‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 18 sur 292 · LARYNGITE CATARRHALE AIGUË · texte numérisé non relu

LARYNGITE CATARRHALE AIGUË

Description. — La laryngite catarrhale aiguë se développe isolément à titre de maladie distincte, ou secondairement dans le cours d’une autre maladie. Dans les deux cas elle s’annonce par une sensation de chatouillement au larynx, la sensibilité de la muqueuse exaltée, l’air qu’on respire paraît trop froid, et son passage dans les voies respiratoires est pénible. La toux, d’abord sèche et légère devient plus intense à mesure que les mucosités s’accumulent sur les lèvres de la glotte.

MALADIES LE L’Al’PAKEIL RESPIRATOIRE.

bientôt les deux grandes fonctions du larynx, la pho nation surtout, et la respiration, sont troublées; l’émission des sons est douloureuse, les notes élevées sont perdues, la voix est rauque, enrouée, altérée dans son timbre grave, presque éteinte, altérée dans sa tonalité, parce que les cordes vocales hypérémiées, enflammées, épaissies, infiltrées, parésiées, ne sont plus dans leurs conditions normales de tension et de vibration. La laryngite légère ne provoque que l’enrouement, mais quand elle est intense, quand la parésie des muscles vocaux est très accusée, quand les cordes vocales supérieures œdématiées recouvrent les cordes vocales inférieures, Y aphonie est complète, c’est Yextinction de voix. Parfois, la voix grave et rauque est entrecoupée de sons aigus analogues à la voix de fausset ; ce phénomène peut s’expliquer par les nœuds de vibrations qui se forment aux cordes vocales gonflées et couvertes de mucosités1.

La respiration s’effectue assez librement, du moins chez l’adulte; mais chez l’enfant, dont la glotte est beaucoup plus étroite, la dyspnée est fréquente et souvent compliquée d’accès de suffocation qui résultent de spasmes de la glotte (laryngite slriduleuse). L’expectoration, insignifiante au début, est formée plus tard de crachats épais et grisâtres, qui sont moins le fait de l’inflammation laryngée que de la bronchite ou de la trachéite qui lui sont si souvent associées.

Au laryngoscope, on voit que la muqueuse a pris en plusieurs points une coloration foncée, l’épiglotte, les replis aryténo-épiglottiques, les aryténoïdes sont rouges et tuméfiés ; les cordes vocales ont perdu leur aspect brillant et nacré; elles sont couvertes de striations rosées, mais elles échappent au boursouflement qui atteint fréquemment les bandes ventriculaires. La sécrétion produite par les nombreuses glandes de la muqueuse est abondante, elle a parfois un aspect gommeux qui enduit les différentes régions. Dans la forme benigne et légère, 1. Peter et Krishaber. Dict. encycl., 2’ partie, t. I, p. 584.

MALADIES DU LARYNX

la lièvre est insignifiante; la maladie ne se prolonge pas au delà de huit à quinze jours, et les différents symptômes s’amendent rapidement, à l’exception des troubles de la voix, qui, eux, sont plus lents à disparaître.

Telle est la laryngite aiguë légère, mais il existe une laryngo-trachéite aiguë, a frigore, beaucoup plus intense ; ici, la fièvre est vive, la toux et la déglutition sont très douloureuses, les crachats sont quelquefois striés de sang, les troubles de la voix sont très accusés, et la respiration est aussi gênée qu’au début de l’œdème de la glotte, ce qui s’explique par la tuméfaction qui s’empare de toutes les parties enflammées. Au laryngoscope, on découvre, outre les lésions précédemment décrites, des ecchymoses qui siègent surtout à la partie antérieure et sur le bord libre des cordes vocales, et qui témoignent de la violence de l’inflammation.

Étiologie. — Diagnostic. — La laryngite aiguë est provoquée par le contact direct d’un air froid sur le larynx, ou par son action indirecte sur une autre partie du corps (froid aux pieds) ; elle se développe sous l’influence de gaz irritants, elle accompagne la trachéite, la bronchite, le coryza, elle est un des principaux symptômes de la grippe, elle revêt dans la rougeole des allures spéciales.

La forme intense peut simuler l'œclème de la glotte, la forme légère, beaucoup plus fréquente, ne doit pas être confondue avec l’aphonie nerveuse, diagnostic qui demande quelques explications. Tout individu qui, à la suite d’un refroidissement, est pris de dysphonie ou d’enrouement, n’a pas forcément une laryngite, il a parfois une paralysie vocale (aphonie nerveuse) (Krishaber) : dans ce dernier cas, en effet, on ne découvre au laryngoscope aucune trace de phlegmasie; les cordes vocales ont conservé leur blancheur, mais elles se tendent incomplètement, la paralysie est habituellement unilatérale, elle est cause de dysphonie. Ces troubles de la voix sont dus a la paralysie du nerf laryngé externe qui anime 1e

blEUl.AFOY, l’ATIIDI.. T. I .

muscle crico-tyroïdien, muscle tenseur par excellence des cordes vocales

La laryngite, surtout chez les enfants, est parfois un des symptômes dominants de l’invasion de la rougeole; la concomitance des autres catarrhes, pharyngé, oculaire, nasal, permettra de compléter le diagnostic.

