‹ Manuel de pathologie et de clinique chirurgicales v.2, 1958Chapitre 23 sur 188 · ULCÈRES · texte numérisé non relu

ULCÈRES

On appelle ulcère une solution de continuité avec perte de substance, tendant à se perpétuer ou par un travail de désorganisation progressif, ou faute d'un travail réparateur.

Il est en général facile de distinguer les plaies des ulcères; car, à moins que des pansements mal faits n'empêchent la cicatrisation, les plaies tendent toujours à guérir; les ulcères, au contraire, font toujours des progrès ou restent stationnaires.

Parmi les ulcères , les uns sont produits par les progrès mêmes do

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l'aflTection qui les entretient; tels sont les ulcères cancéreux^ syphilitiques, scorbutiques, scrofuleux. Il est évident que dans ces diverses circonstances les ulcères ne constituent pas une maladie à part; ils ne sont que le résultat d'une affection particulière , et ne guériront qu*avec la maladie qui leur a donné naissance. Nous ne nous occuperons pas de ces diverses espèces d'ulcères. M. le professeur Rigaud (I) les désigne sous le nom d'ulcères spécifiques.

D'autres ne sont que les symptômes d'une maladie, tels sont ceux qui sont produits et entretenus par la carie, la nécrose, et par des corps étrangers. Cette espèce ne nous occupera pas plus que les précédentes.

Nous ne parlerons que de ceux qui sont entretenus par une cause, locale ou générale , qui résultent d'un travail organique local d'ulcération , ou bien qui se développent sous l'influence d'une lésion traumatique qui ne peut guérir, la cicatrisation étant arrêtée par la même cause qui aurait produit les ulcères; tels sont les ulcères simples, variqueux, calleux. Une partie des ulcères scrofuleux peut encore rentrer dans cette classe ; car s'ils sont produits par le développement d'une tumeur kcrofuleuse, il arrive aussi que l'ulcération se développe sans qu'on puisse lui assigner d'autre cause que la diathèse scrofuleuse.

Il est enfin des ulcères qui reçoivent leur nom des complications toutes locales qui peuvent survenir pendant leur existence ; telles sont la gangrène, les fongosités. On a fait de ces espèces des ulcères fongueux, gangreneux. Sans leur consacrer un chapitre spécial , nous en parlerons en décrivant les lésions qui peuvent compliquer les ulcères.

§ l . — Ulcères simples ^

On appelle ulcères simples ceux qui ne sont ni symptomatiques ni diathésiques (2).

Ils siègent le plus souvent aux membres inférieurs , presque toujours à la jambe. Le côté gauche est plus souvent affecté que le droit.

Symptomatologie. -* On trouve sur la partie une solution de continuité dont l'étendue est très variable ; celle-ci n'est pas aussi considérable qu'on pourrait, de prime abord, le supposer. En effet, lorsque les parties qui l'entourent sont tuméfiées , les bords participant à l'inflammation s'écartent, sont attirés en dehors et font paraître la solution de continuité beaucoup plus étendue qu'elle ne l'est réellement ; mais aussitôt que le dégorgement a lieu, les bords s'affaissent, la perte de substance paraît beaucoup moins large : aussi, après quelques soins, le lendemain même d'un traitement méthodique, ne doit-on pas être étonné de trouver une grande amélioration.

Le fond de la solution de continuité est grisâtre , violacé dans différents points, présentant des mamelons épais plus ou moins mous,

(1) Thèse de concours pour ragrëgation en chirurgie. lu-i, 1839, p. 10. (i) Compeniium i^ cHInirgie pratique^ 1. 1, p. 5G1 .

S\ 1>ATH0L0G1Ë CUlRURGieALE.

saignant au moindre contact, devenant violets lorsque le malade est debout, mais qui reprennent une coloration plus vermeille après le séjour au lit. Entre ces mamelons, on trouve de petites cavités remplies d'une substance visqueuse ressemblant à une espèce de détritus formé de pus , de sanj^ , de matières organiques mélangées. Le fond parait très enfoncé, quoique réellement il se trouve à peu près au même niveau que les téguments : ce phénomène tient à Tépaisseur des bords de l'ulcère ; d'autres fois la surface est tout à fait au même niveau que les téguments , avec lesquels elle se continue au moyen d'une cicatrice mince qui se rompt au moindre mouvement.

Les ulcères sont , en général , peu douloureux ; ils sont même quelquefois complètement indolents. Mais sous l'influence du moindre excès ou d'une complication, les douleurs deviennent extrêmement vives.

Les malades peuvent ainsi conserver leur ulcère pendant de longues années sans qu'il en résulte aucune altération pour la santé. Mais l'ulcère ne reste pas pendant tout ce temps dans un état stationnaire. Tantôt il s'étend en largeur pour bientôt marcher vers k cicatrisation ; tantôt la cicatrice se détruit, soit spontanément, soit par suite de violences extérieures, et ces alternatives d'ulcération et de cicatrisation se succèdent ainsi sans qu'on puisse obtenir une guérison parfaite.

Les ulcères se compliquent d'inflammation, de gangrène, defongosité.

V Inflammation. — Cette complication est fréquente ; elle est due à la fatigue, à la malpropreté, aufrottement des vêtements, à des pansements mal faits , à l'application de topiques irritants, à des excès.

Lorsque l'inflammation complique un ulcère, on observe une douleur vive, la suppuration s'altère , la surface de l'ulcère et les bords se tuméfient, le fond se dessèche, devient d'un rouge brun ; l'inflammation s'étend aux parties voisines, qui peuvent même devenir le siège d'un véritable phlegmon.

2" Gangrène. — Plus rare que la précédente, cette compUcation est en général précédée d'une inflammation plus ou moins intense; elle se développe principalement chez les sujets aflaiblis. La suppuration prend une odeur d'une fétidité remarquable ; son fond devient d'un gris verdâtre et présente l'aspect d'une véritable eschare qui, au bout de quelque temps, se détache après avoir causé au malade des douleurs excessives ; d'autres fois la surface de l'ulcère se couvre de cette matière pulpeuse dont nous avons parlé en décrivant la pourriture d'hôpital.

Les ulcères compliqués de gangrène sont encore désignés sous le nom d*ulcères gangreneux.

y Fongosilés. -^ Les bourgeons charnus qui recouvrent la surface des ulcères prennent quelquefois un développement considérable ; Us sont mous, pâles, saignent au moindre contact, souvent même spontanément; il s'écoule un liquide séro-purulent. L'emploi des émoUients pendant trop longtemps prédispose au développement de cette affection. Ils sont désignés sous le nom <yulcères fongueux.

11 arrive quelquefois que l'ulcère est compliqué de la présence d'un

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