Infcclion pulridc
Nous rapprochons de la diathèse purulente ou infection purulente une aiTection qui a été longtemps confondue avec elle, et qui cependant en diffère sous tons les rapports : nous voulons parler de Vinfection ou inloaication putride.
Cette affection se rencontre comme complication des abcès froids ou pblegmoneux dans lesquels le pus, soit par le contact de l'air, soit par toute autre cause, prend une odeur putride. Lorsque les vastes collections purulentes sont encore à Tabri du contact de l'air, le pus n'est pas vicié, le malade n'a point de fièvre; mais si le foyer vient à être ouvert, si Técoulement du pus se fait d'une manière incomplète, si l'air circule facilement dans le foyer, on observe une décomposition putride du pus; celui- ci renferme de l'ammoniaque, de l'acide sulfhydrique, de l'hydrosulfale d'ammoniaque et d'autres éléments qui jusqu'à présent ont échappé à l'analyse. Ces produits solubles et qui
tiO PATHOLOGIE CHIRURGIGALE.
exhalent une odeur infecte sont absorbés et agissent sur réconomic à l'exemple de véritables poisons. Les inônies accidents so présentent lorsque le pus séjourne dans des foyers anfractueux et ne peut s'écouler au dehors. Cet état détermine Taffaiblissement progressif des malades, la lièvre hectique, le dcvoiement coUiquatif, mais jamais d'abcès dans les organes. On voit donc que cette maladie diffère essentiellement, par sou origine et ses symptômes, de la diathèse purulente.
Mais si l'on tient compte de la marché et de la terminaison de la maladie, on voit qu'il existe des différences encore plus saillantes. Ainsi, une fois qiie le malade est pris par la diathèse purulente, rien ne peut arrêter la marche de la maladie ; elle suit fatalement toutes ses phases jusqu'à la mort. Dans l'infection putride au contraire, si Ton peut faciliter l'écoulement du pus ou ^ en modifier l'état, soit par un traitement convenable, soit en amputant la partie qui est le point de départ de ces accidents, ceux-ci s'arrêtent; des sueurs abondantes et des évacuations alvines, à odeur caractéristique, dé|)arrassent l'économie des miasmes causes des désordres , et la maladie marche vers la guérison, à moins qu'un autre accident ne vienne y mettre obstacle.
Si l'on ne peut prévoir l'invasion purulente, il est toujours possible de prédire quelle sera la marche de l'infection putride ; et si, dans le premier cas, il est impossible de prévenir la maladie, dans le second, il sera le plus souvent facile d'empêcher le développement des accidents.
Traitement. — Le traitement préventif de l'infection putride consiste : 1" à empêcher l'entrée de l'air dans le foyer purulent, et l'on y arrive par des incisions extrêmement étroites, par les ponctions sous^ cutanées, par des ponctions avec une canule munie de la baudruche de M. Reybard; 2° à empêcher le pus de séjourner dans le foyer; les canules de gomme élastique qui conduisent le pus au dehors ; la position, qui puisse permettre de placer dans le point le plus déclive l'ouverture du foyer ; enfin la contre-ouverture ; 3° à prévenir par une médication convenable la décomposition putride du pus. Les injections chlorurées , celles de vin de quinquina peuvent être employées ; mais aucune ne peut être comparée à la teinture d'iode, qui est, et avec raison, toujours préférée dans ces circonstances ; et, nous n'hésitons pas à le dire, c'est à l'innocuité de ce médicament sur l'économie et à sa propriété antiputride par excellence que l'on doit ces beaux exemples de guérison de kystes ovariqucs, d'abcès par congestion, de vastes abcès froids, etc.
Si l'infection putride s'est déjà manifestée, il y a possibilité de sauver le malade. La première indication qui se présente est de modifier l'état de putridité du pus : c'est encore à la teinture d'iode qu'on aura recours, et bien rarement elle ne donnera pas le résultat que l'on doit en attendre. En même temps on cherchera à relever les forces du malade par les amers, les toniques, tels que l'extrait de quinquina, des viandes rOties, du vin généreux.
PATHOLOGIE DES CICATaiCES. 61
Nous ne faisons que mentionner ici, et pour la combattre, la doctrine de Lisfranc sur la décomposition putride des vastes foyers purulents. 11 pensait que, dans ces cas, il y avait inflammation de la membrane pyogénique, et il appliquait un grand nombre de sangsues sur le foyer purulent.
EnOn il est quelquefois utile de sacrifier un membre qui, par la lésion dont il est atteint, a déterminé le croupissement du pus et l'intoxication putride. Cette qtiestion ne doit pas être discutée ici, elle appartient à l'histoire des diverses lésions qui peuvent nécessiter des amputations, car, ainsi que nous l'avons déjà dit, il est toujours ou presque toujours possible avec la teinture d'iode de modifier d'une manière avantageuse l'état du pus et du foyer purulent.
