Debove et Renault. Soc. méd. des hôpit., juillet
MALADIES DE LA PLÈVRE
Mais chez d'autres malades, qu’on peut ranger dans une seconde catégorie, la pleurésie guérit, sans laisser ni tare, ni reliquat tuberculeux, et le malade, devenu désormais un sujet bien portant, va parcourir dix ans, quinze ans, vingt ans de son existence, sans que ni lui ni ses descendants éprouvent aucune des manifestations de l’infection tuberculeuse.
Ace sujet je me suis livré à une enquête auprès d’un certain nombre de mes collègues (Brouardel, Grancher, Vergely, Lépine, etc.), et en joignant leurs observations aux miennes, j’arrive à réunir un bon nombre de cas de pleurésies aiguës, n’ayant été suivies, ni à brève ni à longue échéance, de manifestations tuberculeuses. M. Corriveau1 a publié à ce sujet un mémoire intéressant, concernant la bénignité absolue d’un grand nombre de pleurésies qu’il a eu l’occasion d’observer dans une période de 25 ans.
Que conclure des faits anatomiques, bactériologiques et cliniques que je viens de mettre en parallèle?
Peut-être, le moment est-il venu de morceler, en plusieurs groupes, la pleurésie aiguë dite essentielle ou a frigore. L’un de ces groupes, le plus important, celui qui me parait dominer la situation, concerne la pleurésie tuberculeuse, avec cette restriction toutefois, que bon nombre de ces pleurésies, de nature tuberculeuse, sont des tuberculoses locales, curables et fort heureusement d’une réelle bénignité. Dans ces pleurésies-là, les nodules tuberculeux de la plèvre s’entourent de capsule fibreuse, ils n’aboutissent pas au ramollissement, il n’y a pas de tendance à la généralisation tuberculeuse. De plus, c’est la plèvre pariétale qui est envahie plus que la plèvre viscérale, preuve, que dans ces cas, la tuberculose pleurale est primitive et non pas secondaire à une tuberculose pulmonaire.
Je suis le premier à reconnaître, je le répète, qu’un bon nombre de pleurésies, franches en apparence, sont les unes, bénignes et curables, les autres, suivies à
1. Rapports de la pleurésie et de la tuberculose. Bordeaux, 1SS8.
MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE
échéance plus ou moins éloignée, d’infection tuberculeuse ; j’ai été élevé dans ces idées par mon maître Trousseau ; des faits personnels m’ont confirmé dans cette opinion, mais je ne peux faire disparaître d’un trait de plume les autres variétés de pleurésies sérofibrineuses, et la pleurésie simple, dite a frigore, pour les remplacer par la pleurésie fatalement tuberculeuse.
Il y a en effet, un groupe de pleurésies aiguës sérofibrineuses, non tuberculeuses. Dans ce groupe, qui deviendra plus important à mesure qu’il sera mieux étudié, doivent prendre place les pleurésies séro-fibrineuses, essentielles en apparence, mais imputables au pneumocoque, et ceci, en l’absence de toute pneumonie ; les pleurésies séro-fibrineuses, essentielles en apparence, mais imputables au streptocoque, ainsi que le prouvent les observations de MM. Fraenkel,Weichselbaum et Vaillard; des pleurésies séro-fibrineuses, essentielles en apparence, ou même en réalité, les examens bactériologiques, les cultures et l’expérimentation étant restés muets. Alors on comprendra qu’on a été un peu trop généreux pour la pleurésie tuberculeuse et un peu trop sévère pour la pleurésie a frigore; celle-ci ne mérite pas d’être absolument rayée du cadre nosologique et si le refroidissement, à lui seul, n’est pas capable de créer la pleurésie dans l'espèce humaine, ce qui ne m’est pas prouvé, il en est du moins un agent provocateur de premier ordre. Du reste la vraie pleurésie a frigore existe chez les animaux; pourquoi n’existerait-elle pas chez l’homme?
M. Trasbot, dans une très intéressante communication1, a démontré que la pleurésie a frigore est fréquente chez le cheval, chez le chien, chez le mouton, et peut n’avoir, chez les animaux, rien de commun avec la tuberculose. Il a cité des exemples de chevaux, achetés pour un régiment de cuirassiers, et prenant la pleurésie parce qu’on