AFFECTIONS DU GLOBE DE L'CEIL
Si le déplacement tendait à se reproduire, s'il existait ce que Ton a désigné sous le nom de luxation spontanée, M. Rognetta conseille de rétrécir la fente palpébrale en agissant vers l'angle externe, soit en rafhdchissant et en réunissant avec un point de suture les bords tarsiens, soit, ce qui vaudrait mieux encore, en excisant deux petits lambeaux de la conjonctive à l'angle externe, et en réunissant ensuite les surfaces saignantes pour en obtenir la réunion.
Jusqu'à ces dernières années, les auteurs décrivaient le cancer de l'oDil comme une tumeur formée par l'œil lui-même dégénéré et converti en fongus. Aujourd'hui cette maladie est étudiée avec plus de soin : on décrit à part le cancer de la conjonctive , celui de la rétine et de la totalité du globe de Vœil, etc. Le cancer de la totalité du globe de l'œil n^existe pas à la rigueur, en ce sens que la maladie a toiiû<)urs un point de départ sur une membrane interne ou externe ; l'œil entier n'est envahi que par les progrès du mal, quelle qu'en soit Forigine. Le cancer interne peut avoir son point de départ dans la choroïde, ou dans tout autre membrane ; c'est ordinairement une tumeur eocéphaloïde. On a vu plusieurs fois le mal émaner de la gaîne du nerf optique, de la substance pulpeuse de ce nerf, en deçà ou au delà de l'orbite. Le plus souvent, d'après Wardrop, il débute à l'endroit de la rétine qui répond au mamelon du nerf optique. Travers Ta vu naître de la choroïde, de la face interne de la sclérotique, de la membrane hyaloïde, du corps ciliaire et de l'iris.
L'encéphaloïde de la rétine est assez fréquent, surtout chez les enfents. M. Sichel a divisé cette maladie en trois périodes. Dans la premièret il y a intégrité de la sclérotique, de l'iris ; pas de douleur, mais affaiblissement ou perte de la vue : la partie de la rétine qui n'est pas encore envahie par le mal perçoit encore l'impression des images; peu à peu la pupille devient irrégulière, on aperçoit au fond de l'œil une tumeur à surface concave, occupant la position anatomique de la rétine; elle offre un reflet brillant, métallique, blanchâtre, et qui plus tard devient jaune oranger, pâle, sillonnée par les ramifications de l'artère centrale de la rétine ; elle est quelquefois divisée en lobules. Cette tache forme un point saillant qui , placé derrière le cristallin, peut en imposer pour une cataracte. Elle ne présente jamais de fluctuation ou d'oscillation, caractère qui la distingue de l'hydropisie sous-choroïdiennc.
Dans la deuxième période ^ la tumeur repousse le cristallin qui empiète sur la chambre antérieure; l'iris, décoloré, vient s'appliquer sur le cristallin ; la pupille est irrégulière ; bientôt une rougeur générale s'étend sur l'œil tout entier; des épanchements de sang surviennent en avant et en arrière de l'iris, et remplissent quelquefois la chambre antérieure. L'œil est plus volumineux; la sclérotique distendue devient bleuâtre dans quelques points; la conjonctive forme un
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bourrelet œdémateux. Les malades éprouvent des douleurs lancinantes très vives; la fièvre et le délire se manifestent.
Dans la troisième période, la coque se rompt tantôt par la cornée, tantôt par la sclérotique. Il s'échappe un liquide jaune rougeâtn, inodore d'abord, puis fétide ; la tumeur prend bientôt un volume considérable, des hémorrhagies surviennent, et le malade ne tarde pas t succomber dans le coma et les convulsions.
L'examen microscopiqiie des tumeurs décrites sous le nom de eo»cer de la rétine a démonti-é que l'affection que nous venons d'examiner n'était pas de nature cancéreuse ; M. Gh. Robin a fait voirqoe la tumeur ne renfermait aucun des éléments hétéromorphes du cancer, ni cellules, ni noyaux cancéreux ? Elle est constituée par lliy pergénèse des myélocytes, c'est-à-dire de certains éléments anatomiques de la substance grise du système nerveux encéphalo-rachidien, éléments qui normalement abondent dans la seconde couche, ou couche des noyaux de la rétine. Par suite de l'hypergénèse des myélocytes, les autres éléments rétiniens sont déplacés, les tubes nerveux disparaissent en totalité ou en partie fl).
M. Ch. Robin a-t-il découvert là une nouvelle maladie de la rétine, qui existerait indépendamment de la dégénérescence encépbaloïde?at-il mieux déterminé les éléments anatomiques de cette affection, en même temps si grave et si singulière dans sa marche? M. Sichel qui, dans son immense pratique a observé un grand nombre de cas d'cncéphaloïde de la rétine, n'avait pas encore rencontré cette espèce d'altération pathologique, et sans répondre à l'une ou à l'autre des questions que nous venons de poser, il dit qu'il n'y a aucun moyen de distinguer sur le vivant l'encéphaloïde de la rétine, de l'hypertrophie des myélocytes, qu'il est à craindre que dans la marche ultérieure de la maladie ces deux affections ne puissent se distinguer, et que, dans tous les cas, les indications thérapeutiques sont les mêmes, c'est-à-dire dans la première période, tâcher d'obtenir l'atrophie du globe de l'œil par les antiphlogistiques, les antiplastiques, etc., et de recourir sans retard à l'extirpation du globe oculaire dès que la maladie menace d'entrer dans sa seconde période (2).
Boycr nous a laissé une description du cancer squirrheux de l'œil, qui est très exacte sous le point de vue des phénomènes les plus apparents.
Le cancer de l'œil commence sous la forme d'une ophthalmie chronique, peu intense dans son principe, mais dont les symptômes tendent continuellement à devenir plus graves. Le volume de l'œil augmente, sa surface devient inégale et bosselée; la conjonctive est rouge terne et livide; les veines sont gonflées et noueuses ; la cornée pcnl sa transparence, la vue s'obscurcit ; les membranes de l'œil s'ulcèrent et il découle une sanie fétide; des fongosités se développent; lespau-
(1) Dictionnaire de Nysten, iO« édil., 1855, p. 838.
(2) Leçons sur Vencéphaloïie de la rétine, par M. Sichel, ArcUvt$ d'opMhtlmologie, t. III, p. 198.
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pières contractent des adhérences avec le globe de l'œil, et ne peuvent plus remplir leur fonction ; les douleurs sont excessives ; des hémorrhagies fréquentes se joignent aux autres symptômes ; les paupières s'enflamment et deviennentelles-mêmes squirrheuses ; le cancer s'étend des paupières aux parties voisines , les os qui forment l'orbite fmissent par être envahis ; enfin la fièvre hectique amène par degrés la consomption et la mort.
Lorsque la tumeur a pris naissance entre les lames de la sclérotique, elle proémine de bonne heure au dehors, l'œil est atnaurotique et bosselé dès le principe.
Le traitement consiste dans Texlirpation de tous les tissus malades. Malheureusement cela ne met pas à l'abri de la récidive, et celle-ci est presque toujours promptement mortelle.
L'œil est assez souvent le siège de tumeurs mélaniques simples ou cojnbinées avec le cancer ; il nous sufiit de signaler cette affection dont on connaît la marche envahissante, et qui, comme le cancer, doit être extirpée. Dans quelques cas, il a paru suffisant d'exciser la portion de tumeur qui faisait saillie en avant ; mais, après cette extirpation partielle, la cicatrisation de la cornée ou de la sclérotique ne pouvait être obtenue.