Arnault. Bulletin médical du Nord
MALADIES DE I/APPAREIL RESPIRATOIRE
plèvre. L’urticaire est donc un symptôme qui accompagne assez souvent la rupture du kyste hydatique pulmonaire.
Après la rupture du kyste dans les bronches, de nouveaux signes apparaissent. On constate à l’auscultation des râles multiples, parfois du souffle cavitaire. Le foyer kystique étant souvent le siège d’infection secondaire, la fièvre n’est pas rare, et avec elle, apparaît son cortège habituel, transpiration, anorexie, amaigrissement. A voir ces malades, émaciés, anémiés, crachant du pus et du sang, ayant les ongles hippocratiques (Trousseau), on ne pourrait se défendre de l’idée de phthisie pulmonaire, si l’exainen bactériologique n’était là pour rectifier le diagnostic.
Le diagnostic de la vomique hydatique est fort simple quand on trouve dans les matières rendues, des membranes hydatiques ou des lambeaux de membranes. Faute de membranes d’hydatide, dont la conformation, on le sait, est caractéristique, il faut rechercher avec soin les crochets d’échinocoque, car il suffit de trouver un seul crochet pour affirmer un diagnostic hésitant. Dans bien des cas, la vomique n’éclate pas avec ses grands symptômes caractéristiques et rien alors ne nous met sur la voie du diagnostic; les malades se croient le plus souvent atteints de bronchite ; ils nous racontent que pendant huit jours, pendant quinze jours, ou depuis longtemps, ils ont rejeté des crachats muco-purulentsou sanguinolents; ils ne parlent en rien des lambeaux d’hydatides qui peuvent être passés inaperçus; on examine alors ces malades et l’on constate chez l’un des signes de dilatation bronchique avec fétidité; chez l’autre, des signes de bronchite chronique avec bronchorrhée; chez un troisième, des signes de caverne pulmonaire avec hémoptysies répétées; chez un quatrième, des signes rappelant la vomique consécutive à une pleurésie enkystée et interlobaire. Jusque- Là. pas moyen de faire un diagnostic; l’urticaire, il est vrai, quand elle existe, est un appoint de grande valeur, mais il ne faut jamais négliger l’ejamen histologique des crachats et des matières expectorées, car la pré-
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sence des membranes hydatiques et des crochets peut seule donner une certitude.
La rupture du kyste dans les bronches est parfois un mode de guérison, mais souvent aussi, le clapier pulmonaire, véritable lieu d’infection, devient une source intarissable d'expectoration purulente et d’hémoptysies; le malade continue à rendre des membranes, des crachats abondants, purulents et fétides, la fièvre survient avec le cortège des accidents septiques, diarrhée, perle d’appétit, amaigrissement, sueurs ; alors se déclare une véritable phthisie hydatique, provoquée par les infections secondaires. La tuberculose peut également se développer à titre d'infection secondaire dans le cours de l’hydatide pulmonaire.
Après avoirétudié la rupture du kyste dans les bronches et la vomique, qui en est la conséquence, étudions la rupture du kyste dans la plèvre.
Mais je dois au préalable discuter une intéressante question : Le kyste hydatique peut-il se développer primitivement dans la cavité pleurale; n’y a-t-il pas des kystes hydatiques de la plèvre comme il y a des kystes hydatiques du poumon? Le kyste hydatique primitif de la plèvre est exceptionnellement rare, si tant est qu’il existe ; Laënnec, Cruveilhier, Davaine, Trousseau, admettent à peine la possibilité du développement primitif du kyste hydatique dans la cavité pleurale. Davaine, sur 25 cas d’hydatides thoraciques, n’a trouvé qu’une seule fois l’hydatide primitivement pleurale. Dupuytren et Jotfroy avaient rapporté une observation d’hydatide pleurale, mais en y regardant de près, dit Trousseau, on voit que c’était un kyste du poumon ouvert dans la plèvre, le malade ayant eu des hémoptysies. Vigla1, dans son travail sur les hydatides de la cavité thoracique, ne cite qu’un seul cas d’hydatide pleurale, cas fort discutable manquant de contrôle anatomique. Maydl (de Vienne) a publié en 1891 un mémoire sur les échinocoques de la plèvre, mais après avoir analysé en détail chacune des obser-
i. Vigla. Archives de médecine, 1855.
