ENTORSE
Dans ce cas, donnera-t-on la préférence à l'amputation ou à la résection des surfaces articulaires ?
La résection sera indiquée lorsqu'une seule ou les deux surfaces articulaires seront brisées dans une petite étendue, lorsqu'il y aura intégrité des nerfs et des vaisseaux principaux, que les parties molles n'auront pas été profondément détruites, et surtout lorsque la plaie siégera aux articulations du membre thoracique.
On pratiquera l'amputation lorsque l'articulation sera compléte-^ ment ou presque complètement broyée par l'action d'un projectile d'un gros volume, un boulet , un biscaïen , un éclat d'obus , par exemple.
Lorsque l'amputation sera indiquée, elle devra être pratiquée immédiatement : la temporisation, en effet, mettrait nécessairement le malade dans de plus mauvaises conditions ; l'inflammation, nécessitée par l'élimination des eschares, l'abondance de la suppuration l'affaibliront sans nécessité, et souvent même par des retards toujours nuisibles on perdra un temps précieux , car au bout de peu de jours l'amputation n'est quelquefois plus praticable.
Ce que nous disons des plaies par armes à feu s'applique également aux plaies pénétrantes avec délabrement considérable des parties molles.
Si le chirurgien a pensé que l'opération ne devait pas être pratiquée, ou si celle-ci ne pouvait l'être, il faudrait faire des débridements nécessaires, extraire les corps étrangers et prévenir par un traitement convenable le développement des accidents dont nous avons plus haut décrit la marche.
Les débridements seront faits largement, afin de faciliter la sortie des liquides épanchés et de prévenir la stagnation du pus ; si la peau était décollée par le passage de la balle, il faudrait inciser sur tout le trajet : les corps étrangers seront extraits soit par la plaie, soit par une contre-ouverture s'ils se présentent sous la peau. Lorsque la plaie sera débarrassée des esquilles, des corps étrangers, que les contre-ouvertures auront été faites, le membre sera placé dans une gouttière de manière à le tenir dans l'immobilité la plus absolue, et l'on appliquera le traitement sur lequel nous avons insisté pour combattre les accidents des plaies articulaires.
Art. ▼. — Sntorse.
Lorsqu'une action tend à exagérer les mouvemenfs que doit exécuter une articulation, ou à lui imprimer quelque mouvement dans un sens où sa conformation s'oppose à ce qu'elle les exécute, les ligaments sont tiraillés, quelquefois rompus, les surfaces articulaires tendent à s'abandonner, s'abandonnent même dans quelques cas, mais reprennent immédiatement leur position normale, il y a entorse. Dans la luxcUUm, au contraire, les surfaces articulaires conservent la position vicieuse qui leur a été donnée par la violence qui a déterminé la
lésion articulaire ; il est donc vrai de dire que l'entorse est le premier degré de la luxation.
Les chirurgiens ont désigné, sous le nom de diastasis, les tiraillements des ligaments qui réunissent deux os parallèles, comme celles du péroné et du tibia; cette distinction, ne présentant aucun intérêt, au point de vue pratique, nous semble devoir être rejetée.
Siège» — Toutes les articulations peuvent être affectées d'entorse ; mais les ginglymes , articulations très serrées et qui ne peuvent exécuter que des mouvements bornés à certains sens, y sont bien plus exposés.
L'entorse de l'articulation tibio-tarsienne est de beaucoup la plus fréquente, c'est celle qui a été la mieux étudiée ; aussi la prendrons-nous pour type de la description de l'entorse.
Après l'articulation du pied , viennent , par ordre de fréquence, les entorses du tarse, du poignet, des phalanges des doigts et surtout du pouce, celles du genou, des vertèbres, et enfin des articulations orbiculaires de la cuisse et de l'épaule.
A natomie pathologique. — Il est fort rare que l'on ait occasion de constater les lésions que l'entorse entraîne avec elle ; c'est donc principalement à l'expérimentation sur les cadavres et à une observation minutieuse des symptômes qui se manifestent pendant la vie que l'on doit avoir recours. Les expériences de M. Bonnet, de Lyon, ont pu, jusqu'à un certain point combler la lacune que présente l'a natomie pathologique de l'entorse.
Les ligaments sont tiraillés dans les cas les plus simples ; dans les cas les plus graves, ils sont rompus dans une étendue plus ou moins considérable : la synoviale reste quelquefois intacte et fait hernie entre les ligaments déchirés^ et l'on peut croire alors à un épanchement circonscrit extra-articulaire. Mais souvent la synoviale participe à la déchirure des ligaments ; d'autres fois, les ligaments entraînent avec eux les saillies osseuses qui leur donnent attache ; c'est ainsi que l'on observe l'arrachement des malléoles dans les violentes entorses du pied.
Les expériences de M. Bonnet (1) lui ont appris que les cartilages, les os même pouvaient être contus, broyés dans les points où ils avaient dû prendre un point d'appui pour basculer, c'est-à-dire dans celui qui est opposé à la déchirure du ligament.
Les tendons qui se réfléchissent autour de l'articulation peuvent se rompre, sortir de leur gaîne. M. Bonnet a constaté, dans ses expériences, que dans l'entorse portée à son summum, les muscles se déchiraient au niveau de l'insertion des fibres musculaires sur le tendon. On observe encore sous les téguments un épanchement sanguin plus ou moins considérable. Lorsque la synoviale a été rompue, cet épanchement peut pénétrer dans l'articulation, dans les gatnes musculaires
(1) Maladies des articulations, t. I, p. 201.