‹ Manuel de pathologie et de clinique chirurgicales v.2, 1958Chapitre 2 sur 188 · ABCÈS FROIDS · texte numérisé non relu

ABCÈS FROIDS

M. 6erdy a décrit, sous le nom à* abcès circonvoUins ou de voisinage^ les abcès développés au voisinage et par le fait du voisinage d'une partie enflammée. Ces abcès se rencontrent quelquefois très près de l'organe enflammé, mais n'en découlent pas : c'est ainsi qu'on les voit se montrer dans le tissu cellulaire sous-cutané. à la suite d'un érysipèle, dans le tissu cellulaire sous-muqueux à la suite d'une pharyngite, aux joues à la suite d'une carie dentaire, dans la prostate à la suite d'une affection calculeuse, etc.

La gravité de ces abcès n'est point en rapport avec l'intensité de la maladie qui leur a donné naissance. Une fois formés, ils sont tellement indépendants de l'inflammation qui lésa causés qu'ils persistent après qu'elle est guérie et qu'ils peuvent causer les accidents les plus graves. - Bans un cas rapporté par M. Gerdy (1), un homme de cinquante et un ans, opéré d'une hydcocèle, succomba à un abcès phlegmoneux étendu de la racine des bourses à la région lombaire. L'autopsie a démontré que l'hydrocèle était guérie par l'adhésion des parois de la tunique vaginale; le pus n'avait donc point envahi la séreuse lesticulaire, et la partie la plus déclive du foyer purulent se trouvait à une grande distance de la piqûre qu'avait nécessitée l'opération.

Nous ne nous arrêterons pas davantage sur ces abcès dont la symptomatologie, la marche et le traitement sont les mêmes que les abcès phlegmoneux que nous avons étudiés plus haut.

B. Abcès froids.

Les abcès froids sont ceux qui se sont développés lentement sans avoir été précédés d'un travail inflammatoire bien manifeste.

Afiatomie pathologique, — Le pus des abcès froids n'est pas homogène, bien lié comme celui des abcès phlegmoneux ; il se compose d'un liquide Visqueux, demi-transparent, au milieu duquel nagent des grumeaux blancs caséeux. La membrane pyogénique est bien mieux organisée que celle des abcès phlegmoneux ; elle est plus épaisse, ressemble davantage à une membrane muqueuse. Les abcès froids peuvent rester en contact avec les parties environnantes sans les altérer.

Symplômes. — Les abcès froids ne sont précédés d'aucun travail inflammatoire apparent. Quelquefois il survient seulement un peu d'engorgement dans le tissu cellulaire, et, sans que le malade ressente la moindre douleur, la tumeur devient molle, fluctuante. Une fois l'abcès développé, il augmente le plus souvent de dimension sans qu'il y ait de douleur. Il peut acquérir de cette manière jusqu'au volume de la tête d'un fœtus ; la peau qui le recouvre s'amincit, devient luisante, violacée, et il survient un peu d'inflammation ; la peau se perce, et le pus coule à l'extérieur. Quelquefois les bords de la solution

(1) Chirurgie pratique, t II, p. 193.

de continuité se recollent pour s'ouvrir plus tard et donner passage à une nouvelle quantité de pus qui est rapidement sécrétée par la membrane pyogénique ; mais le plus souvent la peau s'ulcère , devient fistuleuse, donne toujours passage au pus, car le foyer purulent n'a aucune tendance à se cicatriser. Quelquefois l'abcès, après avoir acquis* un volume assez considérable, diminue tout à coup, et disparaît sans laisser aucune trace. Lorsque cette terminaison s'observe après l'amincissement de la peau, il existe au centre du foyer une dépression analogue à une cicatrice.

Le pronostic des abcès froids n'est pas grave par lui-même ; mais il ne faut pas oublier qu'ils se développent souvent chez les individus de mauvaise constitution, et que ce n'est pas l'abcès qui présente de la gravité, mais bien l'altération qui en a été la cause.

TraitemenL — Dans le traitement des abcès froids, deux indications se présentent : 1" favoriser la résorption du foyer; 2° faire évacuer le pus. Il est très difficile d'obtenir la disparition du foyer; la nature agit beaucoup mieux dans ce cas que les remèdes que l'on peut employer. Quoi qu'il en soit, on pourrait essayer de guérir le malade en appliquant des vésicatoires sur la tumeur ; mais il faudrait bientôt cesser l'emploi de ce moyen si on la voyait augmenter ; alors on songerait seulement à ouvrir une issue au pus.

Les moyens proposés pour évacuer le pus des abcès froids sont :

1" Ponction. La ponction doit être faite avec un trocart ou avec un' bistouri à lame étroite ; elle doit être très oblique, afin d'empêcher l'entrée de l'air dans la cavité du foyef . On peut la pratiquer d'après la méthode de Boyer : il enfonçait obliquement un bistouri à travers les parois de la tumeur, après avoir tiré ces mêmes parois vers la partie inférieure, et, lorsque le foyer était vide, il abandonnait les téguments à eux-mêmes, et ceux-ci, revenant à leur place, fermaient complètement l'ouverture faite aux parois du kyste et empêchaient l'action de l'air d'exercer une influence funeste sur la maladie. M. Jules Guérin conseille de faire la ponction par la méthode sous-cutanée ; il se sert d'aune espèce de trocart plat dont la canule est munie d'un robinet : il fait à la p^tie inférieure de l'abcès un pli à travers lequel il enfonce obliquement son instrument; il retire la lame, et, en exerçant de légères pressions sur la tumeur, il fait sortir le pus. Lorsque la tumeur est vide, il ferme le robinet, lâche le pli fait aux téguments, et relire doucement la canule. Par ce procédé, comme dans le précédent, l'air ne peut pénétrer dans la cavité du foyer.

Il ne faut pas croire que cette ponction soit suffisante pour guérir la maladie ; on ne tarde pas au contraire à voir le foyer rempli de pus, et Ton est obligé de faire bientôt une seconde ponction. Lorsque l'abcès est assez vaste, il vaut mieux pratiquer la seconde ponction avant que celui-ci ait repris son volume primitif; par ce moyen, on peut espérer obtenir plus facilement, sinon la guérison du malade, du moins la diminution de la capacité du kyste.

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