DIEELAFOY, PATHOL. T. I,
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vations contenues dans ce travail, je trouve qu’il s’agit là, non pas d’hydatides primitives de la plèvre, mais d’hydatides secondaires venues du poumon ou du foie. Du reste, autant le kyste hydatique primitif est fréquent dans les parenchymes, autant il est absolument exceptionnel dans les cavités séreuses1 ; on trouve l’hydatide dans le foie et dans les tissus sous-péritonéaux, mais pas dans le péritoine; on trouve l’hydatide dans le cerveau, mais pas dans la cavité méningée ; dans le cœur, mais pas dans le péricarde; dans le poumon, mais pas dans la plèvre. Les kystes des cavités séreuses, les kystes de la cavité pleurale, sont des kystes qui y ont pénétré par effraction ; le kyste du poumon peut décoller la plèvre épaissie au point de simuler un kyste de la plèvre (Trousseau).
De tout ceci, il faut conclure que l’hydatide de la plèvre est presque toujours secondaire à une hydatide née dans un organe du voisinage et pénétrant dans la cavité pleurale par perforation. La plèvre épaissie s’oppose souvent à la perforation et à l’envahissement pleural, et quand cette perforation se fait, elle consiste tantôt en un simple pertuis, tantôt elle atteint les proportions d’une vaste déchirure de la plèvre. Étudions donc l’envahissement de la plèvre par l’hydatide.
Dans quelques cas, l’ouverture du kyste dans la plèvre se fait d’une façon insidieuse; plus souvent elle est accompagnée de symptômes dyspnéiques et douloureux. Le malade présente les signes d’une pleurésie sèche (frottements) ou les signes d’un épanchement pleural. En voici une observation caractéristique8 : un garçon d’apparence tuberculeuse fut pris subitement d’une douleur lancinante dans le poumon droit; à l’auscultation on entendait des frottements. On constata bientôt que tout le côté droit du thorax était élargi, dilaté, et absolument immobile pendant les mouvements respiratoires; la ma-
1. Rebière. Kystes hydat. prirn. de la plèvre. Th. de Paris, 1894.
2. Lehraann. Kystes hydatiques du poumon ouverts dans la plèvre. Tb. de Paris, 1882.
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tité était absolue. Le malade mourut et à l’autopsie on trouva la plèvre droite rompue et remplie par le contenu séro-purulent et par les membranes d’une vaste hydatide du poumon rompue dans la cavité pleurale.
Dans d’autres cas, qui sont les plus fréquents, le kyste pulmonaire est le siège de deux perforations qui le font communiquer, d’une part avec la plèvre et d’autre part avec les bronches; j’ai analysé avec soin toutes les observations de ce genre, et j’ai vu que c’est presque toujours la perforation bronchique qui se fait la première : un peu plus tard se fait la perforation pleurale. La perforation bronchique est généralement petite, limitée, à l’état de tissure; aussi elle ne provoque pas la grande vomique à symptômes bruyants ; le malade paraît n’avoir qu’une bronchite fétide, ou de la broncho-pneumonie avec gangrène; il rend des crachats purulents, fétides, sanguinolents; sur ces entrefaites la plèvre se perfore, et le pneumothorax se déclare. Dans les cas où la perforation de la plèvre se fait avant la perforation des bronches, et si au moment de la perforation pleurale, le poumon était préalablement fixé à la plèvre par des adhérences, l’apparition du pneumothorax peut n’être pas accompagnée de symptômes violents, mais dans les autres cas, le pneumothorax éclate au milieu d’accidents dramatiques tels que : douleur terrible, angoisse inexprimable, asphyxie menaçante. Voici quelques observations qui rendent bien compte de ces différentes modalités.
Dans une observation de Bucquoy1, la perforation de la plèvre précéda la perforation des bronches. Le malade qui fait le sujet de cette observation était atteint de kyste hydatique pulmonaire droit. A un moment donné se déclara rapidement un épanchement très abondant de la plèvre droite (ouverture du kyste pulmonaire dans Jjla plèvre) ; plus tard survint un pneumothorax avec tous ses signes (ouverture de la cavité kystique dans les bronches), et le malade rendit alors, sous forme de vomiques plu-