‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 14 sur 292 · LUPUS DU NEZ · texte numérisé non relu

LUPUS DU NEZ

D’une façon générale, le lupus tuberculeux ou lupus vulgaire, lupus de Willan, est une tuberculose atténuée de la peau et des muqueuses adjacentes. C'est une scrofulo-tuberculose. On peut dire des tuberculoses cutanées, qu’elles ont une très faible virulence, et parmi elles, le lupus est remarquable, par sa marche très lente, par son évolution torpide, et par l'atténuation de son pouvoir

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virulent. Néanmoins, le lupus vulgaire fait bien partie de la famille des tuberculoses. Le tissu lupique, scrofulotuberculeux, contient une très faible quantité de bacilles, puisque les bacilles n’ont été constatés qu’une fois sur Il cas (Cornil et Leloir), mais Leloir a presque toujours réussi à provoquer la tuberculose, chez les animaux auxquels il a inoculé des fragments de lupus, dans la chambre antérieure de l’œil. De plus, les réactions locales de la tuberculine se montrent au niveau des lésions du lupus, au même titre qu’au niveau de lésions franchement tuberculeuses; c’est une nouvelle preuve de la nature tuberculeuse du lupus vulgaire.

Le lupus peut envahir la peau en diverses régions, mais le nez est son siège de prédilection. Tantôt le nez est seul envahi, tantôt le lupus s’étend également aux autres parties du visage, aux joues, aux lèvres.

Description. — Le lupus vulgaire du nez, ou lupus tuberculeux, est caractérisé par le développement de petites nodosités intra-dermiques.

Ces nodosités, ou tubercules lupiques, constituent l’élément primitif du lupus. Leurs dimensions varient du volume d’un grain de mil à une lentille et au delà.

Le tubercule lupique est assez transparent. Sa coloration rappelle l’aspect du sucre d’orge ou de la gelée de pomme. Sa consistance est un peu molle, et facilement appréciable au toucher. Le tubercule lupique a une marche extrêmement lente. Dans quelques cas, il aboutit à la résorption interstitielle, et donne lieu à des cicatrices blanches, déprimées, qui déforment le nez; plus souvent, il aboutit à l’ulcération et détermine des pertes de substance. 11 n’est pas rare de trouver sur une même région des tubercules lupiques cicatrisés, d’autres ulcérés, d’autres enfin en pleine évolution.

Souvent les tubercules lupiques se groupent en forme de plaque. Dans la forme la plus simple du lupus nasal, la plaque occupe, je suppose, l’aile du nez ; elle est rougeâtre, arrondie ou ovalaire; mais les tubercules lupiques sont

peu saillants. C’est le type du lupus plan ou maculeux, dont l’ulcération est ordinairement légère et superficielle.

Dans d'autres cas, le lupus, au lieu d’être plan, est exubérant, les tubercules lupiques sont fort saillants, très colorés. Ce lupus, à l’inverse du lupus plan, a une grande tendance à l’ulcération, c’est le lupus végétant, le lupus exubérant, le lupus exedens; dans sa marche envahissante, il est quelquefois dénommé lupus vorax; il atteint le nez, les joues, les lèvres, les paupières.

Les ulcérations lupiques sont indolentes, de coloration rouge ; elles ont un fond irrégulier, tapissé de granulations mollasses, baigné de liquide, et recouvert de croûtes plus ou moins épaisses. L’ulcération est irrégulière, à bords infiltrés, livides. Les croûtes sont grisâtres, parfois brunâtres, épaisses, stratifiées, et la chute des croûtes laisse à découvert l’ulcération souvent parsemée de tubercules lupiques.

La marche du lupus est extrêmement lente, l’évolution dure des années ou même des dizaines d’années; les ulcérations sont remplacées par des cicatrices, d’abord foncées, puis blanchâtres, et parcourues de brides saillantes. Ces ulcérations déterminent lentement la destruction des parties molles du nez, et les cicatrices contribuent au rétrécissement des narines.

Le diagnostic du lupus nasal et de la syphilis nasale a été fait au chapitre précédent à propos de la syphilis du nez, je n’y reviens pas.

