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MALADIES DE L'APPAREIL CIRCULATOIRE
d’insuffisance mitrale pure, passagère ou permanente.
Sous l’influence de l’insuffisance mitrale, on constate la dilatation et l’hypertrophie de l’oreillette gauche, de l'oreillette droite et du ventricule droit ; toutefois, le ventricule gauche, à peu près indemne au cas de rétrécissement, participe légèrement à l’hypertrophie au cas d'insuffisance.
Les oreillettes contiennent des caillots cruoriques, mais les concrétions fibrineuses sont plus rares que dans les cas de rétrécissement.
Description. — On voit des individus, dans les classes aisées, plus qu'à l'hôpital, qui sont atteints depuis bien des années d’une lésion de l’orifice mitral, sans en avoir jamais éprouvé aucun symptôme, parce que chez eux le muscle cardiaque n’est pas surmené, et la lésion valvulaire est bien compensée. La suractivité fonctionnelle du muscle cardiaque et l’hypertrophie compensatrice du ventricule droit luttent efficacement contre la mauvaise répartition des ondées sanguines et se chargent de maintenir l'équilibre. Ladilatation et l’hypertrophie du ventricule droit compensent aussi bien que possible l’excès de réplétion, et l’excès de tension artério-veineuse pulmonaire, aussi l’insuffisance et le rétrécissement mitral peuvent-ils passer longtemps inaperçus. Mais lorsque le muscle cardiaque faiblit, lorsqu’il est atteint par un processus morbide, tissu de sclérose, endartérite des petits vaisseaux, dégénérescence granulo-graisseuse, qui met sa nutrition et sa tonicité en danger, alors se font des congestions viscérales, des œdèmes périphériques et splanchniques qui sont les signes révélateurs de la maladie du cœur.
L’essoufflement, l 'oppression, la dyspnée avec ou sans palpitations, sont généralement les premiers troubles fonctionnels des lésions mitrales, parce que la petite circulation, si voisine de la lésion mitrale, est naturellement atteinte la première ; le catarrhe bronchique, la congestion pulmonaire, l’œdème pulmonaire, l’hémorrhagie du poumon, en sont des conséquences plus ou moins éloignées. Ces lésions provoquent une oppression croissante.
MALADIES DE L’ENDOCARDE.
des accès de dyspnée et des hémoptysies. Analysons en délail chacun de ces symptômes.
L 'essoufflement peut être pendant longtemps le seul symptôme révélateur des lésions mitrales. Le malade a « l’haleine courte » ; il ne s’en aperçoit pas quand il est au repos, mais veut-il marcher un peu vite, faire un effort, monter un escalier, l’oppression apparaît. A cette période, la gêne de la circulation pulmonaire ne se traduit cà l’auscultation du poumon par aucun signe. Le ralentissement du cours du sang et la forte pression à laquelle est soumis le sang dans l’artère pulmonaire sont une des causes de cette dyspnée. Sous l’influence de la lésion mitrale, le sang séjourne ou reflue dans l’oreille gauche, la tension sanguine augmente dans l’oreillette, dans les veines et dans les artères pulmonaires, et la distension des capillaires des alvéoles pulmonaires provoque la rigidité et la tuméfaction du poumon. C’est même cette rigidité et cette tuméfaction du poumon qui, pour quelques auteurs, seraient la cause principale de la dyspnée cardiaque.
Plus tard, sous l’influence de l’œdème pulmonaire, la dyspnée devient plus persistante ou plus intense et on perçoit à l’auscultation des râles sous-crépitanls, localisés de préférence aux deux bases de la poitrine.
Dans le cours de cette dyspnée progressive, ou même en dehors d’elle, le malade éprouve parfois des accès d'op-
I pression, plus fréquents la nuit que le jour, et analogues comme intensité aux accès d’asthme, ce qui a valu à cette dyspnée paroxystique le nom d'asthme cardiaque. Cette dénomination est mauvaise. La maladie mitrale ne produit pas l’asthme vrai; la dyspnée paroxystique du cardiaque n’a point les caractères de la dyspnée de l’asthmatique1. Analysons l’oppression du cardiaque pendant son accès : la respiration est fréquente et haletante, les deux temps de la respiration sont brefs et saccadés, les
1. Sée. Diagn. et trait, des mal. du cœur. — Paris, 1879, p. 21. — Traité des mal. dn cœur , 1879, p. 85.
DlEULAFOy, PATHOL. T. I.
MALADIES DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE
palpitations sont fréquentes, le pouls est petit, le visage est pâle, les lèvres sont violacées; chez l’asLhrnatique le tableau de l’accès est différent, la respiration n’est pas accélérée, l’inspiration est lente, pénible, et l’expiration, sifflante et spasmodique, est trois ou quatre fois plus prolongée que l’inspiration; les palpitations font défaut, le pouls conserve sa régularité. Chez certains cardiaques les accès de dyspnée forment le symptôme dominant, et même, chez quelques-uns, la maladie mitrale s’annonce uniquement d’abord, par ces accès de dyspnée cardiaque, de même que chez certains brightiques la lésion du rein s’annonce par des accès de dyspnée urémique.
La lésion mitrale se traduit encore par quelques symptômes, tels que battements de cœur, palpitations, sensations de pesanteur, de constriction à la région précordiale. Ces symptômes s’accentuent surtout à l’occasion d’efforts et de mouvements un peu violents.
L 'hémorrhagie du poumon, connue sous la mauvaise dénomination d’apoplexie pulmonaire, et l’Iicmoptysie qui l’accompagne, sont liées aux lésions mitrales plus qu’aux autres lésions du cœur. Ces hémorrhagies peuvent être dues au mauvais état des petits vaisseaux et à la gêne mécanique apportée à la circulation pulmonaire; mais elles ont pour cause plus habituelle (Gerhardl) de petites embolies qui partent des coagulations de l’oreillette droite, s’arrêtent dans les artérioles pulmonaires et provoquent, à la façon des embolies capillaires, un infarctus hémorrhagique1. Ces infarctus, que j’ai étudiés au chapitre de l’embolie pulmonaire, sont fréquemment suivis d’hémoptysie. L’hémoptysie des cardiaques* peut s’observer à différentes périodesde la maladie mitrale, mais plus habituellement à une période assez avancée; d’après la description classique elle se présente sous forme de crachats sanguinolents hémoptoïques, noirâtres, d’une odeur alliacée (Guéneau de Mussy), et se continue pendant des