LUXATIONS DES VERTÈBRES
Les luxations unilatérales sont déterminés par un mouvement de rotation forcé, combiné avec une inclinaison latérale du cou vers le côté opposé à celui où la luxation s'opère. Cette inclinaison (1) facilite Tascension de l'apophyse articulaire et son transport en avant.
Anatomie pathologique. — Dans la luxation en avant, la vertèbre supérieure glisse sur l'inférieure de haut en bas et d'arrière en avant ; le ligament intervertébral est déchiré ; dans des cas rares, le corps de la vertèbre fait une saillie brusque et anguleuse ; le grand ligament vertébral est quelquefois déchiré; d'autres fois, il est simplement décollé. En arrière, on constate un ccartement entre l'apophyse épineuse et les lames de la vertèbre luxée, et celle qui est au-dessous. Les apophyses articulaires de la vertèbre, situées au-dessous, sont à nu et saillantes ; les apophyses supérieures, au contraire, sont comme accrochées au-devant des inférieures. Les ligaments jaunes sont déchirés. L'artère vertébrale a été trouvée rompue une fois seulement.
Dans la luxation latérale, une des apophyses articulaires passe audevant de l'apophyse correspondante située au-dessous; la colonne vertébrale a subi un mouvement de torsion telle que les apophyses épineuses situées au-dessus de la luxation ne correspondent plus à celles qui sont au-dessous. Du côté opposé à la luxation, les apophyses articulaires sont écartées ; la supérieure est très saillante en arrière et comme relevée.
Dans la seule observation de luxation en arrière que l'on possède, on a trouvé le corps de la vertèbre luxé, comprimant fortement la moelle et placé sur les lames et l'apophyse épineuse de la vertèbre située au-dessous. Tous les ligaments et le fibro-cartilage intervertébral étaient rompus ; les parties n'étaient maintenueç en place que par la moelle épinière ; les enveloppes et l'artère vertébrale intactes.
Symplomatologie. — Dans la luxation en avant la tète est fléchie, le menton est rapproché du sternum. Dans la luxation latérale, la tête est inclinée du côté opposé à la luxation : sur un malade présenté par M. Michon à la Société de chirurgie, la tête était inclinée du côté du déplacement. M. Malgaigne a constaté la déformation de la partie antérieure de la colonne cervicale en promenant le doigt sur la partie antérieure du pharynx. D'après M. Richet, cosigne ne serait pas constant et appartiendrait à la frafcture aussi bien qu'à la luxation. Si l'on explore la partie postérieure du cou, on trouve une espèce de gibbosité formée parla saillie des apophyses épineuses restées en place; dans les luxations latérales, on peut constater que la ligne des apophyses épineuses est brisée au niveau de la luxation. Ce signe est surtout important dans la luxation ancienne.
Les malades ressentent une douleur vive au niveau de la luxation, douleur qui se propage tout le long de la colonne vertébrale et descend quelquefois jusqu'au sacrum.
(1) Comjtendium de chirurgUt t. II, p. 670,
31 s PATHOLOGIE CHIRURGICALE.
Au moment même de Taccident, quelquefois plus tard, on observe une paralysie plus ou moins complète.
Pronostic. — Il est fort grave, moins toutefois que celui des luxations des deux premières vertèbres.
Trç^Uement. — Les annales de la science renferment un assez grand nombre d'observations des luxations des cinq dernières vertèbres cervicales qui ont été réduites avec succès. M. Malgaigne en rapporte deux observations dans la Revue médicale de décembre 1853. Il réussit, par le procédé suivant, à réduire deux luxations unilatérales. Le malade fut assis à terre, le chirurgien lui appliqua ses genoux sur les épaules, et croisant ses mains sous le menton, pratiqua Textension sur la tête en l'attirant en haut et dans le sens opposé à la luxation, puis en arrière et dans le sens du déplacement.
Malgré les succès qui ont été obtenus, on peut encore se demander s'il serait prudent de réduire une de ces luxations, alors qu'il n'existe pas de symptômes graves, tels qu'une paralysie très étendue, ou l'imminence d'une mort prochaine. L'incertitude du diagnostic dans un certain nombre de cas, la crainte de déterminer une mort immédiate, expliquent parfaitement la réserve des praticiens.
§ 4. — Luxations des vertèbres dorsales et lombaires.
Nous n'avons que peu de chose à dire des luxations des vertèbres dorsales et de celles des vertèbres lombaires. Les déplacements clés vertèbres dorso-lombaires, même avec fracture, sont rares. M. Richet n'en a réuni que huit cas, et nous n'avons trouvé en outre qu'une seule observation, publiée par' M. Robert, d'une luxation sans fracture en ^rrière de la cinquième vertèbre dorsale sur la sixième. Nous nous bornerons à donner un extrait de cette observation. Le sujet aidait à dresser un mât de charpente du poids de 400 kilogrammes. Il était dans le trou destiné à recevoir la base de cette énorme pièce de bois, lorsque celle-ci s'abattit lentement sur lui : la face antérieure du thorax s'appuyant sur le bord de la fosse, la partie la plus élevée de la région dorsale supporta la pression et le poids du mât, et la partie supérieure du tronc fut fortement fléchie en avant. Quand on releva le blessé, il était paraplégique : on constata une saillie osseuse à la partie moyenne de la région dorsale. Il mourut le onzième jour. A l'autopsie, on trouva le corps de la cinquième vertèbre dorsale sur un plan postérieur à celui de la sixième, les grands ligaments antérieurs et postérieurs divisés, le flbro-cartilage interarticulaire déchiré, les apophyses articulaires inférieures de la cinquième vertèbre situées à un centimètre en arrière des apophyses correspondantes de la sixième, la moelle était réduite çn bouillie au niveau de la luxation.