CHAPITRE VIII
AFFECTIONS OIS VAISSEAUX ET DES GANGLIONS LYMPHATIUUES. ▲rt. I. — AffeotioBt des vai«s««iuc lymphatiques.
§ 1. —Inflammation det vaisseaux lymphatiques.
Cette affection est décrite généralement sous le nom à*angioleucil€.
Anatomie pathologiqure. — La lymphe est coagulée ; le petit caillot est d'un blanc rosé adhérent aux parois des vaisseaux et s'oppose à lu circulation de la lymphe. Celle-ci reflue alors par les vaisseaux voisins, quand ils sont libres ; dans le cas contraire, elle détermine une légèro infijlratioo. Ce caillot peut s'absorber graduellement, et la circulation se rétablit. D'autres fois le vaisseau reste oblitéré, ce qui a été parfais tement démontré pour le canal thoracique ; enfin il peut se convertir en pus (Tessier) et donner lieu à un petit abcès. Les parois des vaisseaux sont épaissies, tomeuteuses, quelquefois distendues. Cette distension est quelquefois assez grande pour déterminer la rupture du vaisseau. Le pus s'épanche dans le tissu cellulaire, où bientôt on constate la présence d'un abcès. Dans quelques cas, on trouve du pus dans un vaisseau lymphatique distendu, mais qui ne présente pas de trace d'inflammation. Y a-t-il, dans cette circonstance, inflammation du vaisseau? ou bien le pus a-t-il été transporté dans ce point par la
160 PATHOLOGIE GHUURGICALE.
circulation iympiiatique? Cette question fort controversée ne nous paraît pas encore résolue.
Symptomalologie. — Les symptômes de l'angioleucite sont locaux ou généraux. Dans l'angioleucite sous-cutanée, les téguments présentent une coloration rouge plus ou moins foncée s*étendant, sous forme d'une bande étroite, depuis l'origine du mal jusqu'au ganglion où va se rendre le vaisseau malade. Lorsque plusieurs vaisseaux sont enflammés, ce qui arrive fort souvent, on voit ces lignes se rapprocher, s'écarter, s'entrecroiser ; elles représentent exactement la direction des vaisseaux. Dans les points où ces vaisseaux sont très rapprochés, il se forme comme des espèces de petits îlots érysipélateux qui apparaissent avec une grande rapidité, et disparaissent aussitôt que la maladie marche vers la guérison. Une tuméfaction très légère, une douleur quelquefois très vive, en rapport d'ailleurs avec l'intensité de l'inflammation, se manifestent sur ces traînées rouges; les ganglions auxquels les vaisseaux vont se rendre se tuméfient, deviennent douloureux. Lorsque l'angioleucite est profonde, ces traînées rouges ne sont point apparentes. La douleur sur le trajet des vaisseaux, l'engorgement ganglionnaire, et plus tard la coloration plus brune et plus diffuse de la peau, font bientôt reconnaître la nature et le siège de la maladie.
Les symptômes généraux sont variables : tantôt ils sont nuls ou à . peu près ; dans quelques cas ils prennent une grande intensité; foiblesse, inappétence, soif vive, pouls plein, dur, fréquent, peau chaude; l'insomnie, le délire, peuvent être la conséquence de cette affection si bénigne en apparence, quand on ne considère que les symptômes locaux.
L'angioleucite se termine le plus souvent par résolution ; on voit alors les accidents locaux et généraux céder peu à peu. La peau reprend graduellement sa coloration norhiale ; l'engorgement ganglionnaire disparaît. Plus rarement cette maladie se termine par suppuration ; on l'observe surtout lorsq^ie le mal a présenté à son début une grande intensité. Dans des circonstances beaucoup plus rares , la mort est la conséquence de l'angioleucite.
ÉUologie. — Cette affection s'observe à la suite de plaies des vaisseaux lymphatiques, mais ses causes les plus fréquentes sont : les piqûres faites avec des instruments imprégnés de matière délétère, ou les excoriations ou les petites blessures irritées par la malpropreté ou par des frottements réitérés.
Diagnostic, — L'angioleucite peut être confondue avec la phlébite et l'érysipèle. Les caractères différentiels les plus importants sont résumés dans le tableau suivant :
Amcnoirs des vaisseaux lymphatiques. 161
AN6I0LEUCITS. PHLEBITE. KRYSIPàLE.
Traînées rouges multiples, Traînées rouges, peu nom- Rougeur uniforme dispoétroites, tortueuses, en- breuses.trèslarges.moins sée par plaques non litrelacées. tortueuses. néaires.
Traînées se rendant aux Traînées ne se rendant pas Rougeur se développant ganglions. aux ganglions. autour d'un point cen-
tral.
Engorgement ganglion- Engorgement ganglionnai- Engorgement ganglionnaire, re plus rare. nairc.
Tuméfoction cylindrique Tuméfaction cylindrique Pas de tuméfaction çytiutrès faible, nulle au dé- très considérable ; on drique. but. trouve au toucher la ré-
sistance que présente le caillot sanguin.
