‹ Manuel de pathologie et de clinique chirurgicales v.2, 1958Chapitre 33 sur 188 · VERRUES · texte numérisé non relu

VERRUES

d'autres foi8 , au contraire, la peau est décollée, les aponévroses sont mises à nu, et l'anthrax est le point de départ d'un phlegmon diffus ; il suit alors la môme marche que cette dernière maladie : c'est dans cette circonstance qu'il a pu quelquefois causer la mort des malades.

L'anthrax , lorsqu'il a un volume assez considérable , donne lieu à des symptômes généraux quelquefois assez intenses, tels que la fièvre, des nausées, des vomissements.

Le pronostic de eette maladie varie avec son siège, son intensité ; c'est ainsi que, siégeant au cou, il a pu par son développement déterminer la suffocation. Mais, en général , cette affection ne présente pas une grande gravité \ le mouvement fébrile disparaît en général aussitôt que les bourbillons se sont fait jour au dehors.

Traitement, — Sanson conseille d'appliquer , au début , de nombreuses sangsues sur la base ; il les fait abondamment saigner , si la douleur est trop intense, il fait une incision cruciale du sommet vers la base de la tumeur ; il diminue par ce moyen considérablement l'intensité de la douleur ; et en procuriiat une large issue aux bourbillons et à la suppuration, il prévient la gangrène de la peau.

S'il existait quelques complications du côté des voies digestives, on les combattrait au moyen de légers laxatifs et des boissons délayantes.

Si après l'ouverture des téguments le bourbillon tardait à se faire jour au dehors, on panserait avec quelques digestifs ou avec des liqueurs aromatiques ; et lorsque la plaie serait détergée, on panserait avec du cérat ou des bandelettes agglutinatives.

Art. m. — l^ei verrues.

Les verruei sont de petites excroissances de la peau qui font saillie à sa surface. On les rencontre principalement à la peau de la face dorsale des mains, aux doigts et au visage. Elles sont rarement solitaires, quelquefois elles sont groupées de manière à former des plaques assez larges. Les unes sont pédiculées, constituées par une substance molle recouverte par l'épiderme, ce sont les verrues proprenient dites y les autres sont dures, chagrinées, aplaties et constituées par des filaments fibreux parallèles qui s'écartent assez souvent, de manière à former des fentes, des crevasses. Ces tumeurs sont désignées sous le nom de poirecbux.

Les poireaux disparaissent souvent spontanément ; les verrues , au contraire, persistent quelquefois pendant un temps infini. Ces excroissances n'ont d'autre inconvénient que de causer une légère difformité. Elles ne deviennent gênantes que lorsqu'elles se trouvent sur la face palmaire des doigts ou la plante du pied.

Les verrues disparaissent facilement par la ligature. Les poireaux peuvent être détruits par la cautérisation soit avec de l'azotate d'argent, après avoir incisé les lamelles les plus superficielles de la verrue.

124 PATMOLUUIE CHIKLRGICALE.

8oit en acide concentré, l'azotate acide de mercure, Tacide azotique. Le suc des euphorbiacées, de la grande chélidoine, paraît dans quelques cas, les faire disparaître.

Art. XV. — Productions cornées.

On observe quelquefois à la surface de la peau et des membranes muqueuses, des productions cornées tout à fait semblables aux cornes des ruminants. On possède un grand nombre d'observations de faits de ce genre. On a constaté que ces productions se rencontraient surtout à la face et au crâne, puis à la partie interne des cuisses ; celles des muqueuses se développent principalement sur le prépuce et sur le gland.

Les cornes sont quelquefois solitaires, d'autres fois, on en trouve un très grand nombre sur le même individu ; leur longueur est souvent de 3 à 4 centimètres ; on en a observé, toutefois, qui avaient jusqu'à 30 centimètres. Elles sont habituellement coniques, beaucoup plus rarement bifurquées, rameuses. Généralement brunes, lisses, elles sont quelquefois raboteuses et comme formées par l'addition de zones nouvelles; Tépiderme les recouvre à des hauteurs variables. Elles sont plus dures au sommet qu'à la base, à la circonférence qu'au centre où elles sont quelquefois remplies par une matière demi-fluide ; leur composition chimique se rapproche de celle des prolongements frontaux du bœuf, du bélier, etc.

Les cornes prennent naissance dans l'épaisseur de la peau; ce n'est que dans des cas très exceptionnels, qu'on a constaté leur adhérence aux os par suite de l'inflammation du pcrioslc.

Abandonnées à elles-mêmes, ces productions tendent à s'accroître continuellement, presque toujours avec une extrême lenteur. Elles ne causent de gêne que par les tiraillements des téguments au niveau de leur point d'implantation, ou par la pression qu'elles exercent sur les parties molles voisines.

La chute spontanée des cornes est rare. Dans ces circonstances, elles se reproduisent ; d'autres fois, la peau qui supporte la production cornée s'ulcère, la corne tombe en totalité ou en partie, et quelquefois cette ulcération prend les caractères d'un ulcère cancéreux.

Le seul traitement applicable aux cornes, est l'extirpation : on enlève en même temps la corne et la portion de téguments qui la supporte. Celte opération est souvent suivie de récidive, quelquefois la plaie qui en résulte prend les caractères d'un ulcère cancéreux.

Art. V. — JOes kystes de la peau.

Nous décrirons dans cet article les kystes qui siègent : i<> dans les follicules sébacés et les follicules pileux ; 2° dans les glandes sudoripares.

