au bout d'un quart d'heure, n'en succomba pas moins neuf heures après l'accident.

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