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Sée. La thérapeutique physiologique du cœur. Paris

2. Les médicaments cardiaques. A académie de médecine, janvier 1889.

MALADIES DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE

vait arriver à faire uriner un cardiaque. J’ai suivi de près l’action de ces médicaments, non pas que je les aie beaucoup employés moi-même, mais je les ai vu employer souvent, et je suis arrivé à me former une opinion très nette à leur égard. Je considère pour ma part que les fameux médicaments toni-cardiaques sont souvent des médicaments redoutables, qui épuisent la contractilité du muscle cardiaque sous prétexte de le tonifier. J’ai constaté également que la théobromine, qui est un diurétique puissant, épuise parfois la fonction rénale sous prétexte de l’exciter. Je pense donc que la plupart de ces médicaments sont bien loin de valoir la digitale 1 quand celle-ci est bien préparée et bien maniée. Du reste, comme je n’ai ni l’intention, ni la prétention, dans un ouvrage aussi restreint qu’un manuel, d’entreprendre une étude comparée de tous les médicaments cardiaques, je me contenterai d’exposer ici les résultats de mon expérience, et de faire connaître, dans toute sa simplicité, le traitement des maladies cardiaques, tel que je l’ai institué depuis plusieurs années.

Procédons avec ordre et supposons d’abord le cas le plus grave, supposons un malade atteint de symptômes voisins de l’asystolie, ou même en pleine asystolie : la face est pâle, couverte de sueurs, les lèvres et les oreilles sont bleuâtres ; les mains sont tuméfiées, froides et les doigts sont cyanosés ; le pouls est petit, irrégulier, arythmique ; l’œdème a envahi les pieds, les jambes, les cuisses, les parties génitales, le ventre, et il tend à remonter encore; la respiration est haletante, anxieuse, entremêlée d’accès terribles de suffocation, et l’asphyxie parait menaçante ; le malade, assis sur un fauteuil, incliné sur des oreillers, n’ose faire ni un mouvement ni un effort dans la crainte d’étouffer ; depuis un mois il n’a pas couché dans son lit ; le sommeil est im-

1. Telle est également l’opinion de M. Lépine, Semaine médicale, 20 février 1890, et de M. iluchard, du cœur, 1889.

MALADIES DE L’ENDOCARDE.

possible, et par moments surviennent quelques somnolences entremêlées de rêvasseries et d’angoisses inexprimables; les urines sont rares, rouges, épaisses, sédimenteuses; l’auscultation cardiaque est impossible, l’auscultation broncho-pulmonaire est difficile et permet néanmoins, de constater des râles d’œdème et de congestion pulmonaire.

Voilà le mal : quel est le remède ?

A mon sens, ce n’est pas le cœur qu’il faut viser, c’est la périphérie ; on dit partout et l’on répète que l’état asystolique est dû à la déchéance, à la dégénérescence de la fibre musculaire cardiaque et qu’il faut lui rendre une nouvelle énergie au moyen des fameux médicaments toni-cardiaques. Eh bien, non ! Si le cœur est épuisé, la déchéance de la fibre musculaire cardiaque n’entre que pour une assez faible part dans cet épuisement, j’ai la conviction que la plus large part revient aux obstacles qui sont accumulés à la périphérie, à la quantité de sang qui engorge les organes, à la quantité de sérosité qui imprègne le tissu cellulaire superficiel et le tissu cellulaire splanchique.

En face de ces obstacles, le cœur s’épuise à faire cheminer une ondée sanguine qui avance péniblement, les circulations locales sont en souffrance et toutes les fonctions de l’économie sont en détresse. Je fais souvent la comparaison suivante : Quand une charrette est trop chargée et ne peut plus avancer, ce n’est pas en fouettant outre mesure les chevaux épuisés que l’attelage repartira, mais il repartira si l’on veut bien alléger leur fardeau. De même pour le cœur, ce n’est pas en stimulant outre mesure so contractilité déjà épuisée qu’on obtiendra le résultat désiré; on l’obtiendra en allégeant son travail, en diminuant l’excès de la tension veineuse, en supprimant dans la mesure du possible, le barrage provoqué par les congestions et par les œdèmes, tout en tonifiant avec douceur le muscle cardiaque, qui est souvent plus épuisé que dégénéré.

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C’est pour obtenir ces résultats que j’emploie d’une façon systématique la médication suivante :

Il faut absolument que le malade prenne du lait à titre d’aliment et de diurétique1; qu’il le prenne à son gré, cuit ou cru, chaud, froid, ou glacé, souc la forme qui sera le mieux acceptée. Le lait doit être donné d’une façon régulière, toutes les deux heures, à la dose de 50 grammes, de 100 grammes, de 300 grammes, suivant la tolérance du malade. Si le lail est mal digéré, on l’additionne d’eau de chaux. En cas d’intolérance, on cesse le lait de vache, on a recours au lait de chèvre, au lait d’ànesse, au képhyr, au koumys. Tout autre aliment est interdit; les fruits seuls sont permis. Sont permises également les glaces au café, à la vanille, au citron, les glaces aux fruits.

Étant donné que je désire, avant tout, agir sur la diurèse, je donne la lactose à la dose de 30 grammes par jour en solution dans l’eau pure ou dans une eau diurétique, telles que les eaux d’Evian ou de Vittel. Si l’on jette simplement la lactose dans l’eau, le malade se plaint du mélange parce que la lactose se dissout mal à froid. Aussi faut-il préparer la solution de ki façon suivante : dissoudre d’abord la lactose dans une petite quantité d’eau chaude, et verser la solution dans une bouteille d’une eau minérale diurétique dont on a au préalable soustrait une quantité de liquide équivalente. On a ainsi une boisson qui, bien que n’étant pas mauvaise au goût, peut être rendue plus agréable par l’addition de jus de citron, ou de vin de champagne.

On administre alors, alternativement, toutes les heures, une tasse de lait et une tasse de la solution de lactose.

À ce régime je joins un médicament qui est diurétique sans épuiser le rein et qui est toni-cardiaque sans épuiser le cœur. Ce médicament, c’est le vin diurétique

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