Pronoslic. ^ Généralement peu grave.
Trailement. ^Lorsque les symptômes généraux présentent quelque intensité, ils seront combattus par le repos, des boissons délayantes, des purgatifs légers, rarement par des émissions sanguines générales. Quant aux symptômes locaux, ils seront traités par des topiques éffloUients ou laudaniscs, des bains locaux, des applications de sangsues; les frictions mercurielles , les vésicatoires volants, la compression , la position telle que la racine du membre soit moins élevée que son extrémité, peuvent être d'un grand secours ; enfin on ))ourrait encore essayer les réfrigérants ou mieux les irrigations continues.
§ 2. — Blessures des vaisseaux lymphatiques.
Les exemples de plaies des vaisseaux lymphatiques sont assez nombreux, ces solutions de continuité s'observent fréquemment à la suite de saignée du bras ou de celle du pied.
Nous n'avons que des données extrêmement vagues sur le mode de cicatrisation de ces plaies. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que les plaies des vaisseaux lymphatiques prédisposent à Tangioleucite.
§ 3. — Dilatation des vaisseaux lymphatiques.
On possède quelques observations de dilatation variqueuse des vaisseaux lymphatiques. Breschet en a fait dessiner un très beau cas dans sa thèse de concours. L'histoire de cette aiTecliou est pou connue , nous ne nous y arrêterons pas. Si elle se présentait aux membres inférieurs, elle pourrait être, comme les varices, trailéc par un bandage eompressif,
§ 4. — Dégénérescences des vaisseaux lymphatiques.
Oa 9 observé daos les vaisseaux lyi^phatiques le« déf éoéresoences suivantes :
1* Cancéreuse. — Celle -ci se rencontre dans le voisinage des tumeurs canoéreuses ; on observe alors soit du tissu oancéreux dans le vaisseau lui-même, soit une dégénérescence des parois.
2" Tuberculeuse. — De la matière tuberculeuse a été constatée par MM. les professeurs Cruv«Ubier e^ Andral dans la c^^vité des vaisseaux lymphatiques.
3° Calcaire. — L'envahissement des vaisseaux lymphatiques par des productions calcaires est fort rare ; on ea posséda de« observations bien authentiques.
▲rt. XI. — Affectionf des |;aiigUons lymphatiques.
§ 1 . — Inflammation des ganglions lymphcUiques.
Cette affection est fort souvent décrite sous le nom d'adénile.
Anatomie pathologique. — Les ganglions lymphatiques enflammés peuvent se présenter sous trois états différents :
V Induration. — Le ganglion est augmente de volume, dur ; si on le coupe, il présente une surface rouge , présentant çà et là des traces ' de petits épanchements sanguins. On ne peut injecter ni les vaisseaux veineux, pi les vaisseaM^ lymphatiques du ganglion.
2" Ramollissement. — Le ganglion a conservé le volume qu*i] a acquis, il est moins dur, il se laisse déchirer avec facilité, et si on le coupe , on trouve un grand nombre de points blancs , gris , qui sont autant de petits foyers purulents.
3° Suppuration, — Dans cette troisième période, les petits foyers se réunissent et constituent un véritable abcès, d'abord renfermé dans le ganglion lui-même, mais qui ne tarde pas à s'épancher dans le tissu cellulaire voisin. Quand la suppuration est très lente, tout le ganglion se détruit par la suppuration, et le foyer se trouve limité à une espèce de kyste formé par les couches les plus externes de ganglion ou par sa gaîne celluleuse.
Symptomatologie. — La différence des symptômes qu'on observe dans l'adénite a fait diviser cette affection en adénite aiguë et en adénite chronique.
Vadénite aiguë est caractérisée par l'apparition de tumeurs arrondies fermes, que l'on reconnaît facilement pour des ganglions engorgés, puis surviennent des douleurs, faibles. d'abord, et qui deviennent graduellement plus vives, enfin lancinantes; la peau est rouge, tendue, douloureuse, dans les points occupés par les ganglions ; dans quelques cas le tissu cellulaire s'engorge ; il n'est plus alors possible de reconnaître la tuméfaction ganglionnaire. Si la maladie fait des progrès, les
AFracTiosi m ftàiMuaii» lymmatiques. lea
douleui*s sont franchement lancinantes ; la tumeur perd sa mobilité, se ramollit, et Toa peut Matir la ûuotuation ; la peau devient violette, se perfore et donne passage au pus. Le fuyer purulent est tantôt limité au ganglion, d'autrea fois il s'est étendu au tissu cellulaire ambiant ; on observe alors le décollement et l'amincissement des téguments. Dans le premier cas , il reste une cicatrice à peine apparente ; dans le second, la cicatrisation se fait peut -être plus rapidement, mais elle laisse dea traces profondes de Taffection.
