LUXATIONS DES ORTEILS
sésamoides. Les procédés de réduction sont les mêmes que ceux que nous avons exposés plus haut. (Voy. Luxations dupouccy p. 355.)
b. Luaations compliquées. — M. le professeur Laugier (1) a particulièrement appelé l'attention sur cette variété de luxation.
Les causes du déplacement sont à peu près les mêmes que celles de la luxation simple ; la plaie des téguments existe sur le côté interne de l'articulation, et est produite par la tête du métatarsien, La phalange est donc déplacée en dehors ; les tendons fléchisseurs et extenseurs , entraînés en dehors, se séparent du métatarsien et laissent un vide dans lequel le sang s*épanche facilement.
Cette lésion est des plus graves : un phlegmon du dos du pied, des abcès en sont souvent la conséquence.
Pour le traitement, M. Laugier conseille de faire la réduction et de pratiquer sur le dos du pied une longue incision préventive, afln de vider les foyers sanguins.
La résection de la tête du métatarsien doit être repoussée.
2° Luxations de plusieurs orteils à la fois. — Ast Cooper a observé un cas de luxation en haut des quatre derniers orteils. Le déplacement ne fut pas reconnu d'abord, et quand le malade se présenta à l'illustre chirurgien anglais, la réduction n*était pas possible : la marche était tellement difficile, que le blessé ne pouvait gagner sa vie.
M. Pailloux a cité, à la Société anatomique, un cas de luxation des cinq orteils, qui avait résisté à de nombreuses tentatives de réduction.
Enfin M. Josse a observé un cas de luxation descinqorleils en dehors, avec plaie en dedans , produite par la tête du premier métatarsien. Il fallut, pour réduire, faire la résection de cette extrémité osseuse. Le blessé guérit sans accident.
§ 2. — Luxations des deuocième et troisième phalanges.
Ces déplacements sont extrêmement rares. M. Broca (2) a vu une luxation incomplète en haut de la deuxième phalange du troisième orteil sur la première. La réduction fut facile en pressant d'une part, avec les deux indicateurs, sur la saillie plantaire, et avec les deux pouces, sur la saillie dorsale.
M . Pinel a observé une luxation compliquée de la phalangette du gros orteil; cet os était renversé en dedans. La phalangette fut redressée graduellement, à l'aide d'un appareil spécial ; une portion de la phalangette s'exfolia. Le malade guérit avec une fausse ankylose (3).
§ 3. — Luxations des os sésamoides.
M. Malgaigne consacre un paragraphe aux luxations des os sésctmoides qui existent autour de certaines articulations des phalanges des
(i) Laugier, Bulletin chirurgical^ t. L p. 373.
(2) Broca, Revue médico-chirurgicale, 1853, t. XIV, p. 153.
(3) Bulletins de l'Académie de médecine, 1840-1841 , t. VI, p. 346.
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orteils ; il rapporte deux observations d'accidents épileptiformes terminés par la mort, et qui furent attribués à cette espèce de déplacement. Dans un troisième cas, on crut devoir recourir à Tamputation de l'orteil, et la malade guérit. Enfm il cite un fait observé sur un de nos maîtres, M. Piedagnel : le déplacement de l'os sésamoïde du deuxième orteil était arrive sans cause connue. Pour le réduire, il suffisait de remuer le pied en divers sens, mais le déplacement se reproduisit invariablement pendant la marche, lorsque les chaussures étaient trop larges. M. Piedagncl se résigna à porter, pendant un certain temps, des chaussures très étroites, et depuis cinq ans environ, le déplacement ne s'est pas reproduit.
Art. VU. — Tumearf blttnchei.
On désigne sous le nom collectif de tumeurs blanches plusieurs aflfections complexes des articulations, caractérisées généralement par un gonflement articulaire sans changement de couleur des téguments.
Les chirurgiens ont cherché de bonne heure à isoler les diverses maladies désignées sous le nom de tumeurs blanches; les uns les ont divisées en deux grandes classes : 1° tumeurs blanches ayant leur siège dans les os ; 2° tumeurs blanches ayant leur siège dans les parties molles. D'autres, Lloyd et Rrodie, ont été plus loin et ont décrit une affection débutant : i" par les os, 2" par les cartilages, 3° par la synoviale, 4" par les parties fibreuses; mais ces divisions n'ont point été adoptées, car, jusqu'à présent, elles n'ont conduit à aucun résultat satisfaisant.
Anatomie pathologique, — Les travaux de M. Richet ont jeté un nouveau jour sur l'analomie pathologique des tumeurs blanches, et il nous fait assister aux lésions qui caractérisent le début de ces affections; en effet, les altérations qu'il n'a pu observer chez l'homme au commencement de la maladie, il nous les a fait connaître par des expériences sur les animaux (1). Nous adopterons, dans cet article, la marche qui a été suivie par cet auteur, c'est-à-dire nous étudierons la succession des lésions anatomiques dans chacun des tissus qui entrent dans la composition d'une articulation.
i° Altérations de la membrane synoviale. — Il est fort rare qu'on ait l'occasiorf d'observer au début les altérations de la synoviale. M. Richet a comblé cette lacune en étudiant les arthrites traumatiques qu'il avait provoquées chez les animaux. Il a constaté qu'on observait d'abord l'injection du tissu sous-séreux, puis la rougeur de la séreuse elle-même sans vascularisation ; il a vu ensuite cette membrane dépolie, et, dès le lendemain, s'élever de sa surface de Unes granulations
(i) Richet, Mémoire aur les tumeurs blanches {Mémoires de l'Académie de médecine), t. XVIT, p. 37.