‹ Manuel de pathologie et de clinique chirurgicales v.2, 1958Chapitre 129 sur 188 · Inflammations de la conjonctive. — Conjonctivites · texte numérisé non relu

Inflammations de la conjonctive. — Conjonctivites

Nous décrirons surtout dans ce paragraphe Tinflammation de la conjonctive qui tapisse la sclérotique. Dans le paragraphe destiné aux affections des paupières, nous avons déjà dit quelques mots de la conjonctivite palpébrale : quant à l'inflammation de cette portion de la membrane muqueuse qui tapisse la cornée , elle sera étudiée avec les kératites.

§ 1. — Conjonctivite simple.

Nous désignons sous ce nom la conjonctivite qui ne présente aucun caractère spécial, et dont les symptômes se résument dans l'ensemble des phénomènes communs à toute inflammation d'une membrane muqiiieuse.

Êliologie. — La cause la plus firéquente de la conjonctivite est l'exposition du globe de l'œil à l'air, surtout à l'air humide , et principalement à un courant. Cette affection peut présenter un caractère épidémique développé probablement sous l'influence de certaines conditions atmosphériques.

On la voit quelquefois se montrer pendant le cours d'une rougeole, d'une scarlatine, pendant un érysipèle. On en a fait un grand nombre de variétés, selon que la conjonctivite apparaît avec telle ou telle maladie : conjonctivites varioUque, rubéolique, scarlatineuse, érysipélateuse, etc. Nous ne saurions accepter ces divisions, pour le moins inutiles.

Symptomatologie* — Au début , on observe une injection plus ou moins vive des vaisseaux de la conjonctive, qui se dirigent vers la cornée : peu à peu la rougeur augmente ; ceux-ci forment un lacis (le plus en plus serré, et bientôt toute la conjonctive prend une teinte uniforme d'un rouge vif; en même temps on constate de la tuméfaction, du liquide séreux s'infiltre sous la membrane muqueuse, il y a un chémosis qi^it une saillie considérable au pourtour de la cornée ; quelquefois ]â conjonctive se couvre de petites phlyctènes , les malades éprouvent dans l'œil comme la sensation d'un corps étranger. La douleur est exaspérée par le mouvement des paupières ; l'œil, d'abord sec, devient larmoyant, les larmes sont brûlantes. Celte sécrétion est bientôt remplacée par un écoulement plus épais , opalin , blanchâtre et môme jaunâtre ; puis la sécrétion reprend ses caractères normaux au fur et à mesure que la maladie marche vers la guérison. La photophobie est rare ; cependant les malades évitent la lumière pour prévenir le clignement des paupières. On observe peu de symptômes généraux ; les malades se plaignent d'une céphalalgie légère.

51 § FAnOLOGIC CHmimCMâlA»

L'inflammation de la corgoneiiTe est quelqneArfs eompliquée de

coryza, de pharyngfile.

Cette affection fort commune, facile à reconnaître à la teinte rouge de la conjonctive , à la consenration des fecultés visuelles, n'est pat grave ; cependant un chémosis trop considérable peut aoiener la gaol^ène de la cornée : on l'a vue se terminer par une ophthalmite.

Traitement. — Les émissions sanguines générales ou locales^ au apophyses mastoïdes (Gerdy) , ne sont indiquées que quand l'ioflaiiMtion est intense : on conseillera un léger purgatif; cetU médiealiQt sera indiquée surtout s'il existe quelque embarras du côté des fsiai digestives. On instillera dans l'œil, plusieurs fois dans la journée, qaalques gouttes d'un collyre au nitrate d'argent ou au borax , au sulfate d'alumine, au sulfate de sine. L'œil sera préservé de la lumière parus Uoge humide flottant au-devant de l'œil malade.

S'il existait un chémosis considérable , on derrait, à rmcemple êB Sanson, exciser, à l'aide de ciseaux courbes, un ou pluaieufs ptti de la conjonctive boursouflée.

$ S. — ConjoncHvUes tcrofttleuse, pustuleuse.

Cette affection, que l'on obsenre chei les jeunes sujets de eoMttttion lymphatique, est caractérisée par la forme particulière de Filial» tion vascuiaire. Les vaisseaux injectés se présentent sous la forme d^ faisceau triangulaire dont la base correspond an cul-de-sac oculo-pilpébral, et dont le sommet se rend à une petite pustule d'un blane |flsfttre , quelquefois opaline, qui se rencontre souvent à l'union de k cornée avec la sclérotique, quelquefois sur la cornée elle-même. H existe dans certains cas plusieurs paquets vascolaîres sur la cofqondhe enflammée, mais toujours ces faisceaux sont distincts, et rinflammatili n'envahit pas en général la conjonctive palpébrale.

