‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 135 sur 292 · Desplats. Semaine médicale, 1885, n · texte numérisé non relu

Desplats. Semaine médicale, 1885, n

DIEUI.AFOY, PATHOL. T. 1.

MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE

mais cette gêne arrive bien rarement jusqu’à la dyspnée.

La dyspnée n'est pas an symptôme habituel de la pleurésie avec épanchement. — L’épanchement, même quand il atteint 1800 grammes et 2 litres, accélère peu le rhythme respiratoire. Je ne parle pas, bien entendu, de la période douloureuse du début, qui est souvent accompagnée d’une fausse dyspnée, et je fais des réserves pouf le cas où une congestion du poumon accompagne la pleurésie. Mais dans toutes les autres circonstances, pleurésie aiguë, pleurésie subaiguë, pleurésie latente, il n’y pas de vraie dyspnée, même avec un épanchement de deux litres, et comme nous le verrons dans un instant, en discutant les indications de la thoracentèse, on aurait grandement tort d’attendre l’oppression du malade pour fixer le pronostic et le traitement de la pleurésie.

Une conséquence ressort de cette absence habituelle d’oppression dans le cas d’épanchement pleural, même assez considérable, c’est que la dyspnée est un indice de pleurésie avec complication. Quand un malade atteint d’un épanchement a plus de trente respirations par minute, c’est que l’épanchement pleural est très abondant, dans les environs de trois litres, ou bien c’est qu’il y a autre chose avec la pleurésie. Qu’on cherche attentivement, et l’on verra que la pleurésie est secondaire, qu’elle s’est développée dans le cours d’une maladie de Bright ou d’une affection cardiaque; on découvrira d’autres phlegmasies, telles que pleurésie double, bronchite, pneumonie, péricardite, fluxion de poitrine ou congestion du poumon.

Je dois m'arrêter un instant sur la congestion du poumon qui, si fréquemment, accompagne la pleurésie. C'est un fait qui a été bien mis en lumière par M. Potain. La fluxion d’un lobe pulmonaire ou d’une partie du poumon accompagne souvent la pleurésie surtout à sa période de formation ; il en résulte que les signes de l’épanchement pleural sont un peu défigurés par les signes que donne ce poumon fluxionné; l’égophonie, au lieu d’être pure,

MALADIES DE LA PLÈVRE

devient de la broncho-égophonie : le souffle, au lieu d’être lointain et voilé, devient un souffle plus rude ; la qualité de la matité et les nuances des vibrations thoraciques sont modifiées. Quand on n’est pas familiarisé avec ces questions délicates, on peut méconnaître un épanchement qui existe et tout rapporter à la fluxion pulmonaire, ou au contraire on peut supposer avoir affaire à un fort épanchement alors que le liquide est encore peu abondant. Je vais reprendre cette question dans un instant, au sujet du diagnostic.

Dans la pleurésie aiguë, la fièvre est modérée, quelquefois nulle ; la température ne monte guère au-dessus de 39°, 5, et la défervescence se fait assez vite ou lentement, à des époques variables et indéterminées, parfois au milieu de quelques symptômes de crise.

Marche. Durée. Terminaison. — On peut dire de la pleurésie qu’elle est une maladie à surprises. Sa marche est insidieuse, et l 'extrême irrégularité de ses allures ne constitue pas le côté le moins intéressant de son histoire *.

Aussi j’ai été fort surpris de voir émettre, à l’Académie de médecine, l’idée que la pleurésie est une maladie cyclique*.

Je n’ai qu’à consulter les nombreuses observations que mes internes publient tous les ans, pour affirmer que la pleurésie, est tout le contraire d'une maladie cyclique. Chez le pleurétique, tout est imprévu : la succession des symptômes, la courbe de la température, l’époque de la défervescence, le moment où l’épanchement apparaît et se résorbe. Chez tel malade, la pleurésie est fébrile, douloureuse, et l’épanchement apparaît à une époque qui varie du deuxième au quinzième jour. Chez tel autre, la pleurésie est insidieuse, et l’épanchement existe depuis un mois, six semaines, lorsque le malade arrive à l’hôpital, avec une sensation de gène ou de pesanteur qui souvent mérite à peine le nom de dys-

1. Dieulafoy. Des irrégularités de la pleurésie aiguë. Gazette hebdoma<l., 1878, n" 5.

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