Thèse de M. Jacquin
MALADIES DU POUMON
dans le doute, il faut administrer l’iodure de potassium et le mercure; il y va du salut du malade. Cette forme de pneumopathie syphilitique aiguë mérite toute notre attention, car si elle est de beaucoup la plus rare, elle est aussi de beaucoup la plus grave.
PNEUMOPATHIE SYPHILITIQUE SIMULANT LA PHTHISIE TUBERCULEUSE CHRONIQUE COMMUNE.
Description. — Cette forme de syphilis pulmonaire est la plusfBéquente1. Ici, la pneumopathie syphilitique s’installe insidieusement, presque sans fièvre; dans sa première phase elle simule une bronchite, une congestion pulmonaire, une broncho-pneumonie mal définie; l’appétit est conservé, le malade ne maigrit pas, la toux est fréquente, l’expectoration n’a encore aucun caractère particulier; l’auscultation fait percevoir des râles muqueux dont la tendance est de se localiser à une région déterminée. Plus tard, d’autres symptômes apparaissent, tels que douleurs disséminées dans le thorax, dypsnée parfois violente, augmentant surtout le soir, pour atteindre son maximum vers le milieu de la nuit. Les hémoptysies sont fréquentes mais peu abondantes; le malade ne rend le plus souvent que des crachats hémoptoïques; néanmoins, dans une observation de M. Lancereaux, un litre de sang fut expectoré, et dans une observation personnelle, la quantité de sang rendu avait atteint la valeur de deux verres.
Le malade auquel je fais allusion m’était déjà connu; je l’avais soigné antérieurement pour une large ulcération syphilitique tertiaire du bras. Aussi quand je découvris plus tard une excavation à la partie moyenne du poumon droit, avec symptômes de phthisie avancée, je pensai
1. A. Fournier. Phagédénisme tertiaire du pied; Phthisie syphilitique simulant la phthisie commune , traitement spécifique ; guérison (Académie de médecine 10 novembre 1878).
MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
aussitôt à la possibilité d’une lésion syphilitique. Le traitement prouva la vérité du diagnostic, le malade s’améliora et guérit avec une étonnante rapidité.
Les lésions pulmonaires syphilitiques sont localisées le plus souvent à droite, à la partie moyenne du poumon et en dehors du hile, comme dans les pneumopathies syphilitiques à marche aiguë. Le foyer des bruits d’auscultation est donc localisé, soit au niveau de l’épine de l’omoplate, soit en avant, au niveau des troisième et quatrième espaces intercostaux. A cette règle il y a de nombreuses exceptions (observations de Fournier et de Gübler). Râles muqueux, gargouillement, souffle bronchique, souffle caverneux, tous ces signes peuvent être perçus à l’auscultation, suivant le degré de la lésion (congestion, induration, ramollissement, caverne).
Si le syphilitique pulmonaire devient moins rapidement phthisique que le tuberculeux, si, tout en expectorant des fibres élastiques, voire même des fragments de gomme, il peut conserver pendant quelques semaines ou quelques mois une bonne santé apparente, il ne faut cependant pas exagérer cette idée de Bazin, que le syphilitique est toujours un « caverneux bien portant ». Quel que soit le mode de début de cette pneumopathie syphilitique, alors même que le malade est resté pendant un certain temps à peu près bien portant, il est rare que la guérison survienne, si le traitement n’intervient pas ; tôt ou tard les troubles fonctionnels apparaissent, les crachats deviennent nummulaires, la fièvre s’allume le soir, les sueurs sont profuses la nuit, l’amaigrissement fait des progrès rapides, les ongles s’incurvent, et faute de traitement, le malade meurt en pleine consomption, comme meurt un phthisique tuberculeux.
Quelles sont donc les causes de cette phthisie syphilitique ? Nous comprenons facilement comment des gommes pulmonaires finissent, après ramollissement, par laisser des cavernes ; nous comprenons encore que le syphilitique devienne cachectique par le développement si-
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multané de lésions spécifiques ou de dégénérescences amyloïdes dans les autres parenchymes, mais comment la syphilis pulmonaire peut-elle faire du malade un phthisique ? Il n’est pas dans les allures de la syphilis tertiaire des autres organes de déterminer la fièvre hectique et la consomption avec sueurs nocturnes et ongles hippocratiques. Les découvertes microbiologiques semblent simplifier le problème, et je pense que chez le syphilitique pulmonaire, la fièvre hectique n’est pas directement le fait de la syphilis, elle est le résultat d’infections secondaires dont la genèse est facile à saisir. La syphilis crée dans le poumon des ulcérations, des cavernes, dans lesquelles pullulent un grand nombre de micro-organismes . Quelques-uns de ces microbes trouvent dans l’excavation pulmonaire un terrain favorable à leur développement et à l'exaltation de leur virulence, ils s’y multiplient, et déterminent ainsi la suppuration ou les fermentations que l’on peut considérer comme le résultat d’infections secondaires. Ce sont ces infections secondaires qui, en grande partie et par le même mécanisme, déterminent les symptômes de phthisie chez les tuberculeux ; la microbiologie nous fournit à cet égard des résultats positifs ; en même temps qu’il découvrait sur les parois des cavernes tuberculeuses le bacille qui porte son nom, Koch y trouvait des parasites étrangers développés secondairement.