VARICES
caves et iliaques, etc., mais les plus fréquentes sont sans contredit celles des membres inférieurs, ce sont elles qui servent de type à notre description. Les veines superficielles sont presque exclusivement affectées de varices ; il est rare de les observer sur les veines profondes. Les varices du rectum (hémorrhdides), celles du cordon spermatique (varicocèle), seront décrites dans des articles particuliers.
Étiologie. — Les varices reconnaissent un assez grand nombre de causes, parmi lesquelles nous signalerons : 1" la profession : elles sont, en effet, plus fréquentes chez les individus qui restent longtemps dans la station verticale ; 2° le' sens dans lequel coule le sang : elles siègent de préférence aux membres inférieurs ; 3° la compression par des jarretières , des ceintures ; 4" la pression exercée sur les vaisseaux veineux par des tumeurs de diverse nature, par la grossesse, etc.
Symptomatologie. — Au début de la maladie, on observe sur le trajet d*un tronc veineux une tumeur molle, circonscrite, qui peu à peu devient plus large, plus flexueuse, plus saillante, et prend avec le temps une teinte bleuâtre en rapport avec la faiblesse et l'amincissement de la peau; cette tumeur augmente par la station verticale, diminue dans la position horizontale, elle est facilement réductible.
Sur le trajet des vaisseaux flexueux et dilatés, on rencontre souvent, lorsque les varices sont anciennes, des tumeurs plus volumineuses, fusiformes, réductibles par la position horizontale ou par la pression; dans un cas observé par M. Petit, de Reims, on percevait, dans une tumeur de ce genre, une espèce de frémissement. Ce symptôme est fort rare ; nous l'indiquons afin de prévenir une erreur qui pourrait être commise, si une varice, présentant ce caractère, siégeait dans le voisinage d'un gros vaisseau. Les efforts, la toux, augmentent le volume de ces renflements.
On observe, en outre, dans un point circonscrit, un grand nombre de vaisseaux dilatés, accolés les uns aux autres, formant une tumeur circonscrite bosselée, qui a été comparée à un amas de sangsues entrelacées ; ces tumeurs sont constituées ou par la dilatation de plusieurs veines, ou le plus souvent par le même vaisseau devenu extrêmement rameux et anastomosé un très grand nombre de fois avec lui-même.
Les varices restent fort souvent stalionnaires, elles finissent mémo par disparaître avec l'âge.
Il est rare que les varices n'aient d'autre inconvénient que la difformité ; cela s'observe cependant chez les individus appartenant à la classe aisée de la société qui font un exercice modéré ; mais chez les ouvriers qui restent longtemps debout, la partie inférieure du membre est tendue, la jambe finit par s'épaissir, le tissu cellulaire devient lardacé, la peau s'ulcère ou a du moins une grande tendance à l'ulcération.
Les accidents qui peuvent compli<iuer les varices sont :
1** V inflammation des téguments et du tissu cellulaire sous-cutané.
150 PATUOLOGU ClttURGIGALE.
2^ La phlébite simple, c'est-à-dire limitée au vai^jMau ou couapUquôe d'inflammation des parties voisines. On comprend toute la gravité de ces accidents, si l'on se rappelle ce que nous avons dit de la pldébite et des conséquences fâcheuses qui résultent du phlegmon diffus.
3** Hémorrhagie. - Gelle-ciestdéterminéepar la rupture d'une veine produite par un effort violent ou un coup porté sur la tumeur ; d'autres fois l'hémorrhagie arrive pour ainsi dire spontanément par l'ulcération de la veine sous les téguments qui peu à peu se perforent à leur tour.
L'écoulement du sang a lieu souvent en bavant, mais quelquefois on observe un jet volumineux, rapide, le sang est rutilant et rappelle celui qui sortirait d'une artère. M. Briquet attribue ce phénomène à l'élargissement des capillaires. Cette dernière hémorrhagie est fort grave et peut amener rapidement la mort. L'observation a controuvé complètement les opinions de J.-L. Petit, qui pensait que l'hémorrhagie s'arrêtait dès que la varice était vide du sang qu'elle contenait, et que l'écoulement du sang no présentait de gravité que quand il y avait épanchement dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Il est généralement assez facile d'arrêter ces hémorrhagies par la compression sur la solution de continuité du vaisseau, par le repos dans la position horizontale.
