CHAPITRE XII
AFFECTIONS DU PÉRIOSTE.
Att. X*'. — Xiésîonf traumatiqoes.
Les lésions traumatiques du péHosle sont intimement liées aux lésions traumatiques des os : ainsi les plaies, les contusions des 08 sont nécessairement a<!Compagnées des mêmes lésions du côté du périoste ; le décollement du périoste a été examiné lorsque nous aTonS étudié la nécrose. Enfin, dans les fractures, évidemment le périoste a été déchiré dans une étendue plus eu moins considérable, et ce n'est que dans des cas rares, dans certaines fractures sans déplacement que le périoste n'éprouve pas de solution de continuité ; nous ne nous arrêterons donc pas sur ce point, car ce serait nous exposer à des redites complètement inutiles.
Art. II. — Périostite.
L'inflammation du périoste, bien connue depuis le Mémoire de Crampton, publié en 1818, a été depuis cette époque le sujet d'études sérieuses. Cependant elle est souvent confondue avec les maladies des os dont elle n'est, d'ailleurs, dans une foule de cas, qu'un épiphéhomène.
Nous joindrons h noire description l'histoire des abcès sous-périostiques aigus, récemment décrits avec le plus grand soin pdr M. Chassaignac.
Périoslite aiguë. Anatomie pathologique. — Au début, le périoste, qui a conservé son épaisseur normale, est injecté, moins adliérent à l'os, qui de son ccMé présente, ainsi que le tissu cellulaire anibiani, une injection plus ou moins tonsidérable. In peu plus tard, l'injoclion du périoste est plus jijrandc, relie membrane est épaissie, et moins adhérente à l'os; mais si la maladie tend à passer à l'état chronique, rinjeclion diminue, l'épaississemeit augmente, l'adhérehce avec l'os devient très iiilimc. La suppuration envahit le périoste
tantôt par sa face externe, tantôt par sa face interne ; dans le premier cas, celle-ci devient villeusc et forme la paroi profonde du foyer purulent ; quelquefois elle se laisse perforer par le pus qui alors se trouve en contact avec Tos ; dans le second, on observe un abcès sous-périosr tique, affection sur laquelle nous aurons occasion de revenir.
ÉUologie. — La périostile reconnaît des causes locales et générales. Aux premières appartiennent les contusions, Taction d'un cautère actuel ou potentiel appliqué dans le voisinage d'un os superficiel, Texistence d'un ulcère, une aipputation, l'ostéite, etc. Les causes générales BOf\i les affections scorbutiques, rhumatismales, scrofuleuses et particulièrement la syphiliç.
Symplomatologie. — Dans la périostite aiguë, les malades ressen> tent une douleur vive, quelquefois locale, d'autres fois s'irradiànt plus ou moins loin ; celle-ci est continue ou intermittente, et s'exaspère par la pression. On observe, en outre, un gonflement plus ou moins considérable qui tient aux parties molles ou au périoste lui-même.
Les symptômes généraux ne s'observent que quand la périostite est un peu étendue; il y a de la flèvre, de l'insomnie, quelquefois du délire, des soubresauts de tendon ; dans ces circonstances, la maladie peut se terminer par une mort rapide.
Il est rare que la périostite se termine par résolution, la suppuration est le plus souvent la suite de cette affection ; des frissons vagues, irréguliers, indiquent cette terminaison ; alors les douleurs sont moins intenses, la région malade présente un gonflement plus considérable, la fluctuation se manifeste. Si l'on observe le foyer purulent, on trouve quelquefois le pus à l'extérieur, mais d'autres fois entre le périoste et l'os. La périostite passe souvent à l'état chronique, c'est-à-dire le périoste devient moins douloureux, augmente encore d'épaisseur, et cette forme de la maladie, encore peu connue, est considérée comme le point de départ de ces tumeurs qui sont généralement décrites sous le nom de périosiose,
La périostite est difficile à distinguer de l'ostéite et du phlegmon profond, mais à la vérité l'erreur est peu préjudiciable au malade. La marche de la maladie, l'intensité des syipptômes généraux empocher ront de la confondre avec le rhumatisme et les névralgies.
