PLAIES PAR ARMES A FEU
tères qui leur sont propres : elles sont noirâtres, comme cautérisées ; cet aspect est dû à la contusion énorme que les tissus ont éprouvée , à la coagulation d'une petite quantité de sang qui s'est écoulée; mais les vaisseaux ont encore été lésés loin des lèvres de la plaie : aussi trouve-t-on une ecchymose dont Tintensité marche de la solution de continuité vers la circonférence, car l'espèce d'cscharc qui recouvre la partie interne de la plaie empêche l'écoulement du sang. On avait pensé que cette apparence tenait à une véritable cautérisation ; mais il est démontré depuis longtemps que ce n'est qu'une contusion. Nous avons dit que les boulets pouvaient enlever quelquefois des membres tout entiers ; l'aspect des plaies qui en résulte est irrégulicr comme celui des plaies par arrachement, et l'écoulement de sang est arrêté par le même mécanisme.
Les phénomènes généraux qui accompagnent les plaies d'armes à feu sont une douleur généralgfnent peu intense, quelquefois nulle, mais surtout un engourdissement et une stupeur locale qui va en s'irradiant tout autour de la plaie, et qui devient générale lorsqu'il existe de grands délabrements ; le pouls est très faible , la pupille dilatée et immobile ; la peau est couverte d'une sueur froide ; tous les sens sont émoussi?8 ; le malade répond difficilement et avec indifTérence aux questions qu'on lui adresse. Au bout de quelques heures il sort de cet état, sans quoi il y a tout lieu de craindre une terminaison fâcheuse.
Phénomènes consécutifs. — La sensibilité arrive peu à peu dans les parties blessées. Deux ou trois jours après, il survient une inflammation plus ou moins vive, caractérisée par une douleur quelquefois très intettse, la suppuration s'établit; du huitième au douzième jour les eschares se détachent.
Lorsque la plaie est très étendue, la suppuration est quelquefois assez abondante pour faire périr le malade par épuisement ; dans le cas contraire la plaie se cicatrise. Mais celte cicatrice formée en grande partie de la membrane des bourgeons ciiarnus, est soumise à tous les accidents d'ulcération, de douleur, de rétraction. Aussi constale-t-on quelquefois des déviations articulaires qui anéantissent plus ou moins complètement lés mouvements des membres.
Complications. — 1* Inflammation, — Elle se présente quelquefois avec une grande violence , et elle peut envahir les téguments : elle est alors érysipélateuse. On la rencontre d'autres fois dans le tissu cellulaire sous-cutané, et l'on trouve les altérations propres au phlegmon diffus.
2* Vhémorrhagie, — L'héraorrhagie primitive est rare; fort souvent au contraire jBlle se manifeste' consécutivement. On l'a vu, lorsque la plaie paraissait en voie de guérison, se montrer avec une telle intensité qu'elle a fait mourir les blessés en très peu de temps ; ^ 3* Le tétanos, que l'on observe dans les plaies avec un grand déla-
brement et à la suite de variations brusques de température.
4* Le délire nerveux, qui est favorisé par les émotions qu'éprouvent
les blessés pendant le combat et à la suite des batailles ; chose remarquable, les blessés des vainqueurs guérissent mieux que les blessés des vaincus ;
&• La résorption purulente^ qui enlève un si grand nombre de blessés en voie de guérison, la pourriture d'hôpital, qui tient surtout à raccumulation de n\alade8 dans des salles insuffisantes. Ces deux complications' sont d'ailleurs favorisées par la longue suppuration que nécessitent des plaies très étendues , des fractures comminutives et communiquant.avec Fair extérieur.
6" La présence de corps étrangers dans les plaies est la complication sur laquelle nous nous arrêterons plus longtemps; en effet, si cette complication n'est pas propre aux blessures par armes à feu , elle s*y présente d'une manière toute particulière.
Les corps étrangers qu'on peut rencontrer dans les plaies sont les projectiles, la bourre, des fragments de «vêtement, des boutons d*tiabits, etc.
Dans les plaies aune seule ouverture, il y a tout lieu de croire que le projectile est resté dans la plaie ; il peut arriver cependant que les vêtements du blessé aient été entraînés par la force d'impulsion, que ceux-ci aient à leur tour entraîné la balle quand on a déshabillé le malade ; il faudrait donc s'assurer, dans ces cas, si les vêtements ont été percéi de part en part afm d'éviter des explorations qui pourraient être dangereuses. Il ne serait pas suffisant d'examiner les vêtements au niveau de la plaie, car ils auraient pu être déplacés par suite des mouve* ments du blessé.
Si la plaie présente deux ouvertures , il est probable qu'il ne reste pas de corps étrangers ; mais il peut y avoir eu plusieurs balles dans la même arme, et une seule aurait pu sortir : la balle peut avoir entraîné des fragments de boutons, de bufHeteries, etc. Ënôn , la balle aurait pu se diviser sur le tranchant d'un os , et une des moitiés serait restée dans la plaie : on devra donc, quand bien même il existerait deux ouvertures, sonder la plaie, afin de s'assurer s'il n'y a rien qui puisse entraver ou même compromettre la guérison du blessé.
Enfîn si l'arme était chargée avec du plomb, il se trouverait dans les tissus une multitude de petits corps qui auraient pris les directions les plus variées , et qu'il serait impossible de retirer.
Les projectiles plus volumineux , les biscaïens , les boulets , se logent rarement dans les tissus ; cependant Larrey a vu un. artilleur dans le pli de l'aine duquel un boulet de cinq livres était venu se loger ; il n'aflait pas été reconnu par les premiers chirurgiens qui avaient examiné le malade. En 1814, Sanson a extrait de la cuisâe d'un artilleur un boulet de neuf livres, qui occupait la partie supérieure et interne*de la cuisse. Enfin les fragments des os brisés par les projectiles constituent de véritables corps étrangers. Les esquilles sont elles tout à fait séparées de l'os et 4u périoste, elles doivent être enlevées de suite; les autres encore adhérentes aux parties molles peuvent se recoller , mais sont souvent détaciiées par la suppuration.