4° Ulcères variqueux (voyez ce mot, page 86).
Diagnostic. — Il est très facile ; on possède cependant quelques observations d'erreur pour des varices qui siégeaient à la région inguinale (voyez Diagnoi^tic des tumeurs de la région inguinale).
Pronostic. — Celte affection est peu grave ; elle peut disparaître spontanément quand elle est le résultat d'un obstacle mécanique à la circulation ; nous devons dire que, dans les autres circonstances, on devra considérer la phlébectasie comme une affection sérieuse.
Traitement. — Les divers modes de traitement conseillés contre les varices sont palliatifs et curalifs.
Traitement palliatif. — 1" Ldicojnpression. — Le moyen le plus souvent employé est la compression circulaire du membre affecté de varices soit à l'aide de bandes appliquées avec soin, soit de bandelettes de diachylon, soit enfm à l'aide de bas lacés en fort coutil ou mieux en peau de chien, enfui ù l'aide de bas en caoutchouc. La pression uniforme que ces divers appareils exercent sur les parois des vaisseaux comprime légèrement des veines superficielles, empêche le sang de s'y accumuler et le force à passer dans les veines profondes. C€ moyen a des inconvénients sérieux qui en ont fait rejeter l'emploi par plusieurs praticiens : l'appareil peut devenir trop lâche par suite de la diminution de volume du membre ; il peut être trop serré, détermine (le la douleur et de la démangeaison, et s'imprègne de sueur, il faut alors le réappliquer. La compression des veines variqueuses peut avoir des conséquences fâcheuses chez les femmes pendant la gesûtiou.
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2^ La rédiêcUm, <-* Ce moyeo consisle à reA>uler dant 1(m veines voixjnei le sang qui stagne dans les veines dilatées. S'il existait des caillots, ceux-ci seraient légèrement comprimés, afin de les écraser peu à peu.
3*" La ponction. — Conseillée par J.-L. Petit, qui faisait , quand les veines variqueuses déterminaient de la gêne, de la douleur, une petite ponction qui laissait écouler le sang contenu dans la veine.
Tt'aUement curatif, — Plusieurs méthodes, comptant chacune un grand nombre de procédés, ont été imaginées pour arriver à la cure radicale des varices. Nous ne pouvons entrer ici dans tous les détails de médecine opératoire et d'appréciation; nous renvoyons à rexcallani mémoire de M. Verneuil (I). Nous nous contenterons d'une énuméra- ' lion rapide des différents moyens qui ont été conseillés. Nous suivrons le plan qui a été adopté par M. Malgaigne dans son Manuel de médecme opéntêoire.
i* Procéiépour favoriser le cours du sang dans les veines.
Les trois procédés que nous avons indiqués plus haut appartiennent à cette catégorie. Il en est encore un imaginé par M. iférapath, et qui consiste à débrider les anneaux aponévrotiques, au jarret pour la saphène externe, au pli de l'aine pour la saphène interne. Ce procédé aurait été, dit-on, suivi de succès.
2** Procédé pour obtenir Voblitération des veines.
A* Compression circonscrite. — a. Immédiate ou procédé de Delpech. — La veine est disséquée, soulevée par un petit morceau d'agaric et à l'aide de bandelettes de diachylon.
b. Compression par le procédé de M. Davat. — On passe une aiguille sous la veine sans ouvrir le vaisseau, et on l'étreint à Taide d'un fil circulaire ou en 8 de chiffire.
c. Compression médiate par le procédé de Sanson. — La veine, soulevée avec un pli de la peau, est comprimée par un compresseur à deux braacbea dont les deux palettes se rapprochent à volonté.
ClMCun de eea procédés compte des succès, mais on peut leur reprocher, comme d'ailleurs à tous les moyens conseillés pour la cure des varices, de ne point mettre à l'abri des récidives ; ils sont peu dange • reux ; celui de Sanson est le plus innocent de tous, mais il est fort difficile de bien appliquer la pince, car les téguments et la veine glissent avec la plus grande facilité, et échappent ainsi à la oompressioD.
