‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 120 sur 292 · Landouzy. Progrès médical , 30 juin · texte numérisé non relu

Landouzy. Progrès médical , 30 juin

Les grands kystes pulmonaires peuvent donc provoquer une déformation, une voussure du thorax; ils peuvent dévier le cœur et simuler un épanchement pleurétique enkysté ou étendu. Dans quelques cas, ils provoquent, en outre, d’autres symptômes, dont les plus importants sont la douleur, la dyspnée, et des signes de compression tels que les œdèmes des membres inférieurs et supérieurs.

Le diagnostic des kystes hydatiques pulmonaires, lorsqu’ils déterminent une déformation ou une voussure thoracique, est vraiment fort difficile; pour la facilité de la discussion, divisons-les en deux catégories. Dans quelques cas, la voussure est si nettement limitée, que le kyste forme tumeur ; si la voussure occupe la base droite et antéro-latérale du thorax, on pense à un kyste hydatique du foie; si la voussure déforme la région supérieure du thorax, on pense tout d’abord à un anévrysme, à une tumeur du médiastin; si la voussure est postérieure et latérale, l’idée d’une pleurésie interlobaire vient à l’esprit; si la déformation thoracique occupe la partie postérieure et inférieure du thorax, on diagnostique un épanchement pleural de la base. Dans d’autres cas, le kyste ne forme pas tumeur, mais il arrive, par la grande étendue qu'il occupe, à simuler une pleurésie de la grande cavité pleurale; il en présente la plupart des signes et des symptômes : dilatation du thorax, matité absolue, abolition des vibrations, souffle à l’auscultation, déviation du cœur; tout est fait pour induire en erreur. Pour lever tous les doutes, il suffirait, dira-t-on, de pratiquer une simple ponction aspiratrice. Oui, mais on verra plus loin à quel danger terrible peut exposer la ponction d’un kyste du poumon.

Tous les kystes hydatiques pulmonaires ne se portent pas vers les parois thoraciques, tous n’acquièrent pas, il s'en faut, un grand développement; il y en a beaucoup, sur le nombre, dont les dimensions ne se traduisent par aucun signe de déformation ou de voussure thoracique; mais, quel que soit le volume du kyste, qu’il soit grand ou petit, un moment arrive, où des accidents d’un autre

genre se préparent; ces accidents sont l’inflammation des régions voisines, l’infection, la suppuration du kyste et sa rupture dans les bronches ou dans la plèvre.

Dans bien des cas, la rupture du kyste est précédée ou accompagnée de lésions broncho-pulmonaires importantes à connaître; la congestion pulmonaire, la bronchopneumonie, la pleuro-pneumonie, ont été observées, soit pendant l’évolution du kyste, soit au moment de l’infection kystique (Walske, Lorieux). Ce côté de la question a été délaissé par quelques-uns des auteurs qui ont décrit l’hydatide pulmonaire; je vais la résumer en rappelant un cas que j’ai observé dans mon service à l’hôpital Necker. Il s’agit d’un de mes infirmiers, qui avait eu quelques mois avant une hémoptysie, et qui fut pris de fièvre, de toux, de douleurs thoraciques et d’une expectoration hémoptoïque. A l’examen du malade on trouva des râles muqueux, sous-crépitants, et un souffle léger dans le tiers moyen de la poitrine, en arrière, du côté droit. Cet état-là simulait une pneumonie bâtarde ou un infarctus pulmonaire. Pendant plusieurs jours, les signes stéthoscopiques ne se modifièrent pas, à l’exception de quelques frottements qui vinrent se mélanger aux râles diffus. L’expectoration continuait à être abondante, visqueuse et hémoptoïque, puis elle changeade nature, elle devintmuco-purulente, et un jour le malade rendit et nous montra quelques lambeaux de membranes hydatiques qui permirent immédiatement de faire le diagnostic de cette lésion bronchopleuro-pulmonaire.La fièvre céda : 1e. kyste hydatique avait suppuré et tout le territoire pulmonaire avoisinant en avaitsubi le contre-coup sous forme de pneumoniebâtarde.

Ces poussées pneumoniques (lésions à pneumocoques) peuvent exister aux différentes périodes de l'évolution du kyste; elles sont aussi importantes à connaître que les pleurésies dont je parlais au début de cet article.

