Jaccoud. Clin, de Lariboisière, Paris
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de Trousseau, qui est une préparation admirable, car elle contient toutes les substances éminemment diurétiques, ainsi qu’il ressort de la formule suivante :
Vin blanc ^ litres
Alcool à 90" 500 gr.
baies de genièvre 300 gr.
Acétate de potasse 200 gr.
Digitale 60 gr.
Scille 30 gr.
Je prescris une ou deux grandes cuillerées de ce vin diurétique, à prendre tous les jours dans la solution de lactose. Or une cuillerée à bouche contient 18 centigrammes de feuilles de digitale qui est à la fois un tonicardiaque et un diurétique, 60 centigrammes d’acétate de potasse, 90 centigrammes de baies de genièvre,
10 centigrammes de scille et 15 grammes de vin blanc.
Je donne systématiquement ce traitement à tous les malades qui m’arrivent à l’hôpital en état d’asystolie ou dans un état voisin de l’asystolie, les observations sont consignées dans mes archives hospitalières que chacun peut consulter, et je déclare que sous l’influence de ce traitement, simple et facile, la réussite est la règle el ln non-réussite l’exception. Les urines, qui atteignaient à peine 200 ou 500 grammes par jour, avant le traitement, atteignent, au bout de quelques jours, un, deux, trois, quatre et cinq litres. Tel malade, par exemple, qui boit tous les jours, deux litres de lait et un litre de solution de lactose, c’est-à-dire trois litres de liquide environ, ce malade rend quatre ou cinq litres d’urine; le liquide uriné dépasse donc d’un litre, de deux litres, la quantité de liquide ingéré; cet excédent vient du liquide qui est emmagasiné sous forme d’œdèmes dans le tissu cellulaire superficiel et dans le tissu cellulaire splanchnique. Quand on a soin de peser tous les jours le malade, et de mesurer exactement la quantité du liquide ingéré et la quantité des urines rendues, on voit que le poids du malade diminue d’un kilo environ par litre de liquide 1
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uriné en excédent. Au cas d’anasarque, j’ai vérifié le lait, un malade peut emmagasiner douze à quinze litres de liquide dans son tissu cellulaire; l’attention n’est généralement éveillée que par les œdèmes superficiels, mais il y a aussi, cachés dans les cavités splanchniques, des œdèmes qui échappent à la vue et qui sont les plus redoutables à cause de la gène qu’ils apportent aux d i fl erentes fonctions.
Eh bien, sous l’influence du traitement bien simple que je viens de signaler, les œdèmes disparaissent, les congestions viscérales diminuent, l’oppression s’amende, les battements cardiaques se régularisent. A l’angoisse fait place une douce quiétude, les mouvements sont possibles sans accès de suffocation, les râles broncho-pulmonaires tendent à disparaître et chose la plus douce entre toutes, le malade peut se coucher dans son lit et dormir.
Dans quelques cas cependant, on a des mécomptes; les malades sont réfractaires à la médication, d’autres vomissent, quoi qu’on fasse, le lait et la solution de lactose. On tourne la difficulté en donnant tous les jours plusieurs lavements, que le malade doit garder, et qui sont composés, chacun, de 200 grammes de la boisson diurétique dont j’ai donné plus haut la formule.
Si au 4° ou 5“ jour de la médication diurétique par le lait, la lactose et le vin diurétique de Trousseau, il ne s’est encore produit aucune amélioration, si la situation de l’asystolique s’aggrave, on allégera le cœur et l’on soulagera le malade en le débarrassant des épanchements qu’il peut avoir; on retirera du liquide de la plèvre et du péritoine. On agira de même pour les œdèmes des membres, des parties génitales ; il faut leur ouvrir des portes de sortie. Je n’aime pas beaucoup les mouchetures, qui trop souvent, malgré les précautions antiseptiques, peuvent être suivies de lymphangite, d’érysipèle, de plaques gangréneuses; je préfère l’application d'un ou deux cautères à chaque jambe, cautère i la pâte de Vienne qui, une fois ouvert, fait l’office d’une
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véritable fontaine. Pourtant, en face d’un cas absolument urgent, mieux vaut pratiquer quelques mouchetures que s’abstenir.
Je n’ai pas encore parlé de la morphine ; ce n’est pas que j’en repousse l’usage, je pense au contraire qu’elle est un excellent adjuvant au moment des grands symptômes dyspnéiques ; mais on doit la prescrire à dose très modérée, à la dose de un demi-centigramme à un centigramme par injection.
Quand le malade a triomphé de son asystolie, quand la dyspnée, l’anasarque, l’arythmie ont disparu, il ne faut pas le considérer comme guéri, car la lésion cardiaque, elle, persiste et pourrait à un moment donné reproduire les mêmes effets. Pendant plusieurs semaines encore, le malade ne doit prendre aucun aliment il doit se contenter du régime lacté. Les boissons alcooliques doivent être bannies pour toujours. Le traitement Local ne doit pas ètie négligé; il consiste dans l’application de cautères au niveau de l’orifice mitral, cautères qu’on fait largement suppurer afin d’établir une forte dérivation.