B. Ligatures. — a. Procédé de Béclard. — 11 découvre la veine, lait une ligature, et coupe le vaisseau au-dessus.
(!) Verneuil, Des varices et de leur traiteiiient [Hevue de t liera iieutniue inoiUo ■chirurgicale, aniiéos 1854-1855).
f 52 PATHOLOGIE CHIRIIRGICALE.
b. Procédé de Wise, — Il dissèque le vaisseau comme fiéclard, mais (ait un nœud coulant, et enlève le fil au bout de vingt-quatre ou trente- six heures.
Ces procédés ne sont pas plus sûrs que les précédents, ils sont plus dangereux, surtout celui de Béclard, ils exposent à la phlébite.
C. Suture. — a. Procédé de Davat. — Il traverse la veine et les téguments de droite à gauche avec une aiguille, puis avec une autre aiguille dirigée de haut en bas, il traverse le vaisseau; les deux aiguilles se croisent à angle droit, et sont assujetties par un iil.
b. Procédé de Friche, — Il traverse la veine d'avant en arrière avec une aiguille armée d'un fil qu'il laisse en place, et qui fait l'office de séton.
Le procédé de M. Davat n'a pas été encore appliqué sur i'homroe, celui de Fricke a donné des succès à son auteur. Dans les deux seuls cas où il a été appliqué par M. Velpeau, il a donné lieu à des phlegmons fort graves.
/). Incision. — a. Transversale. — Elle consiste à couper d'un seul coup la veine et les téguments. Brodie a conseillé de conduire le bistouri à plat et de couper le vaisseau d'arrière en avant.
Cette précaution ne prévient pas les phlébites qui sont souvent la conséquence de cette opération.
b. Longitudinale, — Richerand faisait une incision parallèle au membre sur les tumeurs variqueuses, les coupait, faisait sortir les caillots par la pression, et bourrait la plaie avec de la charpie.
E. RÉSECTION. — Ce procédé consiste à exciser une portion du vaisseau, de manière à éloigner les deux extrémités. Ce procédé expose également aux érysipèles, aux phlegmons, à la phlébite ; il en est de même du procédé suivant.
F. Extirpation. — Méthode abandonnée et qui, au dire de Plutarque, aurait été appliquée à Marius. Ce procédé serait tout au plus indiqué lorsque la maladie consiste en un petit peloton variqueux difforme.
G. Cautérisation. — Soit avec le fer rouge, soit avec la potasse caustique (M. Bonnet, de Lyon), soit avec le caustique de Vienne (MM. Laugier et A. Bérard) ; ce moyen, le dernier surtout, compte des succès, il existe cependant plusieurs observations de phlébite.
H. Injections de perchlorure de fer. — Le perchlorure de fer, injecté dans la veine variqueuse, a produit la coagulation du sang et amçné la guérison ; ce procédé a été l'objet d'un mémoire très intéressant de M. Desgranges, de Lyon (i) ; d'après cet auteur il suffît de deux gouttes de perchlorure de fer pour coaguler le sang dans les plus gros lobules variqueux ; l'opération faite avec soin ne déterminerait pas d'accident : il ne serait pas encore possible de se prononcer sur la valeur curalivc de la méthode.
(1) Mémoires de la Société de chirat^ie, t. IV, p. 351.
AHtTBTSltt ARTÉBIOSO-VEINEOX. 153
/. ÉLECTBO-POHCTURE. — Les cas qui ont été publiés ne sont pas assez probants pour que l'on puisse préconiser cette méthode.
Si maintenant on jette un coup d'œil sur les résultats qui peuvent être obtenus par l'application de ces divers procédés, on voit que tous peuvent conduire à l'oblitération des vaisseaux, par conséquent amener la guérison des varices. Mais améneront-ils une guérison durable? L'expérience a appris qu'aux varices oblitérées en succéderaient d'autres ; la cautérisation serait peut-être le moyen qui garantirait le plus longtemps contre la récidive.
Si, d'un autre côté, on examine les inconvénients inhérents à ces procédés, on voit que tous exposent à des accidents sérieux, et que la phlébite a souvent été la conséquence d'une opération appliquée sur des veines variqueuses. Nous n'hésiterons donc pas à conclure qu'il ne faut tenter la cure radicale des varices que dans les cas d'absolue nécessité ; car les varices ne déterminent qu'im peu de gêne, et avec des soins , il est possible de prévenir et de conjurer les accidents ; d'un autre côté, il n'est pas rare de voir cette affection diminuer peu à peu d'intensité, elle finit même par disparaître.