‹ Manuel de pathologie et de clinique chirurgicales v.2, 1958Chapitre 30 sur 188 · AFFECTIONS DES BOURSES SÉREUSES · texte numérisé non relu

AFFECTIONS DES BOURSES SÉREUSES

Art. Z, — Affections des bourses séreuses soui-ontMsëei et sous-museulaires.

§ I . — Inflammation.

L'inflammation des bourses séreuses reconnaît pour cause une contusion tantôt violente , tantôt légère, mais constante et prolongée comme le serait un frottement continuel ; elle peut, dans quelques cas, succéder à l'inflammation des tissus voisins, dans d'autres, à un vice goutteux ou rhumatismal, quelquefois elle se développe sans cause connue.

L'inflammation des bourses séreuses a pour eff'et d'augmenter la quantité de liquide contenue dans leur cavité, d'autres fois de dénaturer complètement ce liquide; de là, deux sortes d'épanchements : l'épanchôment séreux et l'épanchement purulent.

A. Épanchemenl séreux, hy'groma. — L'hygroma est, dans quelques cas, le résultat d'une inflammation de la bourse séreuse; dans d'autres, il se développe sans cause connue, et peut-être, comme on Ta prétendu, par un défaut d'équilibre entre l'exhalation et l'absorption.

Anatomie pathologique. — L'hygroma a été surtout observé dans la bourse séreuse de l'olécrane et dans celle qui est située au devant de la rotule. La tumeur est quelquefois d'un petit volume ; dans certaines circonstances, elle peut acquérir des dimensions très considérables, il n'est pas rare d'en observer de grosses comme une orange. Elle renferme un liquide jaune, fllant, quelquefois plus limpide, et présentant tous les caractères de la sérosité. Ce dernier liquide contient une certairc quantité d'albumine qui se précipite en flocon, et forme sur Içs

parois de la poche une espèce de fausse membrane , qui parait augmenter l'épaisseur réelle de la capsule. Quelquefois les parois ne présentent aucune trace d'altération ; d'autres fois, elles s'épaississent. Cette épaisseur peut, dans quelques cas, devenir très considérable.

Syinplomatologie, — L'hygroma aigu , c'est-à-dire celui qui se développe rapidement sous l'influence d'une violence extérieure, se présente sous la forme d'une tumeur arrondie, fluctuante. Quelquefois il s'accompagne de l'inflammation des téguments et du tissu cellulaire ; alors la chaleur de la peau est vive, la tumeur mal limitée, et l'on pourrait croire à l'existence d'un phlegmon difl*u8 si l'on ne faisait point attention à la fluctuation toujours perceptible sur le point le plus saillant de la tumeur.

Dans l'hygroma chronique, le diagnostic est généralement plus facile à cause de l'absence d'inflammation dans les tissus environnants. 11 est des cas où les parois du kyste sont tellement minces, que la tumeur est demi-transparente ; dans d'autres, au contraire, celles-ci sont tellement épaissies, que non-seulement la transparence ne peut être observée, mais qu'on ne peut même constater la fluctuation.

L'hygroma se termine souvent par résolution. Mais souvent aussi, il tend à rester stationnaire ; dans certains cas, on a mi la poche se rompre, mais la maladie ne disparaît point pour cela ; le plus souvent, l'ouverture se cicatrise et l'épanchement se reproduit.

Traitement, — Lorsque la maladie est à l'état aigu , on la combattra par les antiphlogistiqucs. Ce mode de traitement est surtout convena})le, lorsqu'il existe une inflammation du tissu cellulaire environnant. On conseillera le repos absolu , des applications émoUientes sur la tumeur ; lorsqu'il n'y aura plus d'inflammation, on fera des applications froides et astrini;> entes. Un des moyens le plus souvent employés est le chlorhydrate d'ammoniaque à la dose de 60 grammes pour un litre d'eau. La compression, les vésicatoires volants, les onctions mercurielles ou avec la pommade d'iodure de potassium, ont donné «luelques bons résultats, mais, nous devons le dire, tous ces moyens sont lents, infldcles, et l'on est souvent contraint d'en venir à un traitement chirurgical. On a employé :

\° V écrasement, l* incision sous-cutanée. Ce moyen a procuré des guérisons, mais il est infldèle, car l'épanchement peut se reproduire ; il convient dans les tumeurs très petites.

2° La ponction et ensuite la compression. On peut faire à ce moyen le môme reproche qu'aux précédents ; il est applicable aux hygromas très volumineux.

3' La ponction avec irritation de la poche, ou plutôt une injection iodée, comme dans l'opération de l'hydrocèle. Ce procédé compte de nombreux succès.

4" Vincision simple, ou en introduisant des bourdonnets de charpie dans la poche. Ce moyen, surtout avec le pansement que nous indiquons, expose à une inflammation inlensc.

PLAIKÔ ET CONTUiilO^S UEb BOUHSKS SEREUSES. 1J7

5" Vexcishn, Ce procédé a la plus grande analogie avec Tiocision, et expose aux mêmes accidents ; il conviendrait dans le cas où les téguments situés en avant de la poche seraient désorganisés.

6" Vexlirpatiùn^ c'est-à-dire la dissection des téguments et l'ablation du kyste. Cette opération, qui convient surtout lorsque les parois de la poche sont devenues fibro-cartilagineuses, peut être suivie des accidents les plus graves.

