Janselrae. Revue de médecine , juillet
aspiralion est la plus innocente de toutes les opéralions.
a. Expectoration albumineuse. — Asphyxie. — Voici comment se présentent les accidents dyspnéiques et asphyxiques que je réunis dans un premier groupe. Aussitôt, ou peu après la thoracentèse, le malade est pris de toux et d’oppression, d’expectoration spumeuse, sanguinolente, albumineuse, et l’on entend à l’auscultation des râles fins d’œdème pulmonaire. Dans les cas bénins, ces symptômes s’amendent rapidement, et l’accident est terminé. Mais, dans d’autres cas, la complication est plus redoutable; la toux est quinteuse, l’anxiété et l’oppression sont croissantes et le malade rend 30 grammes (Woillez)1, 250 grammes (Vulpian), l litre (Desnos), et jusqu’à 2 litres (Moutard-Martin) d’une expectoration qui, dans le vase où elle est rejetée, se divise en plusieurs couches, la supérieure mousseuse et jaunâtre, l’inférieure plus dense et albumineuse. L’intensité de la dyspnée, la durée et la quantité de l’expectoration sont variables, et ce n’est qu’après une demi-journée ou une journée que le malade revient à son état normal. Enfin, dans quelques circonstances heureusement exceptionnelles (je n’en connais que six observations), les accidents ont été mortels, et l’asphyxie s’est déclarée si rapidement après la thoracentèse, que les malades ont été emportés en dix minutes (Girard2), en un quart d’heure (Gombault), en quelques minutes (Legendre), très rapidement (Dumontpallier), en quatre heures (Béhier et Liouville), en deux heures (Bouveret).
1. Woillez. Traité des malad. aig. des voies resp., p. 16S. — Vulpian. Thèse de Terrillon, p. 70. — Desnos. Id., obs. XIV. — Moutard- Martin. I-L, obs. IX.
2. Girard. Gaz. des hôpit., I Sût, n“ 35. — Gombault. Thèse de Tcrri lion. Ex pcctur. album., Paris, 1S75, p. 52. — Legendre. Gazelle des hôpitaux, 50 janvier IS73. — Dumontpallier. Soc. de biol., Is75. — Héhier et Liouville. Soc. de biol., 18S5. — Bouveret, France int'dicale, 1878, n" 4.
MALADIES DE LA PLÈVRE
Dès 1855, ces accidents dyspnéiques avaient été étudiés (Pinault1, d’Espine2, Woillez5, Marotte4), et différemment interprétés (Terrillon, Foucart3, Mercier8, Lereboullet7). A quoi donc les attribuer, comment expliquer l’expectoration albumineuse et l’asphyxie? On n’a pas trouvé de blessure du poumon dans les autopsies, et en supposant qu’une piqûre de cet organe ait permis au liquide pleural de passer dans les bronches, elle eût permis, réciproquement, à l’air des bronches de passer dans la plèvre : or, on eût constaté les symptômes d’un hydro-pneumothorax. Il ne faut donc pas accuser la blessure ou la perforation spontanée du poumon : ce qu’il faut accuser, c’est l 'œdème aigu du poumon, c’est 1® congestion pulmonaire rapide, qui déterminent l’expectoration albumineuse, la dyspnée et I’asphvxie (Hérard) 8. J
Reste à expliquer la cause de la congestion et de l'œdème aigu des poumons.
On a accusé la méthode aspiratrice; on a prétendu que 1 aspiration abaissait la tension pleurale et précipitait trop rapidement le liquide pleural au dehors. Pour démontrer combien l’accusation est peu fondée, il suffit de consulter les observations, et l’on voit précisément que sur 16 cas où l’opération a été suivie d’expectoration albumineuse (thèse de Terrillon), la thoracentèse avait été faite 12 fois avec le trocart et la baudruche sans aspiration, et 4 fois seulement par aspiration ■ et sur les 6 cas qui se sont terminés par la mort, l’opé-
i855 Considérations cliniques sur la thoracentèse. Thèse de Paris