‹ Manuel de pathologie et de clinique chirurgicales v.2, 1958Chapitre 24 sur 188 · ULCÈRES SIMPLES · texte numérisé non relu

ULCÈRES SIMPLES

grand nombre d'insectes: ulcères vermineux ; la malpropreté est la seule cause de cette complication.

Traitement. — Les ulcères simples peuvent ôtre traités : fpar le repos^ 2^* la situation. 3* les émollients et les antiphlogistiquesy 4" la compression^ 5" les excilanlSy 6" la cautérisation,

V Repos. — Le repos est une des conditions indispensables à la guérison des ulcères ; car ils ne se rencontrent guère qu'aux extrémités inférieures, et pour peu que le malade prenne d'exercice, le membre s'engorge et la cicatrisation est arrêtée ; du reste , employé seul , il ne peut amener la guérison.

2'* Situation, — Les membres doivent être placés de manière que le pied soit plus élevé que la racine du membre , afm que le sang veineux puisse facilement circuler par son propre poids. Mais cette dernière position est très gênante ; on ne la mettra en pratique que lorsque l'engorgement du membre sera très considérable; dans la plupart des cas, la position horizontale est suffisante.

3" EmolUents et anliphlogistiques, — Ces moyens doivent être mis en usage lorsque les bords de l'ulcère sont enflammés. Dans ces cas, on posera des sangsues tout autour, puis on appliquera des cataplasmes, des fomentations émoUientes. Ces derniers, avec le repos, suflisent le plus souvent pour dissiper l'inflammation. Dans quelques circonstances cependant, le traitement antiplilogistique et les émoUieiits ont produit de bons résultats en changeant la nature du mal. Mais , en général, ces moyens ne doivent être mis en pratique que pendant un temps assez court, car ils unissent par amener dans les tissus un état de mollesse et d'atonie qui est peu favorable à la cicatrisation.

V Compression. — Employée seule , elle serait insuAisante pour la guérison ; réunie au repos et à la position horizontale, elle produirait de meilleurs effets , mais elle n'amènera la cicatrisation qu'au bout d'un temps fort long. Si au contraire elle est unie aux excitants, elle agit avec beaucoup plus d'énergie.

5* Eaxitants. — Seuls, ou réunis avec la situation et le repos, les excitants n'ont pas produit de résultats bien merveilleux ; la cicatrisation se fait longtemps attendre. Ces topiques ont la propriété d'aviver la surface de l'ulcère sans cependant rendre la cicatrisation plus rapide ; la poudre de quinquina et les poudres aromatiques sont celles qui paraissent agir avec le plus d'énergie ; l'eau chlorurée viendrait ensuite.

6" Compression réunie aux excitants, — Le meilleur remède à

I ' opposer aux ulcères consiste sans contredit dans l'application de ban-

I delettes de sparadrap sur l'ulcère (1).

5 (1) Ce mode de traitement, imaginé par Baynton, fut importé en France par Ruox , qui , en le faisant connaître, a rendu un véritable service à l'humanité. {Belation d'un voyage à Umdret, 1814, p. 148.)

g6 PATHOLOGIE CHIADRG1CALE.

Les bandelettes exercent sur la surface de Tulcère une compression permanente, qui favorise la résolution des parties en^^rgées. Les bords latéraux sont rapprochés, enfin la matière dont est composé Templâtre excite légèrement la surface de Tulcèrc et rend, par conséquent, la cicatrisation plus facile.

VCautérisalion. — Le cautère actuel, les divers caustiques solides ou liquides peuvent être employés pour le traitement des ulcères. Mais le caustique auquel on doit donner la préférence est Tazotate d'argent. II sert à réprimer, à aviver les bords et à en faciliter la cicatrisation. Si la surface de l'ulcère ne présentait pas de bourgeons charnus considérables , la cautérisation serait inutile à la partie moyenne ; si, au contraire, ils étaient assez volumineux pour qu'elle ne fût pas suffisante, on les exciserait avec des ciseaux courbes tenus sur le plat.

Remarques sur les diverses espèces de pansements préconisés contre les ulcères, — De tous les moyens que nous venons d'examiner, un seul, la compression réunie aux excitants, peut suffire pour guérir un ulcère ; mais la guérison se fera d'autant moins attendre que ces divers procédés auront été associés.-

C'est ainsi qu'au moyen du repos, de la situation et des bandelettes, on pourra obtenir assez rapidement la guérison d'ulcères très rebelles. Mais, je le répète, le repos et la situation ne sont pas indispensables; car avec des bandelettes, les malades peuvent vaquer à leurs occupations et guérir, et les guérisons seraient beaucoup plus nombreuses si les malades prenaient la précaution de s'entoyrer de soins de propreté et d'éviter les causes de l'ulcère.

§ 2. — Ulcères variqueux.

Les ulcères variqueux sont ceux qui sont entretenus par des varices.

On les rencontre très souvent chez des gens qui restent habituelle* ment debout.

Cette espèce d'ulcère se développe quelquefois à la suite d'une plaie ou d'une contusion, car la présence de varices sur les extrémités inférieures rend la cicatrisation des plaies beaucoup plus difficile.