Rupture du kyste. — Tant que le kyste n’est pas infecté, tant qu’il n’est pas envahi par la suppuration, la rupture ne se fait point; les exceptions à cette règle sont

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extrêmement rares (cas de Marconnet). Le kyste peut s’ouvrir dans les bronches fvomique), ce qui est le cas le plus fréquent, ou dans la plèvre, ou bien, à la fois, dans les plèvres et dans les bronches (pyo-pneumo-thorax). Étudions ces différentes modalités :

L’ouverture du kyste dans les bronches est parfois précédée d’une phase fébrile avec bronchite, congestion pulmonaire, toux incessante, expectoration purulente, sanguinolente et souvent fétide; à ce moment le kyste est fissuré, il n’est pas encore franchement ouvert. Si le kyste est peu volumineux, ou si la communication avec la bronche est de petite dimension, l’ouverture du kyste ne prend pas tout à fait les allures d’une vomique. Le malade, à la suite de quintes de toux, rend des crachats homogènes, purulents, colorés, analogues à de la gelée de groseille; parfois l'expectoration est franchement sanguinolente, et au milieu du sang des hémoptysies, ou dans le liquide d’une expectoration parfois fétide, on retrouve des crochets d’échinocoque, des lambeaux ou des vésicules d’hydatides qui permettent, d’affirmer le diagnostic.

Si le kyste est volumineux, si la communication avec la bronche est largement établie, le malade est pris de terribles quintes de toux, de sensation de déchirure, d’angoisse, de suffocation voisine de l’asphyxie, suffocation provoquée par le liquide, par les membranes qui encombrent l’arbre aérien, et il rend, sous forme de vomique, une grande quantité de liquide, qui est clair et transparent comme de l’eau de roche, si la suppuration ne s’est pas emparée du kyste (cas de Marconnet), mais qui est louche, séro-pururint, sanguinolent, d’odeur et de goût nauséabonds si le kyste rompu était en suppuration. Dans le liquide de la vomique on retrouve parfois des vésicules entières d’hy datide, du volume d’une tête d’épingle aune noisette, on à une noix, plus souvent des lambeaux membraneux d’hydatide de dimension variable.

La première vomique est généralement la plus forte, iinais elle est rarement unique; on voit parfois une série

MALADIES DU POUMON

de vomiques qui se répètent pendant des jours, des semaines et des mois. Dans l’espace d’une année, Chachereau a en quinze vomiques, ou du moins quinze expulsions d’hydatides. Habituellement, je le répète, la première vomique est la plus violente, les autres vomiques sont plutôt une expectoration purulente avec rejet de lambeaux de membranes. L’haleine et l’expectoration sont souvent fétides. Tant que les hydatides ne sont pas complètement rejetées, l’expectoration purulente ne tarit pas.

Dans bien des cas, la rupture du kyste est annoncée ou accompagnée par des hémoptysies qui sont plus abondantes, plus tenaces, plus terribles, que les hémoptysies précoces que nous avons étudiées à la première période de l’évolution kystique. Ces hémoptysies tardives peuvent même persister longtemps après la rupture du kyste. Chachereau a eu une quinzaine d’hémoptysies en dix-huit mois; elles avaient été légères avant la rupture du kyste, elles furent abondantes au moment de la rupture et elles persistèrent cinq mois après la dernière vomique. Marconnet a eu des hémoptysies peu importantes avant la rupture du kyste, mais terribles et presque mortelles au moment de la rupture. Dans une observation de Haberston les hémoptysies déterminèrent la mort du malade et l’on trouva à l’autopsie la veine pulmonaire sectionnée, cause de l’hémorrhagie1. i L’ urticaire accompagne assez souvent la rupture de l’hydatide pulmonaire comme la rupture des hydatides de j toutes les régions2. Arnault a cité un cas d’urticaire j généralisée après rupture du kyste pulmonaire dans les : bronches3. Chachereau eut sa première poussée d’urti- « caire quelques jours après l’ouverture de son kyste dans les bronches et il eut successivement dix poussées d’urtica lires parfois si violentes, que le sommeil devenait impossible. Delagenière cite l’observation d’une femme qui fui i prise d’urticaire, après la perforation de son kyste dans la

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