ACTION DU FROID SCR L'ÉCONOMIE
flement du tissu cellulaire sous-cufané. Les douleurs sont peu intenses ; cependant, lorsque la partie malade est exposée à la chaleur, il existe une démangeaison insupportable. Cet état, désigné sous le nom d'engelure, peut rester stalionnaire pendant toute la saison d'hiver et disparait avec le retour d*une douce température.
Dans le second degré, la partie malade prend une teinte d'un violet foncé, la tuméfaction augmente, l'épiderme se fendille ; il se forme des gerçures, des crevasses ; d*autres fois une sécrétion séro-punilente soulève l'épiderme. Cette couche se rompt, et l'on voit le derme légèrement ulcéré, engelures entamées. Cet ulcère est tr^ superficiel, laisse écouler de la sérosité sanguinolente, a peu de tendance à se cicatriser, et donne souvent lieu à de la douleur et à des démangeaisons insupportables.
Dans le troisième degré, la peau prend une coloration violacée, quelquefois reste pâle et décolorée; elle perd sa sensibilité, elle devient dure. Cet état persiste pendant tout le temps où elle reste exposée au froid; mais dès que la température s'élève, elle se ramollit, devient livide, noirâtre, et l'on voit se manifester tous les phénomènes de réaction qui appartiennent à la gangrène. D'autres fois, la réaction n'est pas aussi intense, et les tissus reviennent peu à peu à leur état normal. Ce dernier phénomène établit une différence capitale entre la brûlure et la congélation ; car, dans la première, l'action du calorique a détruit à tout jamais la vitalité dans la partie, tandis que, dans la seconde, la vie n'est pas toujours détruite, elle est seulement suspendue.
Étiologie. — L'action du froid sur l'économie est d'autant plus intense que la transition d'une température à une autre est plus brusque ; c'est ainsi que, dans- les régions polaires, les individus peuvent supporter un froid très vif sans en souffrir autant que d'autres, exposés, dans une région tempérée, à un froid moins considérable.
Les parties les plus éloignées du centre de la circulation sont celles qui sont le plus susceptibles d'être frappées de mort. Celles qui, en raison de leur volume, présentent au refroidissement une très large surface sont gelées assez rapidement ; le nez, les oreilles sont dans ce cas.
Les engelures se rencontrent surtout chez les individus qui ont la mauvaise habitude de réchauffer au foyer les parties engourdies parle froid ; on les rencontre aux orteils, au talon , puis aux mains ; on les observe chez les enfants et à l'âge de la puberté ; elles sont plus rares chez les adultes et les vieillards ; enfin elles paraissent se développer de préférence chez les sujets lymphatiques.
Diagnostic. — Les engelures ne peuvent être confondues avec au cune autre maladie, et nous n'aurions pas fait de paragraphe dtagnostic si nous n'avions été récemment témoin d'une erreur fort singulière. Appelé auprès d'une jeune fille à tempérament lymphatique, pour un phlegmon diffus du pied, avec, disait-on, fluctuation et abcès dans deux points différents , un examen attentif nous fit recon-
82 PATHOLOGIE CHIBURGIGALE.
naitre qu'il s'ag^issait uniquement d'engelures très étendues et qui avaient provoqué une inflammation très vive.
Traitement. — Que de pommades et d'onguents, que d'eaux diverses n'ont pas été conseillés contre les engelures ! Un moyen qui nous a donné quelque succès est le suivant : nous avons conseillé aux personnes affectées d'engelures de se laver les mains avec un mélange do farine de moutarde et de pâte d'amande; on pourrait peut-être ajouter à ce mélange une faible quantité de borax. Les engelures ulcérées seront pansées avec du cérat ou un Uniment opiacé ; on évitera avec soin les corpâ irritants.
Il faut bien se garder de réchauffer brusquement une partie gelée, car on serait toujours exposé à la voir tomber en gangrène ; on doit, au contraire, la plonger dans de l'eau aussi froide que possible ; les bains de neige, que l'on renouvelle au fur et à mesure qu'elle fond, sont les meilleurs remèdes à apporter à la congélation. Peu à peu, sous l'influence de cette médication , la peau devient molle, rouge, sensible, elle reprend sa chaleur ; c'est alors que des frictions avec des flanelles chaudes, des fomentations spiritueuses et alcooliques peuvent être employées avec succès.
Lorsque la vitalité d'une partie est tout à fait anéantie, et qu'il a été impossible de la rappeler par le procédé qui vient d'être indiqué, il faut attendre que la gangrène soit limitée et faire l'amputation.
Souvent le froid réagit sur l'économie tout entière, les malades éprouvent alors un engourdissement général, un affaiblissement de la vue, une pâleur générale, une sorte d'idiotisme, de la difficulté a parler; les mouvements deviennent très difliciles, la circulation se ralentit, un sommeil accablant pèse sur les malades, et malheur à eux s'ils y succombent : ils s'endorment pour ne plus se réveiller.
Ces phénomènes s'observent chez les individus exposés à un froid très intense; les fatigues, une nourriture insuffisante, Taffaiblissement moral sont autant de causes qui prédisposent à ces accidents. C'est, suivant Larrey, à ces causes réunies qu'il faut attribuer les pertes considérables éprouvées par l'armée française lors de la retraite de Russie.