Les pustules de la conjonctive ne présentent rien de grave lorsqu'eOei n'ont pas envahi la cornée ; elles disparaissent quelquefois spontanément ou tout nu plus présentent une petite ulcération qui n'offre aocuni gravité. Il n'en est pas de même de celles qui ont envahi la corail (Voy. Kératite pustuleuse).

Les malades n'éprouvent que peu de gène, telle que la sensatieB d'un corps étranger sous les paupières ; la pholophobie et la dooksr appartiennent aux pustules de la cornée. .

Cette aflTection n'a rien de grave quand les pustules n*ont pas envabi la cornée ; elle dure de huit à quinze jours ; il n'est pas rare, cependant, de voir les pustules se succéder, et la maladie durer pendant ta temps très long.

Traitement, — La première indication est celle d'un traîtemed général qui améliore la constitution (traitement antiscroaileox). H m faut pas cependant perdre de vue que ce n'est qu'au bout d'un temps fort long qu'on pourra espérer une modification heureuse à la coq*

AFFSCIIONS W LA CONItfietlVE. fti9

stitution des sujets. Aussi doit -on s'oecuper sérieusement du traitement de raffection elle-même. Le traitement local sera subordonné à l'intensilé de la maladie; on sera sobre d'émissions sanguines qui peuvent bien diminuer l'intensité de l'inflammation, mais qui affaiblissent le sujet ; des pm-gatifii seront conseillés, on prescrira des collyres légèrement astringents.

Nous avons vu Sanson instiller une goutte de laudanum de Rousseau dans l'œil, et obtenir très rapidement ainsi l'oblitération du paquet yasculaire. Ce moyen nous a souvent réussi ; cette espèce de caustique est biea préférable au nitrate d'argent et au sulfiite de euivre.

S 3. ^ ConjoncHwteê purHlml9$,

On désigne sous ce nom les conjonctivites caractérisées par la sécrétion d'une quantité extrêmement abondante de pus. Nous en distinguerons trois espèces : 1** la conjonctivite purulente des adultes, m ophthalmie d'Egypte ; 2** la eonjonctivite blennorrhagique ; 3** celle des nouveau-nés.

!• Conjonctivite purulente des adultes; ophthalmie d^ Egypte, — Vétiologie de cette affection est encore un sujet de controverse. Estelle propre à l'Egypte et a-t-elle été importée par les soldats français lors de l'expédition dans ce pays? Se développe-t-ellc en Europe sous l'influence des causes qui l'ont rendue si grave en Afrique? Doit-on accuser Tuniforme militaire, l'impression du froid humide? etc. Tout ce que Ton sait, c'est qu'elle est épidémique, endémique et contagieuse.

Symptomatologie, — Comme toutes les conjonctivites, la maladie débute par la sensation de corps étranger logé entre l'œil et la paupière, puis la douleur augmente et devient très vive ; l'impression de la lumière est pénible, la conjonctive est rouge, injectée ; les paupières sont tuméfiées, rouges sur leur surface et quelquefois couvertes de petites vésicules ; on constate un écoulement visqueux , puis mucopurulent.

Bientôt la douleur devient plus intense, et il existe un blépbarûspasme tel qu'il est impossible d'oumr les paupières du patient ; si cependant on y arrive, on voit la conjonctive de couleur lie dé vin, la cornée encli&sséia dans un bourrelet chémosique considérable, le chémosis est tel dans certains cas, que la muqueuse vient faire hernie entre les paupières ; l'écoulement du muco-pus devient extrêmement abondant.

Il faut remarquer qu'une partie du liquide s'accumule souvent dans le cul-de-sae oculo-palpébra), où il prend la consistance d'une Hausse membrane ; il est asses fréquent de le voir jaillir à l'extérieur lorsqu'on entr'ouvre les paupières un peu brusquement. Le chirurgien doit apporter une grande attention à ce phénomène : on comprend, du reste, les aceidents qui pourraient survenir si une car* taine quantité de pus venait à péiiôtror dam lOt paupièrti.

5S0 PATHOLOGIE CHOLUftOlOALE.

Arrivée à ce point, la maladie s'arrête ; les symptômes diminuant d'intensité, Técoulement devient de plus en plus séreux, et le malade guérit ou complètement ou en conservant des granulations for lesquelles nous aurons Toccasion de revenir.

