‹ Manuel de pathologie et de clinique chirurgicales v.2, 1958Chapitre 29 sur 188 · AFFECTIONS DU TISSU CELLULAIRE · texte numérisé non relu

AFFECTIONS DU TISSU CELLULAIRE

Art. Z. — l>es lipomes.

On donne le nom de lipome à une tumeur formée par l'hypertrophie du tissu cellulo-adipeux.

Les lipomes se rencontrent sur tous les points du corps, et principalement dans les régions abondamment pourvues d'un tissu celluloadipeux abondant. Souvent uniques, quelquefois on en trouve plusieurs sur le même individu ; nous avons vu récemment à l'hôpital Beaujon, dans le service de M. Huguier, un homme qui était littéralement couvert de lipomes disposés symétriquement des deux côtés du corps. Les lipomes sont généralement demi-cylindriques, plus rarement pédicules ; leur volume est extrêmement variable, ils peuvent arriver à des dimensions énormes.

Analomie pathologique. — Les lipomes sont constitués par une enveloppe celluleuse lâchement unie aux parties environnantes, et qui envoie par sa face interne des prolongements qui constituent autant de cloisons incomplètes disposées irrégulièrement dans tous les sens, et qui divisent la tumeur en lobes et en lobules. Chacun de ces lobules a tous les caractères d'une cellule cell\ilo-adipeuse normale, mais

Lll^UMbS. -113

dont tous les éléuieiits sont hypertrophiés, l'ii peu plus de fermeté du tissu adipeux et du tissu cellulaire sont les seules altérations de texture que Ton puisse signaler.

SymptomcUologie, — Les lipomes sont complètement indolents, aussi les malades ne s'aperçoivent-ils de leur présence que quand le volume de la tumeur leur cause de la gêne. Dans certains cas ils restent stationnaires pendant longtemps, dans d'autres ils s'accroissent lentepient, mais d'une manière constante; dans d'autres enfin, ils se développent avec rapidité. Quoi qu'il en soit, la tumeur est souple, mobile , recouverte par les téguments qui n'offrent aucune espèce d'altération.

Les lipomes n'exercent aucune action fâcheuse sur l'économie, ;ls ne dégénèrent pas en cancer, et dans les cas où cette dégénérescence a été signalée, il est certain qu'il y a eu une erreur de diagnostic. La terminaison des lipomes par inflammation et par résolution a été signalée , mais elle est extrêmement rare.

Diagnostic, — Le diagnostic des lipomes est souvent enveloppé des plus grandes difficultés. A la vérité, une tumeur molle, mobile , non fluctuante, indolore, sans changement de couleur à la peau, peut avec raison être considérée comme un lipome ; mais si ces signaux ne sont pas bien tranchés, il peut y avoir erreur de diagnostic, et les annales de la science fourmillent de méprises de ce genre.

Les lipomes peuvent être pris pour des tumeurs érectiles et réciproquement, mais ces cas sont fort rares. Us peuvent être confondus avec les abcès froids : dans le doute, la ponction exploratrice indiquera la nature de la tumeur. L'erreur la plus fréquente est celle qui consiste à confondre le lipome avec une tumeur encéphaloïde. Cependant la tumeur encéphaloïde présente des bosselures et des dépressions qui manquent dans le lipome, elle est douloureuse et donne, lorsqu'elle est ramollie, une sensation de fluctuation qui diffère de la mollesse du lipome; mais ces signes, qui peuvent facilement faire reconnaître les tumeurs bien caractérisées, deviennent souvent insidieux. Le trocart explorateur , plongé dans la tumeur , ramènera quelques débris qui , examinés au microscope, pourront faire connaître la nature de la maladie.

Traitement, — On comprend que le seul moyen de faire disparaître les lipomes est l'extirpation. On a conseillé :

1° La cautérisation. Elle est douloureuse, agit avec lenteur, elle est tout au plus applicable aux tumeurs d'un très petit volume.