KVSTËS ll£KMOÏb£i». |25

A. Dca kystes dcriiioïdcs.-

Sous le nom de kystes dermoideSy nous décrirons ces tumeurs désignées sous le nom de loupes, de tannes, de mélicérix, etc., et qui se développent dans les follicules sébacés et les follicules pileux.

Ces tumeurs peuvent se rencontrer sur toutes les parties du corps, mais on les observe surtout au cuir chevelu.

Ânatomiepathologique. — La poche qui constitue le kyste présente une face interne, lisse, unie, douce au toucher, offrant souvent des villosités plus ou moins saillantes ; la face externe est peu adhérente aux parties qui l'entourent ; ses parois sont épaisses et résistantes. Sa ca\ité renferme tantôt une matière blanchâtre semblable à de la bouillie (alhérome)j tantôt cette matière offre la consistance et la couleur du miel {méliçéris); enfin, on y rencontre quelquefois des poils, les uns libres, les autres adhérents à la face interne du kyste ; les premiers sont des kystes sébacés, les derniers sont de véritables kystes pileux qu'itfaut bien se garder de confondre avec les kystes pileux de l'ovaire qui, comme nous le verrons, ont une tout autre ori;i^ine.

Si Ton cherche à déterminer Torigine de ces tumeurs, on voit que 8008 une influence que l'on ne saurait déterminer, la matière sécrétée par le follicule augmente de quantité et de densité, le goulot s'oblitère, ou s*il reste libre, la matière trop consistante^ne peut sortir; peu à peu les parois du follicule se distendent, et Ton trouve un véritable kyste.

SymptomcUologie. — Au début, l'affection se présente sous la forme d*une petite inégalité qui bientôt augmente de volume. Si le goulot est resté perméable, on peut, en la comprimant, faire sortir une matière suifeuse. La portion la plus externe qui reste dans le goulot durcit, prend, par son exposition à l'air, une teinte noire, et forme comme une espèce de bouchon solide (tannes). Aussi la tumeur présente- t-elle souvent ce petit point noirâtre qui ne permet de la confondre avec aucune autre affection. D'autres fois l'orifice est oblitéré, la tumeur est alors lisse , souvent pédiculée (/oupe^). Ces tumeurs ne disparaissent pas spontanément, elles peuvent même acquérir un volume considérable, mais elles ne s'accroissent qu'avec lenteur. Quelquefois l'inflammation s'en empare, il se forme un abcès, et le kyste se trouve éliminé en entier ; d'autres fois, la poche se perfore, la matière est chassée au dehors, mais la membrane interne du kyste devient fongueuse et secrète un liquide jaune fétide.

Ces tumeurs n'ont aucune gravité ; la difformité et la gène sont les seuls inconvénients qui s'y trouvent attachés.

Traitement. — Si le goulot n'est pas oblitéré, on peut essayer d'expulser toute la matière contenue dans le kyste, mais ce moyen n'est le plus souvent que palliatif; il faut, pour obtenir la guérison, ou modifier la surface interne de la poche, ou enlever la poche en entier ; la

126 PATHOLOGIE GHIRURGIGALE.

tumeur est-elle peu volumineuse, on l'incise, on extrait avec une curette la matière sébacée qu'elle renferme, puis avec des pinces, on enlève la poche. Si cette extirpation présentait dea difficultés, on pourrait cautériser la surface interne avec l'azotate d'argent. Le meilleur procédé consiste à inciser la peau, sans ouvrir le kyste, à la disséquer à droite et à gauche, puis à énucléer la tumeur tout entière et à réunir par première intention.

B. Kystes des glandes sudorifères.

Cette affection est encore peu connue, elle a été décrite par M. Yerneuilqui en a publié plusieurs observations (1). Dans l'une, il a constaté une hypertrophie kystique des glandes. 11 y est question d'un homme de quarante ans environ, portant à la région supérieure du cou une tumeur du volume d'une grosse amande, située au-dessous et un peu en arrière de l'apophyse mastoïde, sur la^ face externe du muscle sterno-mastoïdien, plus haut et plus en arrière que le bord postérieur de la parotide. Peu mobile, quoique indépendante du squelette, cette tumeur est mollasse, sans fluctuation manifeste. Le toucher y reconnaît des bosselures, et elle off^re la consistance de certaines productions vasculaires veineuses. La peau qui la recouvre est mobile, n'offre aucune altération de couleur ni de consistance, et Ton n'aperçoit à sa surface aucun pertuis. La tumeur s'est développée lentement, sans cause connue ; elle n'a jamais été douloureuse, mais elle s*accrolt.

Dans une autre observation, M. Yerneuil a constaté l'existence de kystes multiples fort petits, formés par la dilatation d'un certain nombre de conduits sudoriparcs. L'hypertrophie des glandes sudoriparei a encore été constatée par M. Yerneuil dans un cas sur une tumeur ulcérée de la peau ; dans un autre, cette hypertrophie constituait une tumeur qui siégeait sur la lèvre supérieure. Enfm cette hypertrophie, dans deux autres cas, a été accompagnée d'une infiltration de cellules épithéliales. 11 y avait donc , dans cette circonstance, un cancroïde compliqué d'hypertrophie des glandes sudoripares, lésion qui jusqu'alors n'avait pas été signalée.

Nous ne faisons que mentionner ces altérations dont on ne possède qu'un petit nombre de faits et dont il est jusqu'à présent impossible de déterminer exactement la symptomatologie. Quant au traitement, celui qui a été appliqué est l'extirpation : nous pensons que c'était le parti le plus convenable qu'il y avait à prendre dans ces circonstances,

(1) Arehivet générales de médecine, octobre 1854, p. 451, 5» série, t. IV.

AKTÉRITE. 127

Page 1