Pathologie des cicatrices*
Avant de quitter l'histoire des diverses espèces de plaies , nous croyons devoir dire un mot de la pathologie des cicatrices.
1"* Cicatrices difformes, — Nous entendons par cicatrices difformes celles qui présentent une coloration ou une disposition anormales .: les premières qui sont marquetées de petits points noirs ou bleuâtres, produits par l'incrustation de grains de poudre à canon, celles qui sont colorées en noir par du taffetas d'Angleterre qui a servi au pansement de la plaie. Ces difformités ne présentent pas une grande importance. Les grains de poudre peuvent être enlevés un à un, et l'on peut préi'enir les secondes en évitant de faire le pansement avec un emplâtre coloré. Les secondes sont enfoncées ou saillantes. L'enfoncement des cicatrices est rarement un inconvénient ; il n'en est plus de même lorsqu'elles sont exubérantes, elles causent alors de la gêne, et il est quelquefois nécessaire d'enlever avec un bistouri conduit à plat toute la partie saillante, et de surveiller avec soin le tra^-ail de cicatrisation, afin que la maladie ne se reproduise pas.
Mais, dans des circonstances plus graves, les cicatrices vicieuses déterminent de véritables difformités qui apportent des obstacles sérieux aux fonctions des organes. Rappellerons-nous l'occlusion des fosses nasales, du conduit auditif, les ectropions, etc.?... Ces accidents, auxquels il est quelquefois difficile de remédier, tiennent ou à des pansements mal faits ou à la force de rétraction des cicatrices. Nous reviendrons, dans les chapitres spéciaux, sur le traitement applicable à ces difformités.
D'autres fois ce sont les membres qui sont déviés de leur direction normale, qui ont perdu toute espèce de mouvement par suite de l'obstacle apporté par la cicatrisation vicieuse. On a pu voir longtemps à l'hôpital des Cliniques un jeune homme opéré par M. le professeur Nélaton, dont le bras tout entier était accolé au thorax par une cicatrice vicieuse, suite d'une large brûlure. Ces exemples sont très fréquents et nécessitent des opérations graves que l'on aurait le plus
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souvent \m éviter par des pansements faits d'une manière convenable.
Nous avons déjà indiqué les précautions à prendfo pour éviter ces difformités ; nous n*? reviendrons pas. Quant au traitement qui convient à CCS diverses déformations, il varie avec retendue de la déformation, la région qu'elle occupe, etc.
Quoi qu'il en soit, les indications à remplir sont de pratiquer des incisions en divers sens, afin d'élargir la cicatrice et de pouvoir rendre à la partie déviée sa direction normale, et de maintenir à l'aide de bandages ou d'appareils mécaniques convenablement disposés les parties dans la position qu'elles doivent conserver. Ces bandages et ces appareils devront être conservés pendant longtemps, car il ne faut pas oublier que les tissus cicatriciels tendent à se rétracter, et que ce n'est qu'au bout d'un temps souvent très long qu'ils ont perdu cetle propriété, contre laquelle il faut toujours se tenir en garde.
2 ' Maladies des cicalrices, — Une fois formées, les cicatrices peuvent devenir le siège de maladies plus ou moins graves.
Nous ne ferons que mentionner cette douleur qui se manifeste sous rinfluence des changements de saison *, il en est une autre que l'on a attribuée, à tort ou à raison, à l'emprisonnement d'un filet nerveux dans le tissu inodulaire. Cette douleur, qui quelquefois est excessive, nécessite l'ablation du tissu de cicatrice. Dans quelques cas, Larrey a cru devoir appliquer le fer rouge.
Lorsque la cicatrice est très mince et qu'elle repose sur un os, elle est susceptible de se déchirer, de s'enflammer ; elle devra être protégée contre les agents extérieurs, et l'ulcération sera traitée comme un ulcère simple.
Enfin les cicatrices sont susceptibles de dégénérescences : tantôt elles deviennent le siège de tumeurs cancéreuses, de tumeurs calcaires, cornées, etc. HaWkins a mentionné et décrit une affection qu'il désigne sous le nom de tumeur verruqueuse des cicatrices. La cicatrice devient le siège d'une petite tumeur verruqueuse sèche, couverte d'un épiderme fort mince, qui reste longtemps stationnaire, et qui, avec le temps, s'ulcère, s'étend en surface; cette ulcération, qui ne détermine pas d'engorgement ganglionnaire, que l'on n'a pas vue récidiver jusqu'à présent, nous parait néanmoins appartenir à la classe des cancroïdes ou cancers épithéliaux.