‹ Manuel de pathologie et de clinique chirurgicales v.2, 1958Chapitre 75 sur 188 · Luxations des vertèbres · texte numérisé non relu

Luxations des vertèbres

On a cru , pendant longtemps, que les luxations des vertèbres ne pouvaient avoir lieu sans fracture préalable ; mais des exemples bien authentiques sont venus infirmer cette proposition. C'est d'après l'examen de ces faits que, à l'exemple des auteurs du Compendium, de M. Nélaton, de M. Malgaigne, nous retracerons l'histoire de ces luxations. On consultera avec fruit, pour ce chapitre, l'excellente thèse de M. Richet (1).

Les luxations des vertèbres ne sont jamais complètes ; on comprend, en effet , que pour que l'os quitte tout à fait sa place, il faudrait une violence telle qu'il serait broyé ; le déplacement n'est donc que partiel, soit que le corps d'une vertèbre dépasse celui de la vertèbre avec laquelle il s'articule, soit que les apophyses articulaires aient perdu leur rapport.

(1) Luxationt trautnatiquei du rachii, (Tbèsa do concours pour la cliair* de rlinique rhinirffiralo. Paris, t85i.)

314 PATHOLOGIE CHIBOBGICALE.

§ i. — Lua^Hon oecipito-atlcUdienne,

Cette luxation se trouve mentionnée dans le Traité dé pathologie dUrûrgicûle de M. Ifélaton et dans le Compendium de chirurgie. M. Ifélaton cite deux obserra lions empruntées Tune à Lassus, l'autre à hiletta ; lé Compendium en rapporte une troisième que l'on doit à Stanley. M. Bichet lie trouve pas ces observations concluantes, et tertnine son article en disant que les luxations traumatiques occipiioatloïdiennes n'existent pas.

Mais depuis l'impression de la thèse de M. Richet, un fait parfaitement authentique de cette espèce de luxation a été observé par M. le professeur Bouisson. Nous avons eu entre les mains cette pièce, qui a ëté présentée avec l'observation à l'Académie de médecine à la fin de l'année 1852. Nous allons rapporter un extrait de cette observation.

Un jeune homme de seize ans se plaça sous un tombereau pesamment khargé et fut renversé contre terre et écrasé par ce poids énorme. Quand on le releva , on trouva la face appuyée contre terre, l'angle postérieur et inférieur du tombereau comprimait fortement la nuque. Ce jeune homme avait cessé de vivre. On remarqua une contusion très fbrte à la partie postérieure du cou ; le creux de la nuque était effacé, et l'on sentait, en pressant sur cette région, une sorte de fluctuation. A l'autopsie, on constata un épanchement sanguin, qui recouvrait la surface du cerveau et celle du cervelet. La dure-mère était soulevée, dans les fosses cérébelleuses, par un épanchement qui refluait dans l'intérieur du canal rachidien ; l'ouverture supérieure du canal vertébral était rétrécie dans son diamètre antéro-postérieur ; le bulbe rachidien était comprimé et aplati.

L'atlas et surtout sa masse latérale droite avaient subi un mouvement de projection en avant, qui avait porté sa facette articulaire droite en avant du cOndyle. Ce condyle faisait saillie en arrière, dans une étendue de 2 centimètres environ. Sa surface articulaire était entièrement séparée de celle de l'atlas, et les ligaments qui le maintiennent en rapport avec l'apophyse articulaire de ce dernier os étaient rompus du côté gauche. Il n'existait qu'un diastasis entre le condyle gauche de l'occipital et la surface correspondante de l'atlas. Le ligament occipilo-odontoïdien droit était rompu, ou plutôt arraché à son insertion condylienne, et à son extrémité, adhérait une portion du cartilage d'incrustation. Le ligament occipito-odontoïdien gauche était conservé et avait empêché la luxation de s'effectuer de ce côté ; le ligament occipito-atloîdien postérieur était entièrement déchiré ; l'antérieur était conservé. Par sa projection en avant et à droite, l'atlas rétrécissait d'avant en arrière l'entrée du canal rachidien, de telle manière que j'arc postérieur de celte vertèbre se trouvait rapproché de la demi-circonférence antérieure du trou occipital. 11 en résultait une compression du bulbe rachidien, qui, cependant, n'était pas écrasé. Aucune 4race de fracture n'existait ni autour du trou occipital, ni sur aucun point

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de la circonférence de Tatlas ou de Taxis. Ces deux os, à Tétat d'intégrité, conservaient leur mode d'union ordinaire. Les artères vertébrales n'étaient p^s rompues (ij.

§ 3. — LiMxUion otioidQ'axdidiofMe.

Cette lésion est fort rare ; à peine si Ton en possède quelques observations bien authentiques.

Étiologie et mécanisme. — On observe cette lésion à la suite d'une chute sur la tête d'un lieu élevé, d'un coup porté sur la partie postérieure et supérieure du cou, d'une torsion violente du cou, accompagnée d'une traction violente. Cette lésion se produit lorsque la rotation dépasse un quart de cercle ; alors les apophyses articulaires axoïdoatloïdiennes s'abandonnent et se placent l'une ^u-devant de l'autre ; les ligaments atloidiens sont tendus et déchirés, et cette déchirure arrive plus facilement , si à la rotation de la téta se joint un mouvement d'inclinaison latérale.