Mais cette heureuse terminaison est loin d'être la plus fréquente; dans la plupart des cas, la maladie s'aggrave encore, la cornée s'eaflamme, devient nébuleuse ; elle ne se laisse plus traverser par ki rayons lumineux. D'autres fois, on observe des ulcérations dont il tA souvent difficile de constater Texistence, cachées qu'elles sont par b bourrelet chémosique. Enfin, dans d'autres circonstances plus fâcbesKi encore, la cornée se gangrène, tombe tout d'une pièce ; c'est alon que rhumeur vitrée s'échappe par la solution de continuité du globe de l'œil, et que l'on voit l'inflammation des tissus intra-oculaires le terminer par la fonte purulente de l'œil. En même temps on obsera des symptômes généraux , quelquefois très intenses : fièvre, chalev de la peau, agitation, délire, etc.

Celte maladie est des plus graves, car elle se termine quelqudiûs par la perte absolue de l'œil ; dans beaucoup de cas on observe, du côtéds cet organe , des suites fort graves, telles que l'opacité plus ou mMU étendue de la cornée, la cataracte, etc. Mais une des compUcatiom sur lesquelles nous aurons à insister d'une manière spéciale , est le développement de granulations.

Traitement. — Les individus affectés d'ophthalmie purulente senaÉ isolés autant que possible ; on prendra les plus grandes précantioM afin que les linges et tous les objets ayant servi aux malades m puissent servir à d'autres ; car, il ne faut pas l'oublier, la maladie est éminemment contagieuse.

Au début de la maladie, on emploiera les émissions sanguines générales ou locales ; des sangsues seront appliquées autour de l'orbile, aux apophyses mastoïdes. On a conseillé la scarification de la coqjonetive, l'excision du chémosis (Sanson). Des purgatifs énergiques seroel employés conjointement avec les antiphlogistiques , des lotions fréquentes seront faites non-seulement sur l'œil , mais encore entre lei paupières. Les liquides dont on fera usage sont ou des collyres g^êp ces, ou mieux des collyres astringents, caustiques ; le nitrate d'argent, les sulfates de cuivre, de zinc, ont été quelquefois prescrits à des doMf considérables. 5 grammes de nitrate d^argent, par exemple, potf 30 grammes d'eau distillée. Dans certains cas, une médication ponment empirique a donné des résultats presque inattendus : telestptf exemple l'émétique donné à dose rasorienne.

2* Conjonctivite hlennorrhagique. — On donne ce nom à celle qi se développe chez les individus affectés de blennorrhagie.

Étiologie, — Cette afl'ection reconnaît pour cause le contact dired du pus blennorrhagique avec le globe de l'œil. Quelques ophthalmol»gistes ont cru à la métastase, à une sympathie que l'on supposait eiister entre l'œil et Us organes génitaux.

Les symptômes de .cette variété de la conjonctive sont les mêmes que ceux de la conjonctivite purulente ; cependant on remarque comme caractère particulier à cette forme une marche beaucoup plus rapide, puisqu'il sulfit quelquefois de vingt-quatre heures pour amener la destruction du globe de Tœil. Les malades accusent une douleur souvent très vive qui s'accompagne de photophobie ; dans quelques cas, on observe une rémittence qui pourrait faire croire à la disparition de la maladie; mais les souffrances reparaissent bientôt avec une nouvelle intensité. Cette rémittence, qui d'ailleurs n'est pas fréquente, est-elle un des caractères de la maladie ? ou bien la rechute doit-elle être attribuée à un nouveau contact du pus blennorrhagiquc? M. Hairion de Louvain a signalé l'engorgement d'un petit ganglion lymphatique situé au-devant de l'oreille du côté malade.

Traitement. — Cette affection réclame à peu près le même traitement que la conjonctivite purulente, seulement il doit être encore plus énergique. Sanson n'hésitait pas, dans ce cas, à pratiquer l'excision du bourrelet chémosique et à cautériser fortement toute la conjonctive avec le nitrate d'argent, et, afm qu'aucune portion de muqueuse n'échappât à l'action du caustique, il fendait la commissure des paupières. Sept fois de suite, disait-il dans ses leçons de clinique,. ce procédé lui avait réussi ; mais depuis il avait eu des insuccès. On ne pourrait donc pas compter d'une manière absolue sur une thérapeutique même aussi énergique ; aussi le chirurgien devra- t-il être extrêmement réservé dans le pronostic. On a conseillé les préparations de cubèbe ou de copahu à l'intérieur.