D'autres fois, l'ulcère débute par une affection des parois de la veine ; les veines, distendues par le sang qui s'y accumule, sont remplies par des caillots qui, faisant Toffice d'un corps étranger, ne tardent pas à enflammer les parois du vaisseau, le tissu cellulaire environnant, la peau elle-même. Toutes ces parties sont bientôt détruites par un travail de désorganisation , la veine s'ouvre et il survient une hémorrhagie plus ou moins considérable, qui en général s'arrête d'ellemême, et n'affaiblit pas le malade; car, comme l'a dit J.-L. Petit, « le sang qui s'écoule n'est pas, pour ainsi dire, tiré de la masse ; M il était renfermé dans des veines variqueuses, hors des voies de la » circulation, et absolument inutile aux fonctions actuelles (l)* »

(1) J.-L. Petit, loc. cit., p. 526.

ULCÈRES SGROFULEUX. 87

TraUemenU — Il serait nécewaire, pour guérir radicalement les ulcères variqueux, de guérir radicalement les varices. Cependant, au moyen d*une compression longtemps soutenue et de soins hygiéniquen convenables, on peut espérer la guérison des ulcères variqueux.

L'ulcère sera pansé avec des bandelettes de diachylon. S'il était pou étendu, et si ses bords n'étaient pas trop saillants, un peu de charpie sèche et imbibée de vin aromatique suffirait pour amener la guérison. Mais il faudrait ajouter ces moyens thérapeutiques à la compression de tout le membre au moyen d'un bandage roulé, ou mieux d'un bas lacé bien confectionné. A l'aide de ces moyens, la guérison de l'ulcèro variqueux se fait rarement attendre longtemps. Mais après la guérison de son ulcère, le malade devra conserver son bas lacé, afln de rendre plus facile la circulation du sang veineux et de prévenir, soit la déchirure de la cicatrice, soit la formation d'un nouvel ulcère.

§ 3. — Ulcères calleux, *

Les ulcères caWeuo? sont-ils, ainsi que ledit Boyer, causés par l'inflammation consécutive de l'Ulcère, inflammation dont la résolution ne se fait pas d'une manière complète ?

Mais des individus exposés à l'intempérie des saisons, qui chaque jour commettent des écarts de régime, ont des ulcères qui ne deviennent P9S calleux. Si, dans quelques circonstances, l'inflammation a produit ces callosités, la plupart du temps il faut chercher d'autres causes.

Les ulcères calleux présentent un aspect particulier. La perte de substance paraît être faite comme par un emporte-pièce. Les bords sont taillés à pic, irréguliers, très durs, ainsi que le fond, qui présente la consistance et l'aspect du squirrhe, et ne donne, au lieu de pus, qu'une assez grande quantité d'un liquide blanc jaunâtre, d'une odeur infecte. La peau aux environs de l'ulcère participe à cette dureté. Ils sont peu douloureux, à moins d'accidents particuliers.

Les callosités étant attribuées à l'inflammation, on a essayé de les guérir par le traitement antiphlogistiquc, par les émollients et le repos. Le meilleur traitement à opposer à cette maladie est l'emploi de la charpie sèche ou imbibée d'un peu d'eau légèrement chlorurée, et maintenue à l'aide d'une légère compression. Souvent les callosités n'apportent pas d'obstacle à la cicatrisation.

§ 4. — Ulcères scrofuleux.

Nous décrivons dans ce paragraphe, non pas les ulcères qui surviennent après la fonte purulente des tumeurs scrofuleuses, mais bien ceux qui se rencontrent sans causes appréciables chez des sujets présentant tous les signes de la diathèse scrofuleuse.

Ces ulcères apparaissent siir toutes les parties du corps, mais principalement au cou, aulo^ir des ganglions lymphatiques et des articulalions.

Ils succèdent souvent à une inflammation chronique du tissu cellulaire ou des ganglions lymphatiques sous-cutanés ; ils sont souvent aussi précédés par la formation d*un foyer purulent.

Le fond de Tulcère est d'un rouge violet, couvert de bourgeons charnus, mous, aplatis, sécrétant, non pas du putf, mais une sérosité sanieuse quelquefois très abondante et mêlée à des débris floconneux. Les bords sont mous, souvent décollés dans une étendue considérable ; ils sont violacés, exempts de callosités et découpés très irrégulièrement.

Ces ulcères ont une marche essentiellement chronique ; leur guérison ne se fait qu'avec une lenteur extrême, et ils laissent après eux une cicatrice bleuâtre très difforme et d'une apparence toute particulière.

Le traitement général est celui qui doit surtout fixer l'attention du chirurgien ; les toniques, les amers, l'huile de foie de morue, les diverses préparations iodées, seront prescrits à l'intérieur. Les bains alcalins, iodurés, sulfureux, seront également recommandés.

Les plaies seront pansées avec de la charpie sèche ou imbibée d'eau chlorurée ; les bords seront excisés ; la cautérisation de la plaie avec la solution caustique d'iode peut, en modifiant la surface de l'ulcération, produire de bons résultats. Les emplâtres doivent être rejetés du traitement de cette afl'ection.

Page 1