On n’oubliera pas que les troubles laryngés d’origine syphilitique, l’érythème et les syphilides érosives du larynx, ont la plus grande analogie avec la laryngite simple; cette remarque est importante au point de vue du traitement.

Pronostic. — Traitement. — La laryngite catarrhale aiguë, peu redoutable chez l’adulte, prend chez l’enfant une certaine gravité à cause des accès de suffocation qu’elle détermine. Elle est sujette à récidives, et elle devient un vrai malheur pour les personnes dont le larynx « est un instrument de travail » (Peter et Krishaber), pour les chanteurs, avocats, orateurs, qui sont quelquefois obligés d’abandonner leur profession, parce que la voix, altérée, ne revient que lentement à son état normal et se perd de nouveau sous l’influence des mêmes causes.

Les sudations, les boissons chaudes, les gargarismes émollients, les pulvérisations, les inhalations, les révulsifs placés au devant du cou, les topiques portés directement sur le larynx, et enfin les émissions sanguines locales lorsque la phlegmasie est vive, forment l’ensemble du traitement.

1. Cetto paralysie du nerf laryngé externe par refroidissement n’est pas plus étonnanle que la paralysie du nerf facial ou du nerf radial provoquée par la même cause. Il est assez curieux de voir qu'un même agent, le froid, anéantit le rôle des nerfs moteurs en déterminant la paralysie, et exalte le rôle des nerfs sensitifs en créant la névralgie. Lagarde. Aphonie nerveuse. Th. de Paris, 1SG5.

g 3. LARYNGITES CHRONIQUES.

Je décrirai trois variétés de laryngites chroniques : la laryngite catarrhale chronique, la laryngite glanduleuse et la laryngite hypertrophique. Je ferai toutefois remarquer que ces variétés ne sont pas toujours nettement distinctes en clinique, on peut même dire qu’elles sont souvent associées.

Laryngite catarrhale chronique. — Cette variété n’est presque jamais primitive, elle succède habituellement à une ou plusieurs laryngites aiguës et, comme toute laryngite, elle est entretenue par les efforts du chant, par les excès de tabac et de boissons. La douleur est nulle, la toux est modérée, la raucité de la voix et Y enrouement sont les troubles dominants. L’enrouement est constant, presque uniforme, il arrive rarement jusqu’à l’aphonie. Au laryngoscope, on constate la rougeur et la turgescence de la muqueuse, avec arborisations et saillies glandulaires. Parfois la phlegmasie se localise en certains points qui sont par ordre de fréquence : la face postérieure de l’épiglotte, les ligaments aryténoépiglottiques, les bandes ventriculaires et les cordes vocales.

Laryngite goutteuse. — On observe assez fréquemment chez les sujets de souche et de prédispositions goutteuses, une forme de laryngite chronique avec poussées aiguës, qui s’accompagnent de rhinite, de trachéite, et de bronchite. La bronchite est parfois limitée aux bases de la poitrine ; si elle occupe les sommets, elle peut faire supposer une affection de nature tuberculeuse. Lette laryngite se montre, particulièrement chez les chanteurs, dès les premières années d’études, plus fréquemment l’été que l’hiver. Elle disparaît le plus souvent spontanément, lors de l’apparition d’autres rnani-

festalions de la dialhèse, à moins que le surmenage vocal n’ait provoqué une hypertrophie définitive des cordes (Bonnier).

Laryngite glanduleuse. — La laryngite glanduleuse, ou granuleuse, est habituellement chronique d’emblée, c’est-à-dire qu’elle n’est pas, comme la forme précédente, consécutive à des poussées de laryngite aiguë. Fdle est souvent liée à la pharyngite glanduleuse; c’est même, dans bien des cas, la pharyngite glanduleuse qui ouvre la scène; la maladie serait donc bien nommée pharyngolaryngite granuleuse Les sujets herpétiques, arthritiques, y sont prédisposés, mais les excès de boisson, de tabac, et surtout l’usage immodéré de la voix sont les causes les plus puissantes de la pharyngo-laryngite granuleuse, L’inflammation se localise de préférence sur les glandes en grappe de la muqueuse, qui sont si nombreuses à la face postérieure de l’épiglotte, au devant des cartilages aryténoïdes, où elles forment une rangée verticale, dans les ventricules, aux bandes ventriculaires et aux cordes vocales où elles ont pour mission d’humecter la région papillaire de la corde vocale, afin d’assurer l’intégrité de la fonction1.

L’inflammation atteint, par ordre de fréquence, les groupes glandulaires des aryténoïdes (glotte intercartilagineuse), ceux de la hase de l’épiglotte, du vestibule du larynx et des cordes vocales. L’hypertrophie de ces groupes glandulaires, jointe à la vascularisation exagérée de la muqueuse, contribue à modifier les qualités de la voix; le chanteur ne peut plus obtenir les effets de la voix sombrée; et bientôt il perd la clarté du timbre des notes aiguës. La perte des notes aiguës, qui est un des premiers symptômes de la laryngite glanduleuse, se fait par un mécanisme facile à saisir. A l’état normal, voici comment les sons aigus se produisent : les apophyses

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