Académie de médecine. Séance du 24 mai
MALADIES DE LA PLEVRE
les avait achetés tondus et qu’ils couchaient dehors, la nuit, en plein hiver, sans couverture. M. Duvieusart a vu cent cas de pleurésie dont cinquante terminés par la mort, dans un troupeau de quatre cents moutons qu’on venait de tondre pendant un mois de février très froid. Or ces animaux n’étaient nullement tuberculeux, et le liquide de leur pleurésie injecté à des cobayes n’a jamais déterminé de tuberculose. Il est donc indéniable que la pleurésie a frigore, non tuberculeuse, est fréquente chez les animaux, notamment chez le cheval, chez le mouton, chez le chien. Cette étude de médecine comparée, jointe aux raisons que j’ai alléguées plus haut, m’engage à rendre au refroidissement une part méritée dans la provocation de la pleurésie aiguë.
Je me résume : la difficulté qu’on éprouve parfois cliniquement à distinguer, entre elles, certaines pleurésies tuberculeuses et les pleurésies dites essentielles, doit engager le clinicien à s’entourer de tous les moyens que nous possédons aujourd’hui pour arriver à connaître la nature d’une pleurésie. Le diagnostic et le pronostic y sont également engagés. Dans les cas douteux et même dans les pleurésies en apparence légitimes, il faut, avec le liquide pleural, faire des injections dans le péritoine des cobayes et essayer de déterminer chez ces animaux des tuberculoses expérimentales. Il faut, d'autre part, rechercher les autres agents pathogènes (streptocoque, pneumocoque, etc.) qui sont parfois associés à l’évolution de la pleurésie aiguë séro-fibrineuse.
Traitement. — Dans la pleurésie aiguë, deux éléments principaux sont à combattre, la douleur et V épanchement A la douleur, on oppose avec avantage les ventouses scarifiées, les sangsues, les injections de morphine, l’antipyrine; mais plus tard, si l'épanchement fait de rapides progrès, quelle conduite faut-il tenir? Les vésicatoires n'ont qu’une très médiocre utilité dans le traitement de la pleurésie : que de malades qui ont eu trois, quatre et cinq vésicatoires dans le cours de leur pleurésie, et
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MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
qui ont été exposés aux complications de la cystite, de l’érysipèle et de l’éruption furonculeuse, sans avoir retiré le moindre bénéfice de la médication vésicante! Je crois donc que les vésicatoires n’ont aucune action efficace sur les épanchements de la plèvre, et je m’abstiens de les prescrire. Je sais bien que dans les familles, un médecin résiste difficilement à l’étonnement que fait naître dans l’entourage l’abstention du vésicatoire. Eh bien ! on s’y fera; le médecin est seul juge de la situation, il ne relève que de sa conscience.
Les autres moyens médicaux, la saignée, les purgatifs, les diurétiques et sudorifiques, ne me paraissent occuper qu’un rang très secondaire dans le traitement des épanchements pleurétiques; plus je vais, plus je reconnais que tous ces moyens sont inutiles et parfois nuisibles ; c’est donc le cas de discuter la valeur et l’opportunité de l’intervention chirurgicale, la tlioracentèse.
Thoracentèse. — A mon illustre et vénéré maître Trousseau revient l’honneur d’avoir nettement formulé les indications et le manuel opératoire de la ponction de la poitrine, et, malgré la vive opposition qu’il rencontra d’abord, Trousseau a tellement vulgarisé cette opération, délaissée avant lui, qu’il pourrait à juste titre en être considéré comme l’inventeur. Trousseau ne ponctionnait la poitrine que lorsque l’épanchement atteignait des proportions inquiétantes pour la vie du malade, et l’opérateur pratiquait la thoracentèse au moyen des instruments usités à cette époque, le trocart deReybard, muni d’une baudruche*. Mais lorsque, en 1869, j’eus fait connaître et appliqué la méthode de /’ aspiration au traitement des épanchements de la plèvre, le manuel opératoire de la thoracentèse fut si simplifié qu’on abandonna graduellement l’ancien procédé, et, il faut le dire, on abusa bientôt du nouveau. La thoracentèse par aspiration * étant au-