3* Conjonctivite purulente des nouveau-nés, — Cette affection se rencontre principalement dans les salles où se trouve une grande agglomération d'enfants, où elle se propage rapidement de l'un à l'autre soit par la transmission d'un miasme particulier, soit par le contact des linges ou des éponges ayant servi aux autres enfants. Cette affection a été considérée par certains ophthalmologistes comme produite par le contact de matières virulentes sécrétées par les parties génitales de la mère. Nous signalerons cette opinion qui , dans quelques circonstances, peut être parfaitement fondée.

Symptotnatologie. — Tuméfaction des paupières, photophobie, sécrétion d'abord liquide, qui devient de plus en plus épaisse, et ne tarde pas à prendre la consistance du pus. Souvent la maladie se trouve bornée à la conjonctive palpébrale, et la conjonctive oculaire reste intacte.

La marche de cette affection est la même que celle de l'ophthalmie purulente. Cependant elle présente moins de gravité, et on le comprend si l'on tient compte de l'absence de lésion du côté du globe oculaire ; il est cependant des cas dans lesquels on observe tous les accidents qui appartiennent à la conjonctivite purulente des adultes.

Enfin il nous reste à faire remarquer le dépérissement rapide des enfants atteints de la conjonctivite purulente ; aussi faut-il prendre en

ftSS

oMsidértUoa ce fût qw Mi Mpital dans le réfiaM à impoeer auxpetiu maltdes.

TraUemenl. — Soins de propreté, injections astringentes et très soavent répétées entre les paupières; la dose de sel qui entre dans la coinposition du collyre sera proportionnée à l'intensité de la maladie.

Ophthalmie pseudo-membraneuse des nauvcau-nés,

H y a quelques années, M. Ghassaignac avait appelé l'attention sur une forme particulière de rophthalaiie des nouveau- nés, à laquelle il i donné le nom d*ophthalmie peeudo-membranmue. Depuis, cette maladie a été le sujet d'un très intéressant mémoire (t) auquel nous mpruntons la plupart des faits consignés dans ce paragraphe.

D'après M. Chassaignac, cette affection serait assez fréquente : elle représenterait environ un quart ou un cinquième d'ophthalmies obsffvées chez les enfants.

Les symptômes qu'il assigne à cette maladie sont : la tuméfectioa des paupières, le renversement en dedans , par conséquent, déviation des cils ; la rougeur de la conjonctive palpébrale. Mais le caractère pathognomonique de cette affection est l'existence d'une pseudo-membraoe, qui se présente sous la forme d'une toile fine demi-transparente, qui se détache avec assez de facilité, devient opaque et plus épaisse par l'action des douches oculaires. On la rencontre sur la conjonctive palpébrale plus souvent que sur la conjonctive bulbaire ; quelquefois eSe n'occupe qu'un des points de cette surface. Le liquide sécrété parles parties malades est muqueux ou muco-purulent.

Le iraitement consiste dans l'application de douehes oculaires dirigées sur le globe de l'œil. M. Chassa ignac a décrit avec smn, dans le osémoire cité, le procédé le meilleur pour l'administration de ces douches.

$ 4. — CoHjomcthHtes granuleuset.

Sous le nom de conjonctivite granuleuse, nous décrirons : 1* U conjonctivite granuleuse proprement dite, désignée encore sous Ii nom d'ophthcUmie sarcomateuse, d*ophthalmie catarrhale; 2" les granulations elles-mêmes que nous étudierons comme terminaisoe, non-seulement de l'ophthalmie catarrhale, mais encore des différeates formes de l'ophthalmie purulente que nous venons de passer en revue.

!• Conjonctivite granuleuse, catarrhale, — Celte espèce est un» des formes les plus fréquentes de la conjonctivite ; elle se développe sous l'influence des causes qui déterminent les affections eatarrhales des autres membranes muqueuses ; variations brusques de température, exposition de l'œil à un courant d'air, etc. Souvent elleeA accompagnée de coryza, de bronchite, qui, du reste, se sont maai-

(1) Archiva d'ophthalmoloffiê, i855, t. ffl, p. 885, et t. IV, p. 8S.

AyriGTlMt »l LA GêilMlICTITE. h%$

festés sous rinfluance des mêmes eauses; dans oertains cas elle esl épidémique et contagieuse.

