‹ Manuel de pathologie et de clinique chirurgicales v.2, 1958Chapitre 94 sur 188 · TUMEURS BLANCHES · texte numérisé non relu

TUMEURS BLANCHES

qui , peu à peu , augmentent de volume et deviennent de véritables fongosités. Plus tard, celles-ci se couvrent d'une fausse membrane d'abord limitée au pourtour du cartilage encore intact, simulant un bourrelet tout à fait analogue à un chémosis^ mais qui bientôt s'avance vers le centre, et forme, au bout d'un certain temps, un tout continu qui recouvre le cartilage. Lorsqu'il existe une érosion des cartilages, la fausse membrane s'implante sur le tissu osseux.

En même temps, le tissu cellulaire sous séreux s'infiltre de lymphe plastique qui s'organise; de telle sorte que l'accumulation de ces divers produits donne à la membrane séreuse une épaisseur qui peut, aller jusqu'à 1 ou môme 2 millimètres.

La cavité articulaire renferme un liquide séreux", puis roussâtre et qui, plus tard, devient trouble, lactescent; dans des circonstances assez rares, on rencontre du véritable pus. Le liquide distend peu à peu les parois de l'articulation, qui résistent, quelquefois la synoviale s'ulcère, la capsule articulaire se rompt, le liquide s'épanche dans les interstices musculaires, et le pus se fait jour au dehors, plus ou moins loin du siège primitif du mal.

Dans cet état, la maladie peut s'arrêter et rétrograder ; mais les fongosités et la lymphe plastique organisée ne disparaissent qu'incomplètement, et il reste une hypertrophie de la synoviale; d'autres fois, celle-ci devient le siège de plaques indurées, cartilagineuses ou calcaires, qui se détachent et donnent naissance à une affection que nous étudierons plus loin sous le nom de corps étrangers articulaires.

2" Altérations des ligaments. — Tantôt ils sont ramollis, leurs fibres sont dissociées, séparées par le tissu cellulaire infiltré de liquide ou transformé en une substance fongueuse ; d'autres fois, ils sont hypertrophiés, indurés.

3° Altérations des cartilages. — Les cartilages sont ramollis, ils ont perdu leur élasticité, leur poli , leur aspect lisse et paraissent comme formés de fibrilles implantées perpendiculairement à la surfeice de l'os; dans quelques cas, ils sont convertis en une substance d'apparence putrilagineuse ; ils se détachent avec facilité de l'os qui les supporte. Ce phénomène, désigné sous le nom de décor tication, paraît dû au développement des fongosités sur l'extrémité du tissu spongieux de l'os; en effet , il n'est pas rare de voir la mince lamelle de tissu compacte rcpousséc, et se détacher du reste de l'os en même temps que le cartilage, et de trouver une continuité bien établie entre les fongosités sous-cartilagineuses et celles de la membrane synoviale.

Les cartilages sont encore le siège à*érosions, improprement désignées sous le nom à' ulcérations. Celles-ci sont irrégulières, taillées à pic et pénètrent jusqu'à l'os; au fond de cette perforation, on voit l'os à nu , mais le plus souvent sur la substance osseuse s'implantent des fongosités saignantes qui s'engagent dans la solution de continuité et font hernie dans la cavité articulaire.

89S PATHOLOGIE CnRUHGIGALE.

4' AUéralUms des os. — Les altérations osseuses , qu'elles soient primitives ou consécutives , sont exactement celles que nous avons décrites précédemment. Tantôt on observe de la carie et de la nécrose , ou simplement de l'ostéite ; c'est alors que Ton constate ce gonflement si remarquable des extrémités articulaires , qui tient non-seulement à Tos lui-même, mais encore au périoste. D*autres fois on trouve les altérations appartenant à une affection tuberculeuse ; enfin M. Richet a signalé une forme particulière de tumeur blanche qui appartient à la dégénérescence cancéreuse, et qui serait caractérisée par l'imbibition des cellules du tissu spongieux par un liquide oléagineux, la raréfaction et la friabilité du tissu spongieux, l'atrophie du tissu compacte et l'interposition d'une couche de sang noirâtre entre le tissu spongieux et le tissu compacte. Les parties molles sont saines et les douleurs excessives.

5* Altérations des parties molles. — La peau a conservé sa coloration normale. Lorsque, par suite des progrès du mal, l'articulation a beaucoup augmenté de volume, les téguments sont lisses, luisants; dans les dernières phases de la maladie, ils sont le siège de perforations qui donnent passage à du pus ; autour des portais fistuleux , on trouve la peau décollée dans une étendue variable.

Le tissu cellulaire est souvent sain , surtout au début ; plus tard il devient molasse, et présente de ces fongosités, que nous avons décrites en parlant des altérations de la membrane synoviale.

Les muscles, par suite du repos auquel ils sont condamnés , sont nmincisj pâles, souvent rétractés dans le sens de la flexion. On observe également la rétraction du tissu fibreux.

Les parties molles qui entourent l'articulation sont souvent le siège de foyers purulents qui s'ouvrent à l'extérieur bien avant que la maladie ait amené la suppuration de l'articulation. M. le professeur Gerdy a désigné ces abcès sous le nom d'abcès circonvoisins ; enfin les tendons, les vaisseaux, les nerfs participent plus ou moins aux désordres de l'articulation. Les gaines tendineuses et vasculaires sont plus ou moins indurées.

Il est évident que les altérations que nous venons de décrire ne se rencontrent pas au même degré dans une tumeur blanche; au contraire, l'altération osseuse sera très considérable, tandis que la synoviale et les parties molles surtout ne présenteront que des lésions peu profondes ; dans d'autres cas, l'altération sera à son maximum dans les parties molles. On comprendra ce phénomène, si l'on se rappelle que la tumeur blanche débute tantôt par les parties molles, tantôt par les os.

Étiologie. — Les tumeurs blanches s'observent principalement chez les enfants et chez les adolescents ; elles sont beaucoup plus rares chez l'adulte ou chez le vieillard ; les femmes en seraient plus souvent atteintes que les hommes. On a admis des causes générales et locales. Aux premières appartient la diathèse scrofuleuse ; car c'est surtout chez les siijots scrofuloux que les tumeurs blanches ont été ob-

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