Traitement. — Au début, on emploiera les antiphlogistiques locaux et généraux; on a conseillé les vésicatoires, l'emplâtre stibié, les onctions d'onguent napolitain , d'onguent de sabine ; à l'intérieur, on a prescrit le calomel à haute dose, la teinture de colchique, etc. \ mais le moyen qui paraît le mieux conjurer les accidents et prévenir la suppuration est l'emploi des incisions prématurées , profondes , c'est-à-dire qui pénètrent jusqu'au périoste et le divisent. Il va sans dire que quand on a reconnu la présence du pus, il faut se hâter d'ouvrir l'abcès par une incision profonde.
S80 PATHOLOCIE CHUURGICALK.
Art. ZII. -^ Abeèf •oofpérioitiqaef aîgns.
Nous venons de voir dans l'article précédent que dans la périostite il se formait souvent un abcès entre le périoste et Tos ; il est en outre une espèce de ces abcès décrite dans ces derniers temps par M. Chassaignac (1) sous le nom d'a5cés sous-périostiques aigus, et qui présentent un ensemble de symptômes tellement constants qu'il semble rationnel d'en faire l'histoire dans un chapitre spécial.
Étiologie, — M. Chassaignac a recueilli onze cas de cette affection, et lésa constatés chez des enfonts de onze à quatorze ans ; ils ont surtout été observés sur des sujets d'une mauvaise constitution. Quoi qu'il en soit, on les a vus se développer sous l'influence de mauvaises conditions hygiéniques, de celles qui chez des adultes auraient provoqué des rhumatismes; plus rarement ils sont la conséquence de violence extérieure.
Symptomalologie. — La maladie débute par une douleur extrêmement vive, profonde, s'exaspérant par la pression ou les mouvements et augmentant pendant la nuit. Cette douleur est locale, c'est-à-dire fixe dans le point où l'abcès s'est développé, et si elle se propage le long du membre, cela parait tenir à l'augmentation de l'étendue du décollement ; bientôt survient une tuméfaction très considérable, sans changement de couleur à la peau, à moins que l'os ne soit très superficiel, et l'on perçoit nettement la fluctuation. Puis le membre s'infiltre de sérosité. Dès que l'abcès a dépassé le périoste, soit que le pus l'ait détruit ou se soit fait jour par une petite ulcération, la peau s'enflamme, se perfore, et le pus coule au dehors par une petite ouverture qui peut rester longtemps fistuleuse et présenter des fongosités plus ou moins rouges. La quantité de pus formé par ces abcès est quelquefois extrêmement considérable, généralement mal lié, mêlé quelquefois à des caillots sanguins, presque toujours de mauvaise nature, fétide, mélangé à des globules huileux, caractère qui lui est commun avec l'ostéomyélite. Au-dessous de l'abcès, on trouve l'os nécrosé, et la cicatrisation ne se fait généralement qu'après l'élimination de petits séquestres lamellaires. Les articulations voisines de l'os malade sont intactes, caractère qui différencie cette affection de l'ostéomyélite, dans laquelle les articulations sont compromises. 11 n'est pas rare de voir des abcès se reproduire après une guérison apparente. M. Chassaignac désigne ces derniers sous le nom d* abcès de retour. Les symptômes généraux sont très intenses, fièvre violente, sécheresse et chaleur de la peau, amaigrissement, etc. Ces symptômes persistent avec toute leur intensité jusqu'à l'ouverture du foyer, alors ils disparaissent presque entièrement à moins que l'écoulement du pus ne se fasse pas facilement.
(1) Chassaignac, Des abcès sous-périostiques aigus et 4e leur traitement {Mémoires de la Société de chirurgiCt t. IV, p. 281).