Symptomatologie. — Au début on observe sur la conjonctive palpébrale des stries vasculaires, légèrement flexueuses, parallèles, qui, du bord libre de la paupière, vont se rendre au cul-de-sac oculo-palpébral ; la conjonctive se recouvre de villosités plus ou moins nombreuses, assez semblables aux papilles de la langue ; on voit un léger suintement muqueux, constitué d'abord par les larmes et la sécrétion des follicules sébacés ; plus tard par celle de toutes les glandes palpébraies et des glandes de Meibomius. La peau des paupières, surtout celle des bords et du grand angle, est légèrement gonflée, rouge ; les malades éprouvent une* sensation analogue à celle que produirait un corps étranger introduit sous les paupières ; il y a une vive démau* geaison.

Plus tard, les vaisseaux envahissent la conjonctive bulbaire et môme la cornée, jusqu'à un millimètre environ de son pourtour ; la membrane muqueuse est gonflée, molle, soulevée par de la sérosité inflltrée dans le tissu cellulaire sous-conjonctival, chémosis séreux; quelquefois on voit des ecchymoses entre la conjonctive et la sclérotique ; dans quelques cas on observe un gonflement œdémateux des paupières telle* ment considérable que Jes malades ne peuvent ouvrir l'œil.

Enfin, les villosités se développent, augmentent en nombre, la douleur est plus vive, la sécrétion muqueuse est plus abondante, il se manifeste des troubles du côté de la vision. La maladie peut se terminer encore par résolution, mais aussi on roit survenir des complicatiens fort graves, la cornée se vascularise, devient le siège d'un épaneh#* ment interlamellaire, s'enflamme, se perfore ; l'iris, la choroïde se prennent, et l'on observe les accidents les plus fâcheux sur lesquels, d'ailleurs, nous reviendrons (voy. Affections de iacom^e, de Ttm, etc.). Une des terminaisons les plus fréquentes est le passage 4e la Bialadie à l'état chronique par la persistance des vûlosités ou granulations.

Traitement, — Au début de la maladie on prescrira, outre le traitement général qui convient à toutes les affections calarrhales, des collyres légèrement astringents, les dérivatifs sur les extrémités, la cautérisation de la conjonctive avec le crayon de sulfete de cuivre; si la maladie prenait un degré d'acuité considérable , on aurait recours au traitement antiphlogistique , à la belladone. Le chémosis séreux sera dissipé au moyen de mouchetures et de collyres astringents. Le traitement de la maladie passé à l'état chronique sera exposé dans le paragraphe suivant (voy. Granulations de la conjonctive.)

2* Granulations de la conjonctive, -^ A la suite des diverses espèces d'ophthalmies purulentes et de la conjonctivite granuleuse, on voit se développer sur la iisce interne de la membrane muqueuse de

55t4 PATHOLOGIE CHI&DBGICAU.

petits corps du volume d'un grain de millet et qai peuvent arriver jusqu'à celui d'un grain de chènevis ; ce sont les granukUUms,

11 n'est peut-être pas de question en ophthalmologie qui ait soulevé autant de controverse et qui ait exercé autant l'esprit des observateurs, et, malgré les travaux les plus importants, elle est loin d'être résolue. On en a décrit deux formes : dans l'une, ces petits corps sont sillonnés par des vaisseaux ; ce sont les granulations proprement dites. Dans l'autre, les vaisseaux existent seulement à la base de la granulation ; cette variété porte le nom de trachome. Cette distinction ne nous paraît d'aucune importance ; d'ailleurs, ces deux états se confondent le plus souvent.

Mais c'est principalement la nature des grai^latlons qui a soulevé le plus de discussions. Selon les uns, les granulations seraient constituées par des kystes ou des pustules ; selon d'autres (Mackensie), elles sont dues à l'hypertrophie des papilles de la conjonctive. Suivant certains auteurs, à des exsudations plastiques développées sous la moqueuse conjonctivale ; enfin, on a vu dans ces petits corps une inflam* mation et une hypertrophie des follicules mucipares.

Éliologie, — On a cherché à expliquer le développement de granulations par une prédisposition individuelle, par l'état du sang : dans ces conditions, les granulations se montreraient sous l'influence des causes les plus légères ; enfin, certains auteurs considèrent les granulations comme contagieuses; d'autres, au contraire, rejettent ce mode de propagation. Tout ce qu'il nous est permis de dire, c'est que ces petits corps sont la conséquence de conjonctivites et qu'on aurait tout aussi bien pu invoquer la contagion des ophthalmies purulentes qne celle des granulations.