B. Épanchements purulents. — Ils succèdent à une inflammation de la bourse séreuse ; dans quelques cas, ils sont la conséquence d'une diathèse purulente.

La bourse séreuse contient tantôt du pus franchement phlegmoneux, d'autres fois, celui-ci est mêlé à des flocons albumineux, à des débris de fausses membranes, à des caillots sanguins plus ou moins altérés ; les parois de la poche sont quelquefois lisses, le plus souvent, elles sont tomenteuses et tapissées par des fausses membranes. Le pus tend à s'ouvrir un passage au dehors, et dès que le foyer communique avec l'air extérieur, soit que l'ouverture ait été faite avec l'instrument tranchant, ou qu'elle soit spontanée, le pus devient grisâtre, séro purulent, et même tout à fait séreux. D'autres fois, le pus s'épanche dans le tissu cellulaire ambiant sans perforer la peau, et l'on observe alors deux abcès communiquant par une ouverture étroite.

Lorsque la partie malade est sans cesse irritée, par la marche par exemple, la suppuration se perpétue indéfiniment, et il n'est pas rare alors de voir le mal se propager aux os, aux surfaces articulaires, etc.

Traitement. — La ponction unie à la compression, l'incision, sont les procédés qui conviennent le mieux contre cette espèce d'épanchement. Si l'orifice tendait à devenir fistuleux, on pratiquerait l'excision.

§ 2. — Plaies et contusions des bourses séreuses.

Les plaies par instrument piquant ou tranchant des bourses séreuses ne sont en général suivies d'aucun accident. La solution de continuité se réunit par première intention ; il est rare que l'inflammation se propage à la bourse séreuse elle-même.

Il n'en est pas de même des plaies contuses ; elles provoquent une inflammation violente de la cavité séreuse, et l'on remarque une sécrétion purulente ou scro-purulenle qui sort par les lèvres de la plaie souvent mélangée des détritus de caillots sanguins. Quelquefois les bords de la plaie se réunissent, l'exhalation se fait dans la bourse séreuse qui augmente de volume, et l'on est obligé d'ouvrir avec l'instrument tranchant un passage à. ce liquide. Si l'inflammation est peu considérable, on rapprocliera les lèvres de la plaie avec des agglutinatifs ; dans le cas contraire, on aura recours au traitement antiphlogistique.

Contusion, — La contusion des bourses séreuses détermine assez souvent un épanchement sanguin ; dans d'autres cas, on observe seulement une inflammation avec sécrétion d'un liquide plus ou moins

limpide, il se produit une affection que nous avons décrite précédemment sous le nom d'hygroma ou d'épanchement purulent.

Les épanchements sanguins dans les bourses séreuses se produisent lorsque la contusion a été assez violente pour déterminer la déchirure des parois et la rupture de quelques vaisseaux.

Le caillot qui résulte de l'épanchement se sépare en deux parties : la fibrine qui double les parois de la bourse séreuse, et le sérum qui emprunte à la matière colorante du sang une coloration brune plus ou moins foicée, et se trouve mêlée au liquide exhalé par la surface delà membrane séreuse enflammée. Dans quelques cas, il y a sécrétion de pus; dans quelques autres il y a résorption du sang avant sa coagulation, d'autres fois, l'eschare produite par la contusion se détache, et le liquide épanché sort au dehors.

Ces tumeurs sanguines se développent avec une très grande rapidité, et Ton peut les reconnaître à leur développement rapide et à une sensation de craquement produite par Técrasement du caillot.

Traitement. — Il faut au début favoriser l'absorption du sang par la compression, les réfrigérants, les astringents. Si l'on ne peut obtenir la résolution, on peut abandonner l'épanchement à lui-même, ou faciliter la sortie du liquide par une ponction pratiquée à la partie la plus déclive de la tumeur.

Lorsque l'affection est ancienne , et si l'on n'a aucune espèce de chance de faire disparaître le liquide sans opération, on aura recours au traitement que nous avons conseillé plus haut. (Voyez Hygroma et Epanchements purulents.)

§ 3. — Corps étrangers.

On donne ce nom à de petites productions blanchâtres qui sont tenues en suspension dans le liquide synovial. Leur consistance est variable depuis celle de la fibrine jusqu'à celle du fibro -cartilage. Leur forme rappelle celle des graines de melon ou des grains de riz à moitié cuits. Il en existe quelquefois un très grand nombre dans la même bourse séreuse. Ces corps, d'après M. Velpeau, et c'est ce savant professeur qui nous semble avoir le mieux exposé l'origine de ces petits corps, paraissent être formés par des noyaux fibrineux qui résultent des épanchements sanguins. Brodic les considère comme formés de lymphe coagulable. Nous ne faisons que mentionner l'opinion de Dupuytren et de M. Raspail qui les considèrent comme des hydatides.

Ces corps se produiraient à la suite de violence extérieure qui aurait déterminé un épanchement sanguin dans la bourse séreuse.

Lorsqu'on palpe la tumeur on perçoit une sensation particulière produite par le frottement de ces petits corps les uns contre les autres et contre les parois du kyste. Dupuytren a comparé celte sensation à celle qu'on éprouverait en tenant avec la main des grains de riz à moitié cuits et renfermés dans un sac. M. Leguey l'a comparée à celle qui

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