2** La ligature. Elle est applicable aux tumeurs pédiculces. On peut appliquer le fil conducteur directement sur les téguments , ou mieux sur la peau désorganisée à l'aide de la potasse caustique ou de la pâte devienne. Dans les cas de ce genre, il vaut mieux recourir à la section du |)édi€ule. «

3" U extirpation . Ce moyen est celui auquel on doit , dans presque tous les cas, donner la préférence. Après l'extirpation les téguments seront rapprochés et maintenus à l'aide de bandelettes agglutinatives. Quelquefois les lambeaux présentent trop d'étendue, mais la rétraction de la peau rend bientôt aux téguments leurs premières dimensions.

Art. n. — I^et tuberoales sous«outanés dooloureiu*

Nous décrivons sous ce nom les tumeurs décrites sous le nom de tubercules ou ganglions nerveux^ de tumeurs squirrheuses enkystées*

Anatomie pathologique. — Ces tumeurs sont souvent solitaires, très rarement multiples, elles siègent dans le tissu cellulaire sous-cutané et particulièrement dans les régions où la peau recouvre immédiatement les os ou les articulations ; elles sont d'un petit volume, rarement . elles dépassent celui d'une noisette. A l'extérieur elles sont lisses, blanches, très dures, élastiques. A l'intérieur, elles paraissent formées d'un tissu blanc jaunâtre, offrant toute la dureté du flbro-cartilage. Elles sont enveloppées par une membrane fibro-celluleuse très résistante qui leur forme comme une espèce de kyste qui ne contracte que des adhérences extrêmement faibles, soit avec la peau, soit avec les tissus environnants. Leurs rapports avec les nerfs les ont fait confondre avec les névromcs, mais eette disposition est un fait purement accidentel.

Véliologie de ces tumeurs est très obscure , on les attribue à des contusions ou à des piqûres.

Symplomatologie. — Cette affection se manifeste par une douleur vive, le malade éprouve bien avant que le toucher puisse faire reconnaître l'existence d'une tumeur, des élancements qui reviennent par intervalles et qui augmentent par la pression, les contusions et quelquefois, par de simples mouvements ; peu à peu cette douleur augmente et devient d'une acuité extrême , au point que chez certains individus elle a pu amener des convulsions et le dépérissement général.

Si l'on explore le point douloureux, on constate l'existence d'une petite tumeur mobile , sans changement de couleur des téguments.

Dans certains cas, ces tumeurs restent fort longtemps stationnaires, mais dans d'autres on voit la peau prendre une teinte violacée, la tumeur se ramollit et l'ulcération des téguments prend les caractères d'un ulcère cancéreux : l'engorgement des ganglions, la cachexie cancéreuse, sont souvent la terminaison de cette affection. Leur disparition spontanée a été observée, mais elle est excessivement rare.

Diagnostic, — Cette affection peut être confondue avec les névromes, mais il faut remarquer que ceux-ci ne se reocontrent que sur les

INFLAMMATION DES BOURSES SÉREUSES. if 5

trajets des nerfs, qu'ils produisent des douleurs vives , qui n'augmentent pas par la pression.

Traitement. — Cei tumeurs doiventêtre détruitespar les caustiques, ou mieux enlevées avec l'instrument tranchant. Lorsque la tumeur est ulcérée, convient-il d'en tenter l'extirpation ? Dupuytren la rejette d'une manière absolue ; nous pensons qu'il faut encore tenter la guérison par ce moyen, si l'engorgement ganglionnaire n'existe pas et si le sujet ne présente aucun autre signe de la diathèse cancéreuse.

Si le malade se refuse à toute espèce d'opération , on peut prévenir la douleur en recouvrant les téguments d'une plaque de caoutchouc percée à son centre d'une ouverture qui reçoit le ganglion. De cette manière, celui-ci ne se trouve exposé à aucune compression ni à aucun frottement.

Page 1