Symptomaidogie. — Les granulations offrent une coloration variable, en rapport d'ailleurs avec leur vascularité : les granulations de couleur chair de saumon sont considérées comme les plus graves sons le rapport de la contagion. Elles constituent de petits corps fixés par une base assez large à la muqueuse palpébrale ; quelquefois peu nombreux, d'autres fois pressés les unes contre les autres, ils s'aplatissent par leur frottement contre le globe oculaire.

Les unes se développent avec rapidité ; elles sont désignées sous le nom de charnues. On les rencontre après les inflammations catarrhales et purulentes de la conjonctive. Dans quelques cas , elles disparaissent spontanément ; dans d'autres elles prennent un développement considérable ; elles ont le volume d'un grain de chènevis, se touchent par leur circonférencç, laissant entre elles un sillon au fond duquel on voit la muqueuse quand on renverse la paupière.

Les autres, dites vésiculeusos, se montrent sans inflammation de la conjonctive ; elles sont plus petites que les précédentes, se logent dans le cul -de-sac oculo-palpébral et se développent plutôt en surface qu'en épaisseur ; elles renferment un liquide jaunâtre, visqueux qui se reproduit quand on Ta évacué par une piqûre : elles ne causent aucun

trouble fonctionnel de Toeil ; quelquefois elles sont assez nombreuses pour repousser les paupières en avant et les écarter du globe de Tœil. M. Desmarres les considère comme de même nature que les précédentes ; car, sous l'influence d'une inflammation de la conjonctive, elles présentent tous les caractères des granulations charnues ; elles seraient dues à une exsudation plastique incomplète.

La gêne des mouvements des paupières, leur épaisissement, une sécrétion purirorme, quelquefois assez abondante, la sensation d'un corps étranger et le larmoiement qui en est le résultat, tels sont les symptômes physiologiques des granulations.

Les granulations disparaissent quelquefois spontanément ; mais le plus souvent la maladie se prolonge pendant un temps fort long, disparait pour se reproduire de nouveau en passant par des phases d'exacerbations qui constituent une ophthalmie généralement limitée ; mais d'autres fois on observe une ophthalmie purulente qui^eut Taire perdre l'œil en peu de temps. M. Desmarres cite une observation d'ophthalmie purulente des plus aiguës provoquée par des granulations et qui se termina par la disparition complète du pannus qui couvrait les deux cornées ; enfin, comme terminaison des granulations, citons encore le pannus, le raccourcissement de la conjonctive et la disparition du cul-de-sac oculo-palpébral supérieur {symblépharon postérieur d'Ammon), et enfin l'ectropion.

Traitement, — Au début et lorsque les granulations sont peu volumineuses, on pourra se contenter d'appliquer matin et soir, entre les paupières, gros comme un grain de blé de pommade au précipité rouge ou au précipité blanc. Lorsqu'il existe de l'inflammation, on aura recours aux antiphlogistiques. Quand elles présentent un volume considérable, on pratiquera l'excision ou la scarification. Mais le traitement qui est le plus souvent conseillé contre cette maladie est la cautérisation, soit avec l'azotate d'argent, le sulfate de cuivre, l'azotate d'argent et de potasse, le nitrate acide de mercure, le tannin (Hairion), l'acétate de plomb porté sur les granulations à l'aide d'un pinceau de blaireau (Buy s). Le sulfate de cuivre est le caustique le plus souvent employé, mais il est quelquefois insuffisant; on a alors recours au crayon de nitrate d'argent et de potasse, et au besoin, au nitrate d'argent pur.

§ 5. — Conjonctivite miasmatique.^ MUte,

Cette maladie, que l'on observe principalement chez les égoutiers, les vidangeurs, est causée par l'action des gaz délétères sur la conjonctive. Les ouvriers eux-mêmes distinguent dans cette maladie trois périodes : 1" larmoiement {mitte humide) ; 2'* sécrétion muco-purulente, mitte grasse ; 3° sécrétion muqueuse et développement de granulations, mitte indolente. A cette période les malades éprouvent de la céphalalgie ; ils la désigneni sous le nom de fronton.

it6 fànwMn cniiouicui.

U réioluUon tsi la tenninai&A U plui fréfoeatada oatte affeetioo; dè| que let eavriers ont cessé de s'exposer aux eauiei qui U prodois«Di, des soins de propreté sont seuls nécesiairea ; quand il se dévakppe des granulations, celles-ci seront traitées ainsi qu'il a été dit plus baut.

Page 1