La guérison spontanée ou thérapeutique du lupus est rarement durable. Que de fois, après plusieurs années de guérison apparente, on voit réapparaître les lésions lupiques !

Le lupus tuberculeux, que je viens de décrire, peut envahir la muqueuse du nez, soit primitivement, soit consécutivement au lupus delà peau. Il y a un lupus primitif de la cloison et de la sous-cloison. Le lupus de la muqueuse du nez a la même évolution lente et indolente

MALADIES DES FOSSES NASALES

que le lupus de la peau; il peut atteindre les cartilages, mais il est bien exceptionnel qu’il atteigne les os.

Je dois dire maintenant quelques mots du lupus érythémateux ou érythématoïde, qui pour les uns est une tuberculose cutanée des plus atténuées, et qui pour les autres devrait être rayé de la famille des tuberculoses. On l’appelle encore lupus acnéique. Le plus souvent, il occupe le dos du nez et la partie adjacente des joues, prenant ainsi la forme d'un papillon. 11 débute par une tache rouge, il se recouvre de squames, il s’étend, il finit par se décolorer, et enfin il s’atrophie sous forme de cicatrices, lisses, blanchâtres, superficielles, sans ulcérations. Le lupus érythémateux peut s’associer au lupus tuberculeux.

§ S. OZÈNE.

L ’ozène (Bçetv, sentir mauvais) ou punaisie (odeur de punaise écrasée) est l’odeur fétide que certaines personnes exhalent par le nez; mais il est important de ne pas confondre l’ozène, c’est-à-dire la fétidité qui a son origine dans l’appareil nasal, avec la fétidité que prend l’haleine au contact des affections de la houche et de la gorge. Les dents cariées, la périostite alvéolo-dentaire, l’état fluxionnaire des gencives, les sécrétions qui s’accumulent pendant la nuit sur la muqueuse de la langue et de la bouche, sont autant de causes qui rendent, l’haleine mauvaise ou fétide. Chez les personnes sujettes aux amygdalites, les produits caséeux qui encombrent les lacunes des amygdales sont une origine de puanteur. Je mentionne également la fétidité de l’haleine qui accompagne les bronchites fétides et la dilatation des bronches. 11 faut éviter de confondre l’ozène avec ces différents états.

Étiologie. — Bien qu’on ne soit pas complètement édifié sur la cause intime de l’ozène, voici ce qu’apprend l’observation clinique :

MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE

Chez certaines personnes, la punaisie existe, alors même qu’on ne constate à l’intérieur du nez ni ulcération ni déformation, ni rhinite atrophique; on dirait que les sécrétions nasales chez ces personnes, comme chez d’autres les sécrétions pharyngienne ou vaginale, ou comme chez d’autres encore la transpiration de l’aisselle ou des pieds, revêtent une véritable fétidité, dont la cause première est inconnue.

Chez quelques individus, principalement chez les herpétiques, cette tendance à la fétidité des sécrétions nasales peut être nulle à l’état normal, mais elle est réveillée par un coryza et surtout par un coryza chronique. Par contre, on voit des ozéneux chez lesquels un coryza aigu fait disparaître, au moins momentanément, la punaisie.

Il y a des sujets qui, dès leur enfance, ou dès l’âge de la puberté, sont atteints d’une punaisie qui mériterait le nom de constitutionnelle 1 ; cette punaisie est associée à un suintement nasal séro-purulent; elle persiste avec des alternatives jusqu’à l’âge adulte et ne décroît qu’à une époque plus avancée.

Parfois la punaisie est associée à des ulcérations de la muqueuse, à des lésions des cartilages et des os du nez, à des déformations nasales qui reconnaissent pour origine une syphilis acquise ou héréditaire. Cette importante variété d ’ozène syphilitique a été étudiée avec la syphilis nasale.

Chez certains individus, l’ozène peut être considéré comme une véritable entité morbide, ayant son origine dans une malformation congénitale des fosses nasales (rhinite atrophique). Ce serait même là l’ozène vrai, les autres variétés d’ozène étant considérées, comme des punaisies symptomatiques. Cette malformation consiste en un agrandissement considérable des fosses nasales, avec atrophie des cornets, surtout des cornets inférieurs, et amincissement de la pituitaire (Zaufal). Celle confor-

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