Clin, méd., t. II, p. 13 et suiv
MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
Diagnostic. — Le diagnostic de la phthisie pulmonaire est parfois difficile, non seulement au début de la maladie, mais à ses périodes plus avancées. Cette question du diagnostic de la phthisie a été traitée par Sée1. qui divise les phthisies en phthisies latentes, phthisies larvées et pseudo-phthisies. Les phthisies latentes, par leurs symptômes incomplets ou mal accusés, ne se traduisent que par une pâleur chloro-anémique ou par un amaigrissement avec ou sans fièvre, ou par une toux catarrhale, ou par une hémoptysie. Les phthisies larvées sont celles qui prennent le masque d’une affection aiguë des voies respiratoires, d’une bronchite, d’une pleurésie, d’une broncho-pneumonie, d’une laryngite simple en apparence. Les pseudo-phthisies sont des maladies, telles que la dilatation bronchique, les gommes syphilitiques du poumon, les kystes hydatiques pulmonaires, les néoplasmes de différente nature qui simulent la phthisie, mais qui n’ont nullement une origine tuberculeuse. Dans ces différents cas, le diagnostic n’est pas toujours simple, et la constatation des bacilles de Koch dans les crachats rend le plus grand service.
Au sujet du diagnostic, je crois utile de formuler les préceptes suivants :
Tout adolescent, tout adulte, qui maigrit beaucoup et rapidement, avec ou sans fièvre, alors qu’il n’est point diabétique, doit être suspecté de tuberculose.
Toute jeune fille, toute jeune femme, qui n’est pas une chlorotique franche, qui n’est pas chloro-brightique, qui n’a pas d’anémie syphilitique et qui présente à peu près le masque de la chloro-anémie, doit être suspectée de tuberculose.
Tout individu qui a des hémoptysies, doit être suspecté de tuberculose; les hémoptysies dites supplémentaires sont bien souvent des hémoptysies tuberculeuses; mais, d’autre part, il ne faut pas oublier qu’il y a tout un
1. G. Sée. De la phthisie bacillaire des poumons. Paris, 1SS1.
MALADIES DU POUMON
groupe d’hémoptysies non tuberculeuses, telles sont les hémoptysies de la bronchectasie, de l’hydatide du poumon, de la syphilis du poumon, des fausses tuberculoses, etc.
Pronostic. — Je n’insisterai pas longtemps sur le pronostic de la phthisie pulmonaire; on a vu, d’après les descriptions précédentes, combien est grave cette maladie. Mais il y a un point sur lequel je désire appeler l’attention, c’est que la tuberculose guérit bien plus souvent qu’on ne pense; non seulement elle est curable à ses débuts, mais elle est encore curable à une période déjà avancée1. On retrouve souvent, à l’autopsie de gens morts de toute autre maladie, on retrouve, dis-je, d’anciennes lésions tuberculeuses, fibreuses ou crétacées, témoins indéniables que ces gens-là avaient été autrefois affectés de tuberculose.
Traitement. — Occupons-nous d’abord du traitement prophylactique, qui a pour but : 1° de modifier autant que possible les chances d'hérédité que présente un sujet issu de souche tuberculeuse; 2° d’éloigner les causes de contagion. Le sujet issu de souche tuberculeuse doit, dès son enfance, vivre au grand air, à la campagne, fréquenter les localités à altitude élevée, faire beaucoup d’exercice, se bien nourrir et éviter toutes les causes de contagion, car plus que tout autre, à cause de son origine, il est en état de réceptivité.
Les moyens destinés à prévenir la contagion sont les suivants : choisir pour l’enfant une nourrice qui n’ait aucune tare tuberculeuse. Ne faire jamais coucher un enfant dans la chambre de ses parents phthisiques. Défendre aux époux d’avoir un lit commun ou une chambre commune. Recueillir autant que possible les produits d’expectoration dans un vase qui est vidé et lavé plusieurs fois par jour, et ne pas laisser les crachats s égarer sur des linges, sur des mouchoirs, sur le par-
1. Jaccoud. Curabilité et traitement de la phthisie pulmonaire.
MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
quet, où ils se dessèchent, se réduisent en poussière et deviennent une cause puissante de contagion. Purifier les chambres et les objets de literie après le décès d’un phthisique. Passer à la vapeur, à 100 degrés, les vêtements qui ont servi à un phthisique, et mieux encore, les brûler1. Si ces prescriptions étaient suivies, on verrait baisser fortement le bilan de la phthisie pulmonaire.
La tuberculose pulmonaire une fois déclarée, quel traitement faut-il mettre en usage? Analysons d’abord les divers médicaments et leur efficacité respective.
L’huile de foie de morue est un médicament reconstituant, à la condition qu’on la donne à doses suffisantes l’intolérance de l’estomac et le dévoiement sont une contre-indication; toutefois, en donnant à doses progressives de la bonne huile de foie de morue très refroidie dans un mélange réfrigérant, on arrive à établir la tolérance. J’ai obtenu de l’huile de foie de morue à forte dose des résultats excellents ; je la fais prendre à grands verres ; quelques malades en ont bu 400 et 500 grammes par jour pendant plusieurs semaines. Je répète que les résultats obtenus sont souvent surprenants; je publierai plus tard, à ce sujet, les observations que j’ai recueillies dans mon service à l’hôpital Necker. Quand l’huile de foie de morue est mal tolérée, on essaye de la remplacer par des aliments huileux, caviar, sardines à l’huile, thon mariné, etc.
La glycérine est encore un médicament d’épargne fort utile; on la donne tous les jours à la dose de 50 à 60 grammes, associée à quelques grammes de rhum et aromatisée avec une goutte d’essence de menthe (Jaccoud). Les préparations arsenicales, à cause de leur action eutrophique, sont bien indiquées; on donne l’arséniate de soude à la dose de 1 demi-centigramme à 1' centigramme par jour, en solution dans de l'eau distillée, ois l’acide arsénieux à la dose de 4 à 10 milligrammes par jour, sous forme de granules contenant chacun 1 milligramme.