Symplomatologh. — Têtq immobile et inclinée en avant, face vultueuse, petitesse et rareté du pouls, perte de la sensibilité et du mouvement, le plus souvent mort subite.

Pronostic excessivement grave.

. Traitement, — Si un individu survit à une semblable luxation, estil prudent de réduire la luxation? M. Nélaton conseille de netenterla réduction que quand le blessé est menacé d'une mort imminente. Dans le cas contraire, il pense que l'on doit s'abstenir dans la crainte de voir se produire les accidents auxquels le malade a échappé. Dans un cas rapporté par M. Malgaigne (2), et où il est question d'un homme qui reçut une botte de foin sur la tète, et chez lequel on observa unç flexion telle de la tête que le menton touchait la partie supérieure du sternum , le mouvement, la sensibilité, l'intelligence sont complètement intacts ; la réduction fut faite de la manière suivante :

Le malade fut assis à terre ; le chirurgien placé derrière lui, les genoux sur ses épaules pour faire la contre-extension ; l'extension se fit à l'aide d'une serviette passée sous le menton du malade et nouée au cou du chirurgien ; celui-ci, avec ses deux mains, fit relever la tête. Ces efforts furent longs et pénibles ; enfin, dans un dernier elfort , la tête ayant été autant que possible élevée directement en haut, lut enfin repoussée en arrière, et à l'instant elle reprit ses rapports accoutumés. Au bout d'un temps assez court, la guérison était complète.

Deux ans après, M. Malgaigne vit ce malade : la seule trace cpii restait de cet accident était l'impossibilité de tourner la tête.

(i) Revue médico-chirvrgicale, 1852, t. XII, p. 355. 3) Bévue médico-chirurgicaU, i853, t. XIV, p. 83«.

Mous nous contenterons d'ajouter à cette observation une note très judicieuse de M. Malgaigne :

(c La cause de la blessure, Tinclinaison forcée de la tête, le résultat immédiat des efforts de réduction, ne laissent aucun doute sur l'existence de la luxation d*une des vertèbres cervicales. Le doute commence sur le siège précis de la luxation, et Ton peut se demander si elle affectait Tatlas ou une des vertèbres inférieures. La roideur consécutive des articulations occipito-axoïdiennes fait pencher la balance pour la première opinion. Je dirai donc qu'elle rend ce diagnostic assez probable. »

§ 3. — L fixations des cinq dernières vertèbres cervicales.

Ces luxations sont beaucoup plus fréquentes que les premières. M. Richet en a réuni, dans sa thèse, 32 cas où la lésion avait été constatée par l'autopsie ; parmi celles-ci, il y en avait 19 sans fractures et 13 avec fractures souvent peu étendues ; dans la Revue médicale, nous trouvons, en outre, 5 observations.

Ces luxations sont divisées en luxations en avant ; ce sont les plus fréquentes, puisque M. Richet en compte 24 ; deux se trouvent dans la Revue médico^hirurgicale. Après celles-ci viennent , dans l'ordre de fréquence, les luxations unilatërales, désignées par M. Richet sous le nom de luxations articulaires; il en rapporte 6 observations, 3 sont publiées dans la Revue médico -chirurgicale, La luxation en arrière est beaucoup plus rare ; M. Richet n'en a observé qu'un seul cas.

Les vertèbres cervicales inférieures ont été plus souvent luxées que les supérieures. Sur les 36 observations que nous possédons, la deuxième vertèbre a été trouvé luxée sur la troisième, I fois ; la troisième sur la quatrième, 3 fois ; la quatrième sur la cinquième, 6 fois ; la cinquième sur la sixième, 12 fois; la sixième sur la septième, 13 fois ; enfin la septième vertèbre cervicale a été trouvée 2 fois luxée sur la première dorsale.

Étiologie et mécanisme. — Les luxations des vertèbres cervicales reconnaissent pour cause une chute sur la tète, la tète étant fléchie en avant, plus rarement fortement étendue, des fardeaux trop pesants portés sur la tête, des corps pesants qui tombent sur la région cervivale ; enfin Chopart et Desault ont cité la contraction musculaire.

D'après M. Richet, la luxation en avant se produirait d'après le mécanisme suivant : dans la flexion, chaque vertèbre décrit sur celle qui la supporte un arc de cercle d'arrière en avant ; si , dans cette position, une violence extérieure agit en augmentant cette flexion, et si un des ligaments intervertébraux vient à céder, la vertèbre sous-jacente au disque vertébral décrit un arc de cercle plus considérable, vient se projeter en avant, entraînant avec elle tout le segment du rachis qui lui correspond. Quand l'accident a lieu la tète étendue, le ligament vertébral antérieur se brise, et la partie supérieure de la colonne vertébrale se projette en avant.

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