‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 20 sur 292 · ACCIDENTS SECONDAIRES · texte numérisé non relu

ACCIDENTS SECONDAIRES

Description. — L’accident primitif, le chancre, n’a jamais été observé au larynx. Je vais décrire comme accidents secondaires : l’érythème, le catarrhe, les syphilides érosives et ulcéreuses, avec ou sans œdème.

L’érythème syphilitique du larynx (èpoGr]p.a, rougeur) apparaît peu de semaines après l'infection, à la même époque que les syphilides muqueuses ou cutanées.

C’est un accident fréquent, je dirai même très fréquent. Que de gens qui sont enroués dès les premières semaines, dès les premiers mois de leur syphilis, et qui prennent cela pour un refroidissement, pour une extinction de voix, alors qu’il s’agit d’une manifestation syphilitique! L’érythème est caractérisé, au laryngoscope, par une rou geur uniforme de la muqueuse laryngée, il coïncide souvent avec un érythème de la gorge, qui, en quelques points, notamment aux piliers antérieurs, est d’un rouge

1. Krishaberet Mauriac. Laryngopathies syphilitiques. Annales des maladies de l’oreille et du larynx , 1876. — Gouguenheim. Laryngite syphili tique secondaire, 1881.

ïi. Mauriac. Laryngopathies syphilitiques graves. Annales des maladies de l’oreille et du larynx, 1876.

MALADIES DE I/APPAREIL RESPIRATOIRE

vermillon. Sous l’influence de l’érythème laryngé la voix est altérée, enrouée. Cet érythème disparaît en quelques semaines, mais il récidive facilement; il laisse parfois une coloration ardoisée qu’on retrouve du reste fréquemment dans la syphilis des cordes vocales. Dans quelques cas, l’érythème est accompagné de sécrétion, il y a catarrhe laryngé.

Les syphilides du larynx sont érosives ou ulcéreuses Les érosives sont des ulcérations superficielles, opalines, arrondies ou ovalaires et entourées d’un liséré rouge, aux cordes vocales, elles sont habituellement allongées et situées sur le bord libre des cordes. Les syphilides érosives coïncident parfois avec l’érythème, elles provoquent des troubles de la voix, mais elles ne sont habituellement accompagnées ni d’œdème ni de dyspnée ; la déglutition est douloureuse quand elles atteignent les replis aryténo-épiglottiques. Ces syphilides érosives font partie des accidents secondaires jeunes, tandis que les syphilides ulcéreuses, dont je vais parler maintenant, apparaissent plus tard. Ces syphilides ulcéreuses, et je ne fais pas encore allusion aux ulcérations profondes de la période tertiaire, ces syphilides ulcéreuses sont plus larges, plus creuses que les syphilides érosives, leurs bords sont parfois saillants, d’un rouge vif et la muqueuse environnante est œdématiée; elles occupent, par ordre de fréquence, l’épiglotte, la région aryténoïdienne, les bandes ventriculaires, les cordes vocales.

Il ne faut pas croire que les lésions superficielles du larynx soient seulement l’apanage des premiers mois ou des premières années de l’infection syphilitique ; quoique légères et faisant partie du groupe des accidents dits secondaires, ces différentes lésions, catarrhe, érythème, érosions, ulcérations superficielles avec ou sans œdème, peuvent apparaître et récidiver tardivement, alors que la syphilis date déjà de bien des années. La plupart de ces lésions, qu’on peut appeler bénignes, déterminent principalemenl et presque exclusivement des troubles vocaux.

MALADIES DU LARYNX

La douleur laryngée est nulle et la toux, si fréquente clans d’autres laryngites, fait souvent défaut dans les laryngopathies syphilitiques. Mais la voix est altérée, c’est là le symptôme le plus constant; l’enrouement, la raucité de la voix, la dysphonie et parfois l’aphonie surviennent lentement ou rapidement et persistent avec ténacité. Il est certain que les personnes atteintes de laryngopathies syphilitiques sont plus sensibles à l’action du froid, et les refroidissements ne sont pas toujours étrangers à l’apparition ou aux récidives des accidents laryngés syphilitiques. Cette notion est important^ à connaître, elle permet de ne pas considérer comme de simples laryngites a frigore des accidents laryngés dans lesquels la syphilis joue le principal rôle.

La dyspnée existe rarement dans le cours des laryngopathies secondaires, cependant des lésions superficielles et en apparence bénignes, sont parfois accompagnées d'œdème laryngé et de troubles respiratoires. C’est un fait de la plus grande importance, qui a été bien mis en relief par Krishaber. Quoique la dyspnée soit exceptionnelle au cours des laryngopathies secondaires, je répète que, dans quelques cas, l’oppression augmente brusquement d’intensité, et la trachéotomie deviendrait nécessaire si les accidents dyspnéiques ne cédaient rapidement au traitement approprié'. J’ai plusieurs fois vérifié l’exactitude de ce fait, et M. Mauriac, comme Krishaber. affirme que a des érosions presque insignifiantes n’en deviennent pas moins un centre fluxionnaire dangereux autour duquel se forme brusquement un œdème de la glotte ».

En face d’une laryngite due en apparence à un refroidissement, en face d’une « extinction de voix » en apparence des plus simples, il faut toujours penser à la syphilis et diriger ses recherches dans ce sens afin d’éviter une erreur de diagnostic.

1. Krishaber. Troubles respiratoires dans les laryngopathies syphilitiques. Annales des maladies de l'oreille et du larynx, 1879.

MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE

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