felle est la médication. Elle se passe, on le voit, des fameux médicaments toni-cardiaques, strophantine et spartéine; elle prouve bien que dans l’orage cardiaque que nous appelons asystolie, le vrai danger n’est pas au cœur, il est à la périphérie avec les congestions et les œdèmes. La preuve que le danger n’est pas au cœur, la preuve que le cœur est plus épuisé que dégénéré, c’est que, débarrassé de son fardeau, il reprend ses fonctions et il peut les reprendre pour un temps parfois fort long avant de faiblir de nouveau. Mes élèves sont tous les jours témoins de faits pareils à l’hôpital Necker. Entre autres exemples, je citerai le cas d’une femme asystohque et moribonde, la femme Ph..., traitée il y a deux ans par cette médication, et qui malgré sa lésion mitrale, se maintient depuis lors dans un état de santé trèssatisaisant ; je citerai le cas d’un forgeron guéri aussi de son asystolie depuis quatre ans, et qui malgré sa lésion mi-
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traie, a pu reprendre et continuer son métier pénible, sans nouvel accident. Depuis cette époque, il se présente tous les quatre ou cinq mois à l’hôpital, pour se faire appliquer un nouveau cautère parce que, dit-il, lorsque le révulsif n’agit plus, il éprouve une légère dyspnée et des palpitations, accidents qui s’amendent quand le nouveau cautère est appliqué. J’ai vu ainsi un grand nombre d’asystoliques reprendre leur profession pendant des années.
L’étude attentive de tous ces cas m’a inspiré quelques réflexions au sujet du pronostic des maladies du cœur. Quand on a vu un certain nombre de cardiaques triompher une ou plusieurs fois de l’orage asystolique et reprendre à peu près leur profession, on se dit que la maladie mitrale, considérée généralement comme une maladie fort grave et à échéance presque fatale, la maladie mitrale ne comporte pas un si sombre pronostic. Le cœur est un vaillant organe, il est « Yultimum moriens » ; on l’a un peu calomnié depuis qu’on a voulu faire une trop large part aux lésions de ses vaisseaux et de son myocarde ; il faut le ménager quand il est malade, il faut l’alléger quand son travail est trop pénible, mais il faut se garder de le forcer et de l’épuiser avec les trop fameux médicaments toni-cardiaques, qui sont mieux placés dans les mains des physiologistes que dans les mains des médecins.
Je viens d’étudier le traitement des maladies du cœur pendant les périodes troublées de l’asystolie, mais quel traitement faut-il mettre en usage pendant les périodes plus calmes, alors que le malade ne se plaint que de dyspnée ou d’œdèmes ou d’angoisse cardiaque? En principe, je recommande le même traitement, qui réussit d’autant mieux et d’autant plus vite que les accidents sont moins prononcés. Si la dyspnée est le symptôme dominant, on peut adjoindre au traitement l’usage des iodures, surtout l’iodure de potassium. De nombreux auteurs ont préconisé l’iodure de sodium sous prétexte que
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les sels de potasse sont des poisons pour les cardiaques; cela a été dit aussi de la morphine; mais en fait de traitement cardiaque et respiratoire, il ne faut pas avoir de parti pris; tel malade supporte mieux l’iodure de potassium, tel autre l’iodure de sodium; il importe de donner celui de ces deux sels qui est le mieux toléré, qui amène une amélioration sensible et durable. On donne l’iodure à la dose de 1 à 5 grammes par vingt-quatre heures.
Enfin, tout à fait au début de l’affection mitrale, alors qu’il n’y a pas d’accident notable, que la maladie se traduit seulement par quelques palpitations, par quelques râles sous-crépitanls d’œdème pulmonaire, par une légère dyspnée, par un peu d’œdème malléolaire, alors que la maladie est, pour ainsi dire, à sa période de préparation, le médecin ne doit pas rester inactif, il doit prévoir et prévenir les accidents plus graves, tâcher d’enrayer la marche de la maladie. Dans tous les cas, je l’ai dit et je le répète, il faut appliquer à la région précordiale une série de cautères qu’on fait suppurer.
Mais là ne doit pas se borner notre intervention; il y a encore à donner des conseils d’un autre ordre. Les repas copieux, les boissons alcooliques, l’usage du tabac doivent être proscrits. Les professions qui comportent une vie agitée et des émotions, le jeu, la bourse, fournissent un fort contingent aux accidents cardiaques; Peter a vu beaucoup d’hommes politiques, porteurs de lésions cardiaques chez lesquels la maladie faisait de rapides progrès. Une existence, exempte, autant que possible, d'agitations et de fatigues doit être conseillée aux cardiaques. C’est le moyen de vivre longtemps.
Le traitement que je viens d’indiquer est celui que je mets en usage d’une façon systématique, mais je n’ai nullement l’intention de dire que d'autres médications ne puissent pas donner de bons résultats. Ainsi la digitale, au lieu d’être donnée incorporée au vin diurétique, la digitale peut être donnée, sous forme de teinture, sous forme de macération ou sous forme d’infusion à la dose
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de 20 à 75 centigrammes par jour. La digitaline peut être également prescrite à la dose de un milligramme par jour. 11 faut avoir soin d’en surveiller de près les effets.
La caféine peut être donnée à la dose journalière de 50 centigrammes à 2 grammes. On l’administre en potion ou en injections sous-cutanées :
Eau distillée 6 grammes.
Benzoate de soude 2 grammes.
Caféine 2 grammes.
Chaque seringue de Pravaz de cette solution contient 20 centigrammes de caféine.