Vadénite chronique débute par un engorgement très lent des ganglions, engorgement qui n'est pas limité à une seule région, mais qui s'observe en même temps dans plusieurs points de l'économie. Le malade ne ressent généralement point de douleur, mémo à la pression. Ces tumeurs, lorsqu'elles sont peu nombreuses et peu volumineuses, sont à peine aperçues par le malade, mais dans certains cas, elles prennent des dimensions considérables, de manière à (Constituer, ainsi qu'on l'observe à la région cervicale ot à la région sous«maxillaire, une véritable difformité. Heureux quand ces tumeurs ne déterminent pas par la compression sur les organes ciroonvoisins des aoci« dents graves , tek que : arrêt de la circulation dans les vaisseaux du cou, la suffocation, etc. Ces tumeurs se terminent souvent par suppuration, mais elles fournissent un pus grumeux, mal lié. La suppuration est limitée au ganglion \^ l'abcès est comme enfermé dans une espèce de kyste. La terminaison par résolution s'observe pour les tumeurs peu volumineuses, et surtout chex les enfants aux approches de la put»erté.
Pronostic, — L'adénite aiguë est une affection peu grave , il n'eu est pas de même de l'adénite chronique, qui souvent est liée à une mauvaise constitution.
TraUetnent, — Au début de l'adénite aiguë, on.cherchera à arrêter les progrès du mal par des sangsues, des applications émoUientes ; dans certaines circonstances, les onctions mercurieiles, les vcsicatoires volants, la compression, ont donné de bons résultats. Lorsque la suppuration a envahi le ganglion, il faut donner issue au pus. Le moment qui devra être choisi est celui ou le foyer est assez étendu dans le ganglion et où le pus n*a pas encore envahi le tissu cellulaire ambiant, pour ouvrir le foyer purulent on a conseillé les caustiques, mais le bistouri est préférable. Si la peau est amincie et décollée dans une certaine étendue , on enlèvera tous les lambeaux dont on ne pourra espérer le recollement.
Dans l'adénite chronique on a conseillé les vésicatoires volants, la compression, les onctions mercurieiles , l'écrasement (Malgaigne), le séton (Levanier), l'extirpation (Velpeau, Huguier, etc.). Mais à tous ces moyens on devra ajouter un traitement général ; l'huile de foie de morue, l'iodure de potassium, sont les médicaments sur lesquels ou pourra compter davantage.
164 PATHOLOGIE CHIBUftGICALB.
§ 2. — Plaies des ganglions lymphatiques.
On ne i)088ède que des données très vagues sur les plaies des ganglions lymphatiques. Y a-t-il écoulement de lymphe? On ne saurait l'affirmer, car l'écoulement de sang s'oppose à ce qu'on puisse le constater. Toujours est-il que la lenteur avec laquelle se cicatrisent les ganglions lorsque par une incision prématurée on a donné issue au pus, peut faire supposer que le suintement de la lymphe apporte quelque obstacle à la cicatrisation.
§ 3. — Dégénérescences des ganglions lymphatiques.
1" Dégénérescence tuberculeuse. — Elle est assez fréquente, les ganglions ainsi infiltrés de matière tuberculeuse se présentent sous la forme de masses mobiles, dures, indolentes, puis ces masses se ramollissent, contractent des adhérences avec les téguments et le tissu cellulaire environnant, bientôt on observe une ou plusieurs ouvertures qui donnent passage à une substance d'apparence caséeuse ou à un liquide semblable à du pus ; l'écoulement de la matière tuberculeuse se fait avec lenteur, il est rare que la cicatrisation se fasse rapidement. Il est très rare d'observer une terminaison par résolution.
11 est facile de distinguer cette dégénérescence des tumeurs cancéreuses, des abcès froids ; la marche de la maladie , la nature particulière des douleurs, la présence de plusieurs ganglions engorgés et à des degrés différents de ramollissement, peuvent facilement mettre sur la voie.
Cette afiection est grave , d'abord à cause de l'état général du malade ; de plus, ces tumeurs, par leur développement, peuvent provoquer des troubles fonctionnels sérieux, tels que l'obstacle à la circulation veineuse, la gêne de la déglutition, de la respiration, de la phonation, etc.
Traitement. — Il faut chercher à détruire le vice de la constitution, puis à donner issue à la matière tuberculeuse ramollie ; on a conseillé l'écrasement, mais ce procédé n'est applicable qu'aux tumeurs peu volumineuses, et encore faut-il qu'elles soient en petit nombre.
2* Dégénérescence cancéreuse. — Elle est très fréquente et le plus souvent consécutive aux cancers survenus dons les organes dont les ganglions reçoivent les vaisseaux lymphatiques.
3* Dégénérescence mélaniqtie.— On l'a surtout observée au niveau de la trachée et des bronches ; on l'a constatée au cou et à l'aine.
V Dégénérescence calcaire. — Elle coïncide souvent avec la dégénérescence tuberculeuse ; on trouve des plaques calcaires qui se développent autour du ganglion et forment comme une espèce de coque qui, dans quelques cas, l'environne de tous cdtés.